L'Allemagne peine à reconnaître les diplômes de ses ressortissants étrangers
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Publié le 04-01-2011
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Les statistiques du marché du travail allemand montrent que les ressortissants de pays hors Union européenne figurent parmi les plus touchés par le chômage de longue durée. En cause : la non-reconnaissance des diplômes et formations acquis dans leurs pays d'origine. A Francfort, où près d'un tiers des habitants détiennent un passeport étranger, l'organisation « Werkstatt Frankfurt » leur donne accès à une formation professionnelle reconnue.
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Le décor surprend, le projet tout autant. Un restaurant occupe en effet le site de l’ancien héliport de l’US Army à Francfort. Les cuisines ont trouvé place dans l’ancienne tour de contrôle, reconnaissable au loin à son damier blanc et rouge, la salle, dans les anciens hangars. Aménagé dans un grand souci d’esthétisme, le « Tower Cafe », c’est son nom, offre une carte dont la spécificité n’est pas forcément culinaire. Même si elle offre une cuisine composée de produits régionaux issus de l’agriculture biologique, la carte s’accompagne d’une mention très spéciale : le client est invité à se montrer compréhensif envers les membres du service et le personnel de cuisine, qui sont en formation. Or, il ne s’agit pas de jeunes apprentis, mais d’anciens chômeurs, âgés entre 25 et 50 ans, ne disposant dans la plupart des cas d’aucune formation spécifique et qui trouvent dans ce restaurant particulier une deuxième chance.
Formations axées sur l'environnement
C’est l’organisation « Werkstatt Frankfurt » qui a repris la gestion du terrain laissé vacant après le départ des troupes américaines pour y monter son restaurant, conçu tout autant comme lieu de loisir pour les habitants de Francfort que comme lieu de formation dans la gastronomie. Créée il y a 26 ans, l’organisation se définit comme « une entreprise de l’économie sociale » (ein Unternehmen der Sozialwirtschaft) et compte parmi les plus anciennes et les plus importantes d’Allemagne. Chaque année, ce sont près de 3000 personnes qui se voient bénéficier de ses services. Partant du constat que les personnes les plus affectées par le chômage de longue durée sont celles ne disposant pas ou peu de formation, l’organisation a pris le parti pris d’en offrir une, reconnue, aux personnes âgées entre 25 et 50 ans qui en sont dépourvues. « C’est une catégorie d’âge où l’on estime qu’il est trop tard pour leur offrir une première formation », explique Gabriele Engelmann, de la Werkstatt Frankfurt.
En association avec la ville de Francfort, l’organisation a par ailleurs conçu des formations délibérément axées sur l’environnement « parce qu’elles apportent une forte valeur ajoutée à la ville qui ne pourrait sinon financer de pareils services ». Aussi retrouve-t-on parmi la palette des services proposés, en plus du « Tower Cafe » (50 places de formation pour un chiffre d’affaire de 850 000 euros), un centre de recyclage des déchets électroniques (200 places de formation pour un chiffre d’affaire de 1 600 000 euros) ou encore une jardinerie bio qui fournit non seulement le «Tower Cafe» mais aussi les jardins d’enfant de la ville (30 places de formation pour un chiffre d’affaire de 250 000 euros). Ce sont au total 15 formations reconnues par la Chambre de commerce et d’industrie ainsi que par la Chambre des métiers.
Manque de reconnaissance des diplômes acquis en dehors de l’Union européenne
« L’Allemagne est un pays où les diplômes jouent un rôle primordial sur le marché du travail. Les chances d’acquérir un emploi sans document officiel qui prouve que l’on a suivi une formation sont minimes », poursuit Gabriele Engelmann. Un problème rendu d’autant plus épineux que les autorités allemandes rechignent à reconnaître les diplômes acquis en dehors des pays de l’Union européenne. « Non seulement le chômage de longue durée affecte tout particulièrement les personnes ne disposant d’aucune formation, mais la part des personnes étrangères parmi ces chômeurs est sur-représentée», continue Gabriele Engelmann. Cette moyenne, qui se situe à 20% au niveau du pays, saute à 44% à Francfort. Fait peu connu en-dehors de l’Allemagne, sur les 650 000 habitants que compte la capitale financière du pays, près de 190 000 sont issus de 170 nationalités différentes. Aussi l’expertise toute particulière acquise par la Werkstatt Frankfurt s’est vue récompensée par une distinction nationale. Car cette forme de discrimination au travail fait débat actuellement outre-Rhin. Selon les différentes expertises se penchant sur le sujet, l’Allemagne compterait entre 250 000 et 500 000 personnes qualifiées travaillant largement en dessous de leurs compétences. La sphère politique allemande n’ignore pas cette problématique puisque le gouvernement a promis d’apporter amélioration et transparence dans les procédures de reconnaissance des diplômes, d’autant que la menace de pénurie de main-d’œuvre qualifiée est sur toutes les lèvres en ce moment en Allemagne. « Alors pourquoi ne passe-t-il toujours rien ? » se demande l’hebdomadaire « Der Spiegel » qui a consacré tout un reportage sur la question, avant d’avancer lui-même une réponse : « Apparemment, il en coûte beaucoup aux allemands de reconnaître qu’ailleurs, on peut également apprendre quelque chose ».
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Claire Stam à Francfort(Allemagne)
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