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La France face au bois illégal

Planète \Ressources naturelles \Bois

Publié le 01-06-2009

Alors que chaque année, 13 millions d'hectares de forêt tropicale disparaissent, la France continue d'importer en masse ses essences. Depuis des années, le gouvernement multiplie donc les discours de fermeté contre ce trafic mais aucune loi n'a encore été votée. Les ONG elles, continuent de sensibiliser distributeurs et consommateurs.

Grande consommatrice de bois tropical, la France est, de fait, en première ligne concernant l’importation de bois illégal. Selon le WWF, 39% de ces essences seraient ainsi d’origine illicite. Sa dernière enquête, qui porte sur l’origine de 395 produits (du parquet au mobilier) vendus dans 71 magasins du secteur, montre d’ailleurs toute l’opacité de ce marché : en novembre 2008, 80 % des articles commercialisés ne comportaient aucune mention de l’origine du bois et seulement 4 % des produits composés de bois tropical africain affichaient le label FSC. Certes, les distributeurs, sous la pression des ONG commencent à prendre la mesure du problème et s’engagent dans des démarches d’achats plus responsables mais le chemin à parcourir est encore long. Le « réseau forêt et commerce » du WWF ne compte ainsi que 6 membres même si des accords sont en cours de validation…
Mais le problème est à prendre bien en amont car aujourd’hui, malgré les discours de nombreux pays - dont la France - demandant une lutte ferme contre la production et l’importation de bois illégal, le dispositif législatif reste largement insuffisant. « Il n’y a pas vraiment de législation française en la matière », affirme ainsi Maud Perdriel-Vaissière, une juriste de l’association Sherpa qui milite depuis des années pour la création d’un « délit spécial de recel de ressources naturelles ». Les objectifs du Grenelle ont aussi été revus à la baisse concernant les achats de bois par l’Etat lui-même : « on est passé d’une demande de 100% de bois certifiés pour les commandes publiques à 100% de bois certifiés ou gérés durablement. Or, ce dernier critère n’a pas de définition juridique », souligne Grégoire Lejonc, chargé de la campagne forêt pour Greenpeace France. Dans un discours concernant la filière bois en mai 2009, Nicolas Sarkozy a également demandé à développer la production et l’utilisation de bois locaux pour baisser la facture de l’Hexagone, très déficitaire sur ce secteur, mais sans insister sur le fait qu’elle pourrait être une alternative à l’importation de bois illégal.

Des processus longs

A l’échelle de l’Europe, premier importateur de bois tropical dans le monde, des premiers pas ont été franchis mais timidement. Fin 2008, la commission européenne a présenté un projet de règlement destiné à empêcher l’entrée de bois coupé illégalement sur le territoire de l’Union grâce à une meilleure traçabilité. Un projet jugé insuffisant par les ONG mais qui a été durci lors de son passage par le Parlement européen en avril. Son avenir reste cependant incertain car le règlement doit être voté par le conseil des ministres de l’agriculture fin juin, or plusieurs pays s’y opposent. Déjà, en avril, la France a marqué son désaccord en envoyant une note à ses députés européens expliquant qu’il s’agissait d’un dispositif « trop lourd et coûteux, totalement prohibitif, qui ne proportionne pas la contrainte à l’effet recherché » et qui, au final, pénaliserait la filière européenne.
En attendant, l’Union développe des accords de partenariats volontaires FLEGT (application des règlementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux) avec différents pays africains et asiatiques afin d’organiser un système de traçabilité sur toute la filière et un contrôle de la légalité du bois qui sort de ses pays à destination de l’Union. Pour l’heure, trois accords ont été conclus avec le Cameroun (projet pilote), le Ghana et le Congo. 
Mais ces processus prennent du temps alors que se joue une véritable course contre la montre dans les forêts tropicales. Selon la Banque mondiale, l’exploitation abusive des forêts, caractérisée par des exploitations illégales ou non durables, serait responsable de 20 % de la disparition de la forêt tropicale. Chaque année, celle-ci est amputée de 13 millions d’hectares, soit environ la taille de la forêt française.

Béatrice Héraud
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