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S’il reste un marché de niche en volume, l’ISR gagne du terrain par le biais de la prise en compte de critères extra financiers dans l’analyse financière, à moyen et long terme, et cela pour répondre à la demande, en particulier, des fonds de pension. Les appels d’offre, lancés par de grands investisseurs institutionnels comme le FRR en France (voir article lié) ont incité les sociétés de gestion qui veulent y répondre à renforcer la crédibilité de leur démarche en faisant preuve d’une plus grande intégration du processus ISR dans leur gestion. Dexia AM symbolise tout à fait cette stratégie construite patiemment et rendue publique seulement lorsqu’elle a effectivement été mise en place. « Nous sommes un des plus anciens acteurs de ce marché » a rappelé Hugo Lasat, président du comité exécutif, lors de la présentation parisienne « Nous avons lancé nos premiers fonds en 96 ! Aujourd’hui nous sommes convaincus que les critères RSE feront graduellement partie intégrante de l’analyse financière classique, quand ils ont un impact sur la performance.» Fort de ce constat, Dexia AM a donc recruté une équipe de 7 analystes extra-financiers, dirigée par Franca Morroni, qui a travaillé pour Core Ratings France. 5 nationalités, des profils différents et complémentaires, Dexia AM a présenté le 7 septembre 2005,
Forte croissance de l'ISR en Europe
Pour souligner l'importance croissante de l'ISR, Dexia AM met en avant deux chiffres. Si, de janvier 2004 à fin mars 2005, le marché financier global a cru de 16 %, la progression de celui de l'ISR, sur la même période, a été de 35 %. Toujours sur cette période, Dexia AM a enregistré une augmentation de ses encours ISR de 46 %.
une sorte de mini agence interne de notation extra-financière. «Ce que nous attendons des agences, ce sont des données brutes » explique Wim Vermeir, responsable de l’ensemble du département ISR de Dexia AM (gestion et analyse). « Dès qu’elles classifient leurs données, cela nous intéresse moins. Notre méthodologie nous permet aujourd’hui d’utiliser et de croiser les informations en provenance de nos quatre fournisseurs (Vigeo, Innovest, ISS-Déminor et GMI) pour nourrir notre propre analyse, qui consiste à identifier les risques et les opportunités de chaque valeur en fonction des enjeux de son secteur. »L’analyse extra-financière de Dexia AM est basée sur une approche par parties prenantes. La société de gestion en identifie 6 (salariés, fournisseurs, clients, environnement, actionnaires, clients, société) qui recouvrent, selon chaque secteur, des problématiques différentes, évaluées selon des barèmes distincts. « On ne va pas donner un grand poids au fait qu’une banque ait des doubles vitrages et trie ses déchets » précise Wim Vermeir. « En revanche, on va regarder de très près quels sont les critères de sélection qu’elle met en oeuvre pour le financement de grands projets. » L’objectif est de laisser de côté la dimension éthique pour se concentrer sur les impacts financiers, positifs ou négatifs, que pourraient avoir, à long terme, tel ou tel choix stratégique. « Pour le secteur pétrolier, si une entreprise se contente d’engranger des bénéfices sans investir dans d’autres modes d’énergie ou dans ses futurs recrutements alors que c’est un secteur peu attractif, elle ne présente pas vraiment d’opportunité sur le long terme.» ajoute-t-il. Franca Morroni insiste sur une dimension qui a demandé beaucoup de travail à son équipe : l’identification des diverses parties prenantes pour chaque secteur et la construction d’un barème permettant d’accorder à chacune un degré de pertinence. « Nous avons dressé, pour 31 secteurs, une cartographie des parties prenantes et de leurs attentes, en fonction de leur degré de proximité avec l’entreprise, de la visibilité et de la crédibilité de chacune. Nous avons mis en place un système de monitoring qui nous permet d’avoir une vraie traçabilité sur les entreprises. En principe, aucun évènement significatif ne doit nous échapper. Nous allons aussi nouer avec certaines parties prenantes clefs des relations durables.» La stratégie de Dexia AM préfigure-t-elle une diminution du recours des investisseurs aux agences de notation extra-financières ? Nicole Notat, présidente de Vigeo qui a signé, au printemps 2005, un contrat important avec Dexia AM n’en croit rien : « Notre métier principal est bien la collecte d’informations. Nous possédons le nombre d’analystes nécessaires pour le faire. J’imagine mal qu’à terme les gestionnaires de fonds aient les moyens ou le désir de faire cet investissement. Le mouvement amorcé par Dexia est encore émergent mais il est très prometteur. Il permet de clarifier le rôle de chaque acteur. Ce sont aux financiers de choisir leurs critères d’analyse et d’intégrer au processus de gestion l’information que nous leur fournissons.» En quelques années, le nombre de personnes en charge de l’ISR dans la communauté financière, ainsi que la qualité de leur formation et leur expertise sectorielle n’ont cessé de croître. Est-ce suffisant pour conduire à une intégration complète de l’analyse extra-financière ? Tout dépendra vraisemblablement des attentes dans ce domaine des grands investisseurs institutionnels internationaux.
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