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Les fonds carbone se multiplient. De quoi s’agit-il ? De placements destinés à obtenir des crédits d’émissions de gaz à effet de serre, dont le prix devrait augmenter grâce à la demande des Etats ou des entreprises qui compenseront ainsi leur incapacité à tenir leurs engagements de réduction des GES, dans le cadre du protocole de Kyoto. Théoriquement, la finance carbone devrait à terme rapporter gros, à ceux qui investissent maintenant, alors que le prix du carbone est encore peu élevé. Si on est loin de la spéculation, le bilan dressé par la Mission climat de la Caisse des dépôts à fin 2007 est plutôt encourageant. Elle a recensé près d’une soixantaine de fonds carbone sur lesquels étaient investis plus de 7 milliards d’euros, dont plus de la moitié provenait de capitaux privés. « C’est un signe fort de voir même des fonds de pension, exclusivement hollandais pour l’instant, investir dans ce type de fonds » explique Christian de Perthuis, responsable de la Mission climat. « Compte tenu des règles de sécurité auxquelles ils sont astreints, cela prouve que ce marché se consolide. Ceci dit tout le monde s’interroge sur l’après 2012. Pour l’instant, c’est le développement du marché européen qui donne un prix au dispositif de Kyoto », ajoute-t-il. Les fonds carbone investissent pour un tiers dans le capital d’entreprises destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre et pour un tiers dans des crédits d’émission post-2012 . On estime à 700 000 tonnes le volume des émissions de gaz à effet de serre qu’ils auront contribué à éviter d’ici 2012. Le risque climatique insuffisamment pris en compte Si les investisseurs sont encore peu nombreux à investir directement sur le carbone, beaucoup d’entre eux commencent à comprendre la nécessité d'intégrer le facteur réchauffement climatique dans leur choix de gestion. Trois questions se posent sur les entreprises qu’ils détiennent en portefeuille : quelle est leur politique de lutte contre le changement climatique ? Quelles conséquences celui-ci a-t-il sur leur valorisation ? Quels nouveaux marchés ou opportunités peut leur ouvrir la lutte contre les changements climatiques ? Cette grille de lecture, aujourd’hui appliquée par les spécialistes de l’analyse extra-financière, est encore rarement intégrée par les grands investisseurs internationaux. David Russel, responsable de la politique ISR d’USS, fonds de pension des universités britanniques, explique : « Le carbone a un prix, le changement climatique a un impact sur la valorisation financière mais il est très difficile à mesurer. Ceci dit, cela ne doit pas empêcher des fonds de pensions comme le notre de le prendre en compte.» Cependant, les informations environnementales en provenance des entreprises sont rares. Quand le Fonds de Réserve des Retraites (FRR) a voulu faire évaluer l’empreinte environnementale de ses actifs (18 milliards d’euros), il s’est heurté à cette difficulté. 50 % des entreprises concernées ne fournissaient pas de données environnementales quantitatives. C’est donc une des missions que se sont données les grandes coalitions d’actionnaires sur le climat comme le Carbon Disclosure Project ou l’IIGCC , inciter les entreprises à prendre conscience de l’importance du changement climatique. « Les coalitions qui rassemblent plusieurs centaines d’investisseurs permettent de donner plus de poids à ce message », explique David Russel.Pour Sébastien Godinot, responsable de la campagne finance des Amis de la Terre, ces démarches restent malgré tout insuffisantes. « Les investisseurs doivent aller plus loin. Il faut intensifier les pressions sur les entreprises de manière à ce qu’elles s’engagent d’intégrer le facteur climat dans leur choix de gestion. Ils en sont encore loin. »
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