|
« J’avais 200000 litres de lait. J’ai fait mes calculs. Me mettre aux normes environnementales m’aurait réclamé 150 000 euros d’investissement sans un centime de revenus en plus. J’ai préféré arrêter ». Jean-Luc Bourgeaux, agriculteur et maire de Cherrueix (Côtes d’Armor) est inquiet. « Nombreux sont les agriculteurs qui ne pourront pas suivre et devront arrêter, redoute-t-il. Notre paysage va évoluer vers davantage de concentration ». « Depuis 1995 nous finançons de plus en plus d’investissements qualitatifs, des travaux de mise aux normes ou de traitement des effluents qui ne sont pas directement productifs », confirme Michel Clavé, directeur des marchés des agriculteurs et des professionnels à Crédit agricole SA. En cinq ans (1995-2000), la banque verte aurait accordé pour 2 milliards de francs de crédits de ce type, soit grosso modo 3 à 4 % du montant total de ses crédits alloués à l’agriculture. Michel Clavé y voit le signe d’un verdissement des comportements, y compris au sein de la banque qu’il représente. « Nous avons mis en place une cellule environnement, nous diffusons une lettre d’information sur ce thème à tout le réseau, et la problématique environnementale est intégrée depuis sept ans dans les préoccupations des chargés d’affaires des caisses régionales et locales. Notre méthode c’est de faire changer les règles de management et honnêtement on trouve que cela avance bien », insiste-t-il. L’une des recettes consisterait à financer les projets d’accroissement de la productivité, prioritairement à la croissance de la production. Un système de prêts « verts » serait également à l’étude. Système largement perfectible Plusieurs banques ont pris conscience du fait qu’elles peuvent inciter leurs clients – les agriculteurs par exemple – à adopter des comportements plus respectueux de l’environnement, via le crédit. « La prise en compte de l’environnement se retrouve à deux niveaux. En premier lieu, nous veillons au respect par les projets que nous finançons de la réglementation en cours. En ce sens nous ne faisons d’ailleurs que respecter la loi. Ensuite, nous mettons en place des taux privilégiés pour financer des projets agricoles liés à l’environnement », explique Gwénael Simon, responsable de marché agriculture au Crédit mutuel de Bretagne. La Banque populaire du Haut-Rhin a poussé l’expérience un peu plus loin en proposant des prêts ciblant l’agriculture biologique. Le système semble toutefois largement perfectible, de l’aveu même de son responsable, Arnaud Berger. « Les aides sont versées sur deux années correspondant à la conversion de la terre à un mode de production biologique. Or il faudrait soutenir l’agriculteur pendant la mise en place – très longue – de son système de commercialisation. Le résultat c’est que les conversions au bio fonctionnent pour les viticulteurs et les producteurs de lait. Mais pour les céréaliers par exemple il faut bien du courage ». La politique est-elle plus verte que la banque ? Surtout, et même s’il est difficile de connaître précisément le montant des crédits « verts » octroyés par les banques aux agriculteurs, ceux-ci ne représentent vraisemblablement qu’une part minime de leur activité. « Le banquier ne propose pas de solution environnementale, c’est à l’agriculteur d’en faire la demande, observe Xavier Compain, porte-parole du syndicat Modef dans les Côtes d’Armor. Et si les banquiers évoquent bien entre eux les questions d’environnement, dans les faits aucune décision n’est basée sur un critère environnemental ». Vincent Chatelier, ingénieur de recherche à l’Inra, se montre même catégorique. « Il ne faut pas attendre d’une banque qu’elle se préoccupe d’environnement, car ce n’est tout simplement pas son métier, dit-il. Son métier c’est de prêter aux agriculteurs qui peuvent assumer un emprunt. On pourrait bien imaginer que la banque introduise un aspect normatif dans ses prêts, et alors elle aurait une influence énorme sur la prise en compte environnementale par les agriculteurs. Mais sincèrement je n’y crois pas, ou alors à petite échelle. La relation agriculteur-environnement changera avant tout par la PAC et par la politique environnementale nationale ».
|