Développement rapide de l'ISR en Australie

Finance \Acteurs

Publié le 01-09-2004

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L'ISR n'est pas réellement un phénomène nouveau en Australie. Dès 1996, le pays comptait ainsi déjà 10 fonds gérés avec des critères ISR. Toutefois à l'image des autres marchés financiers dans les pays développés, le développement réel du marché de l'ISR date du début des années 2000 avec l'arrivée de nouveaux outils de notation des performances Sociales, Environnementales et Ethiques (SEE) des entreprises.

D’après l’organisation australienne de promotion de l’ISR, l’Ethical Investment Association (EIA), les fonds ISR australiens sont passés à périmètre égal (hors résolutions d’actionnaires) de 8,3 à 14,6 milliards de dollars US, entre 2001 et 2003.

En 2001, date de la première étude de l’EIA, le marché de l’ISR était constitué à 75% d’actifs placés par les organisations religieuses australiennes. L’ISR était donc essentiellement réduit à des stratégies d'exclusion ou d'investissement dasn certains secteurs en fonction des valeurs morales véhiculées par les propriétaires de ces fonds. Les fonds gérés selon des critères ISR représentant 23% des actifs.

Pas de sous-performances pour les fonds ISR

D’après les résultats préliminaires de l’étude menée par John Evans, professeur à l’University of New South Wales, la gestion ISR n’implique pas de risques de sous performances par rapport au marché. Afin de valider les principes de l’ISR, le professeur Evans a décidé non pas s’intéresser à sa possible sur-performance mais au risque de sous-performance. Entre 1999 et 2003, il a étudié un univers de 109 titres selon les critères de filtrage d’Ethibel par rapport à l’index MSCI Monde. «L’étude n’a pas permis de statistiquement prouver une sur-performance des fonds ISR,» déclare John Evans. «Toutefois, notre étude prouve que la crainte du marché concernant le retour moindre des placements éthiques ou durables est un mythe. Les gestionnaires de fonds de retraites peuvent donc investir dans des fonds ISR sans craindre de sous performer le marché,» ajoute-t-il.

Mutation de l’offre de fonds ISR

Mis en perspective avec la capitalisation boursière australienne, le montant des actifs des fonds ISR australiens reste, sans surprises encore marginal : 2,35 milliards de dollars soit 0,3% du marché. Ceci ne doit toutefois pas occulter l’engouement croissant que connaît ce type de produit auprès des épargnants australiens. Le secteur affiche, entre 2000 et 2003, une impressionnante croissance de 625%. Il a de plus montré sa solidité dans un contexte boursier défavorable en affichant une croissance de 8%, entre 2002 et 2003, soit deux points de plus que le marché global. Les performances des fonds sont bien entendu très variables. Entre avril 2002 et 2003, la société de gestion d’actifs Glebe détient à la fois le records de la meilleure performance du marché avec son Fond « Small-Cap Equities Trust » qui a progressé de 45%, et de la moins bonne croissance pour le fond « High Grade Fixed Interest Trust » qui n’a gagné que 1% en douze mois.

La croissance des actifs mis en gestion a naturellement permis de développer l’offre de fonds ISR. Ceux ci sont passés de 46 en 2001, à 63 en 2003. Ce développement des actifs semble toutefois profiter aux acteurs présents depuis longtemps sur le marché. Les 5 premiers fonds australiens gèrent ainsi 80% des actifs. Les deux premiers Hunter Hall Investment et Glebe Asset Management gérant respectivement 529 et 506 millions de dollars.

Une croissance tirée par les investisseurs institutionnels

Le principal moteur du développement de l’ISR australien a été la possibilité donnée à leurs cotisants par certains fonds de retraites d’adopter une gestion d’actifs ISR. Cette initiative a non seulement doper le montant global des actifs ISR puisque les fonds de retraites représentent aujourd’hui pour 33% des actifs gérés (5,1 milliards de dollars), mais aussi contribué à sensibiliser et informer le grand public sur le sujet.

Les méthodes de gestion employées sont similaires à celles des fonds ISR britanniques, par ailleurs souvent présents sur le marché australien. Il s’agit essentiellement d’ajouter la prise en compte des critères SEE (sociaux, environnementaux, éthiques) à une analyse financière classique sans prendre de risque de sous-performance.(cf. encadré).

Augmentation des résolutions d’actionnaires

A l’image des principales places financières internationales, les investisseurs australiens entendent désormais faire valoir leurs droits de votes afin d’influencer la gestion des entreprises dont ils sont actionnaires. Au cours de l’année 2003, la Commonwealth Bank et la National Australia Bank ont été la cible de deux résolutions visant à les pousser à cesser tous prêts ou investissements dans les entreprises exploitant les forets primaires. Ces deux résolutions sont parvenues à obtenir le soutien de 23% des actionnaires, pour une capitalisation de 6,7 milliards de dollars.

Le spectaculaire résultat obtenu par ces résolutions devrait paradoxalement encourager le développement de pratiques d’ engagement entre les investisseurs institutionnels et les dirigeants des entreprises. Cela consiste à convaincre l'entreprise de modifier sa politique en amont pour éviter des résolutions de ce type plutôt nuisible à l'image de l'entreprise.

Pierre-Marie Coupry
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