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A Vienne, l’impact de la crise financière plane sur la 18ème conférence internationale sur le sida. L’an dernier, le financement des programmes de lutte contre le sida dans les pays pauvres par les plus riches a légèrement reculé par rapport à 2008, passant de 7,6 milliards de dollars contre 7,7 milliards en 2008, selon les derniers chiffres d’Onusida publiés cette semaine. Et les experts craignent une aggravation de la situation en 2010. Dans le secteur privé, les acteurs de la lutte contre le sida confirment : à la « Global business coalition on HIV/AID, Tuberculosis and malaria », une association qui regroupe 220 grandes entreprises à travers le monde, dont 12 du CAC 40, le coordinateur régional Europe Erick Maville avoue avoir « fortement ressenti l’impact de la crise », même si ce sont davantage les contributions de l’organisation – non subventionnée- qui ont trinqué par rapport aux programmes de terrain (environ 20 €/travailleur/an), assure-t-il. Chez Sida entreprises, qui réunit 16 multinationales françaises, le constat est similaire. « En Afrique, les programmes existants dans les filiales des grandes entreprises ne sont pas remis en cause mais elles sont sous pression et aller plus loin devient difficile », remarque Sophie Stépanoff, directeur du développement de l’association et déléguée du Medef lors des négociations de la norme internationale du travail sur le sida adoptée le 17 juin dernier par l’Organisation internationale du travail (OIT) (voir article lié).
La première norme internationale sur le VIH/Sida en entreprise
La recommandation n°200 vise à améliorer les conditions de travail des personnes séropositives, en luttant contre les discriminations et en améliorant les aménagements de postes ou l’accès aux formations. Pour l’OIT, « la recommandation pose un nouveau jalon dans la riposte internationale à la pandémie, appelant le monde du travail à jouer un rôle sans précédent pour prévenir la transmission du VIH, atténuer ses effets et protéger les droits de l’homme au travail. » Non contraignante, elle doit tout de même être examinée par les Parlements nationaux des 183 Etats membres et faire l’objet d’un suivi annuel. Cependant, certains acteurs, comme la « Global business coalition », veulent aller plus loin et militent pour la mise en place d’une certification des entreprises dans le domaine de la santé. Car depuis la publication en 2001, du recueil de directives pratiques du BIT dont beaucoup d’entreprises ignoraient l’existence, l’épidémie a enregistré une progression de 14% du nombre total d’adultes âgés de 15 à 49 ans (de loin les plus touchés par l’épidémie) et d’enfants de moins de 15 ans vivants avec le VIH. 33,4 millions de personnes sont aujourd’hui séropositives. L’Afrique reste le continent le plus touché par le virus avec près de 23 millions de personnes infectées soit 70% des cas dans le monde.
Pourtant, plus que jamais, l’entreprise apparaît comme un acteur clé de la lutte contre le Sida. D’abord, parce que la maladie « touche de façon disproportionnée les travailleurs adultes », selon le BIT. Ce qui par conséquent touche au bon fonctionnement des entreprises et les renvoient à leurs responsabilités : « même si ce n’est pas leur vocation première, elles doivent prendre en compte la situation sanitaire au même titre que le contexte politique ou que l’état des infrastructures », estime Sophie Stépanoff. Dans certains pays, des centres médicaux de grandes entreprises -notamment dans le secteur extractif- sont d’ailleurs plus performants que ceux de l’Etat, ce qui aboutit à la multiplication de partenariats publics/privés où les multinationales prennent en charge la santé des communautés environnantes… Projet pilote au Burkina Faso Pour David Guiré, coordinateur du BIT/Sida au Burkina Faso, le secteur privé est donc « l’avenir du financement de la lutte contre la maladie, car même si le pays a décrété la gratuité des traitements rétroviraux (ARV), cela n’est pas encore tout à fait une réalité sur le terrain. De plus, les à-côtés (transports, examens, etc) constituent encore un coût pour les malades ». Dans ce pays de 15 millions d’habitants, un projet pilote mis en place en 2005 impliquant tous les pans de l’économie - des grandes entreprises au secteur informel-, semble avoir porté ses fruits. En quatre ans, le taux de prévalence du sida est passé de 1,6% à 1,1% de la population. « Au niveau national, nous avons d’abord travaillé sur la lutte contre les discriminations en intégrant celle-ci dans le code du travail car nous avions de nombreux témoignages de licenciements de personnes séropositives, explique David Guiré. Ensuite nous avons fait une étude comportementale sur les pratiques des travailleurs et nous avons formé plus d’une centaine d’inspecteurs du travail ainsi que les syndicats à la sensibilisation des employés et à la prise en charge des personnes séropositives. » Aujourd’hui, plus de 70 entreprises développent une politique de prévention, à travers de l’affichage, du théâtre, des jeux de rôles ou des campagnes de dépistages volontaires. Mais leur implication reste fragile : « la situation économique des entreprises laisse à désirer et la sensibilisation demande du temps et de la formation ». Aujourd’hui, les caisses sont vides et le BIT est en recherche de financements… Engagement en baisse au Cameroun Un manque de moyens financiers que connaît bien le Dr Dina Nfon Priso, médecin du travail pendant 25 ans à Douala et secrétaire permanente de la Coalition des affaires contre le sida, la tuberculose et le paludisme du Cameroun. « Depuis quelques temps, l’engagement des entreprises a un peu diminué, alors que la politique de gratuité des ARV mise en place devait permettre une plus grande implication des employeurs dans les programmes de prévention », fait-elle remarquer. Le problème se pose principalement dans les petites entreprises, souvent sous-traitantes et donc particulièrement vulnérables en ce moment. « Elles n’ont pas les moyens de mettre en place des politiques de lutte contre le sida et encore moins de prendre en charge leur personnel séropositif, insiste le Dr Nfon. C’est pourquoi nous travaillons plus particulièrement à la sensibilisation de ces PME/PMI.» Au centre du dispositif de prévention, les « causeries éducatives », réunions d’information animées par les « pairs éducateurs », ces employés bénévoles qui sensibilisent leurs collègues par catégorie de métiers. Mais dans certains cas, pour attirer les travailleurs, mieux vaut encore les organiser sur le temps de travail ou offrir des tee-shirts aux participants…Et aujourd’hui encore, « la majorité du personnel médical des entreprises n’est pas suffisamment formée », déplore Dina Nfon qui estime que la situation « reste préoccupante au Cameroun ». De fait, l’épidémie continue de gagner du terrain, notamment chez les jeunes urbains éduqués où la prévalence est de 9% quand la moyenne nationale est de 5%... D’où l’importance de l’engagement des entreprises: « s’il y a un domaine où elles peuvent apporter une valeur ajoutée, c’est dans la sensibilisation, estime Dina Nfon. Car c’est là où le travailleur passe la majeure partie de son temps. Et un travailleur informé va faire tâche d’huile dans sa famille et sa communauté. »
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