Allemagne: un marché ISR à dominante écologique

Finance \Acteurs

Publié le 03-03-2003

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Si politiques et industriels allemands font tous mention de la Nachhaltigkeit (développement durable pour les Français) dans leurs discours, cette notion n'a pas encore pénétré la sphère financière. La Grüne Geldanlage (comme on désigne outre-Rhin l'ISR à connotation environnementale) reste confinée à un marché restreint. Pour bon nombre d'observateurs, cette situation est principalement dûe au manque de transparence et d'information des principaux acteurs financiers. Le gouvernement dirigé par la coalition rouge-verte (sociaux-démocrates et écologistes) s'est penché sur le problème mais avec des effets jusque-là limités.

Dispositions fiscales et autres actions gouvernementales

En 2001 a été lancée une nouvelle forme de complément-retraite à base de capitalisation boursière, connue sous le nom de "Riester-Rente". La loi prévoit une clause éthique, qui stipule que tout assureur et financier doit informer ses clients des éventuels aspects éthiques, sociaux et écologiques des placements qu'il leur propose. S'ils en comportent, le gestionnaire de fonds doit assurer un suivi et dire de quelle manière il compte investir l'argent de son client .

Cette clause ressemble au "Pension Act"qu'avait introduit le gouvernement britannique en juillet 2000 et qui avait déclenché une vague d'engouement pour l'investissement socialement responsable. Cela n'a pas été le cas en Allemagne. "La pratique ne suit pas les intentions du législateur" regrette le député vert Rheinart Loske, qui s'est battu pour que cette clause soit adoptée. Il explique que l'administration financière interprète la loi de telle façon qu'il suffit seulement de signaler si des aspects éthiques, sociaux et écologiques sont pris en considération.

Si l'action du gouvernement reste timide sur cet aspect, il en va autrement des énergies renouvelables. En avril 2000 a  été adoptée une loi qui prévoit des avantages fiscaux pour les utilisateurs d'énergies renouvelables. Par voie de conséquence, le marché des énergies renouvelables, déjà bien développé en Allemagne (en 2002, il représentait un chiffre d'affaire de 7 milliards d'euros, soit une part de marché de 6,6%), croît régulièrement. Le cours des actions des entreprises de ce secteur suit le même type de courbe. Mais s'ils figurent dans la composition de nombreux fonds éthiques, la possession de ce type d'actions n'accorde pas d'avantages fiscaux particuliers. La bonne performance des actions "vertes" a suscité beaucoup d'attentions, notamment celle des grandes institutions financières allemandes.

Le manque d'information, un frein à l'investissement socialement responsable

On compte à ce jour 68 fonds éthiques sur le marché allemand. Selon les derniers chiffres disponibles, il a été investi en 2001 près de 2,41 milliards d'euros (contre 1,45 milliards en 2000), ce qui représente une part de marché de 0,7%.

Les observateurs peuvent certes se réjouir de la croissance régulière de l'investissement socialement responsable en Allemagne mais leur part de marché reste très modeste. Le principal handicap ne serait pas tant le manque de conscience éthique de l'investisseur allemand que le manque d'information: "On peut d'une manière générale constater que la majorité des clients ne sont pas suffisamment informée sur la thématique du développement durable. La principale cause est l'absence de transparence et d'explication sur ces produits," note Hans-Werner Martin, porte-parole de la banque suédoise SEB à Francfort qui a introduit, en 1989, le premier fond éthique en Allemagne. Il ajoute qu'il est par conséquent essentiel que les institutions financières proposent des produits à la composition aussi simple que complète.

D'après un sondage réalisé par l'agence de notation sociale et environnementale Imug, à Hanovre, 45% des personnes interrogées jugent les produits éthiques attractifs mais seulement 3% d'entre eux se sont vus proposés de tels produits. A la question "Pourquoi n'avoir pas investi dans des produits éthiques?", 42% ont invoqué la difficulté de trouver une information fiable. La formation du personnel sur cette question pose également problème. "On a pu constater que des conseillers ignoraient que les banques pour lesquelles ils travaillaient proposaient ce genre de produits" rapporte Silke Stremlau, analyste à l'origine de l'étude. 

Hans-Werner Martin et Rheinart Loske s'accordent pour dire que la création d'un label de qualité pourrait rendre le marché plus transparent. Il ne s'agirait pas tant de standardiser les critères de responsabilité sociale et environnementale (les définitions de ce qu'est le développement durable étant variables) mais de standardiser la qualité des produits financiers.

Un paysage bancaire "éthique" varié

Pour le moment, l'investisseur en quête de placements socialement responsables peut s'appuyer sur deux guides de finance éthique. Ils sont réalisés par des journalistes spécialisés et réactualisés chaque année. Les associations de consommateurs et d'actionnaires se sont récemment intéressées à la question pour mettre en garde les investisseurs sur le contenu éthique des produits proposés et les appeller à une grande vigilance. Ces deux dernières années, de nouveaux produits labellisés éthiques sont arrivés sur le marché à une cadence presque hebdomadaire.

Les institutions religieuses ne sont pas en reste. Dans un pays où il existe une taxe religieuse - non obligatoire - pour les personnes de confessions catholiques et protestantes, on peut imaginer l'importance des fonds dont elles disposent (la taxe religieuse a apporté 8,58 milliards d'euros en 2001, églises catholiques et protestantes confondues, et on compte environ une dizaine de banques religieuses dans le pays). Si l'Eglise a toujours joué un rôle dans l'investissement éthique en Allemagne, il n'a pas été moteur comme ses équivalents américains. Aujourd'hui elle s'y consacre plus activement tout en adoptant des positions polémiques. Un des fonds religieux éthioque, la "Liga-Pax-Aktion-Union", proposait des participations dans des entreprises controversées comme Novartis ou GlaxoSmithKline.

A coté des banques commerciales ou caisses d'épargne traditionnelles, l'investisseur éthique peut recourir aux services de trois banques éthico-environnementales: l'EthikBank, la Gemeinschaftsbank qui a repris la célèbre Ökobank, après sa faillite, et la Umweltbank. Elles se consacrent officiellement à l'investissement éthique dont la mise en pratique est assurée par des directoires composés non seulement d'experts en économie mais aussi environnementaux ou politiques. Leurs avoirs restent modestes comparés à ceux des banques commerciales : Ils étaient, en 2001,  pour la Gemeinschaftsbank et la Umweltbank respectivement de 0,22 et 0,32 milliards d'euros contre...918,2 milliards pour la Deutsche Bank, la première banque privée d'Allemagne. 

Claire Stam
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