Sur les réseaux sociaux, toute vérité n'est pas bonne à dire

Entreprises \Ressources humaines \Risques psychosociaux

Publié le 24-11-2010

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Facebook, Twitter, Viadeo, Linkedin… De nombreux salariés échangent sur les réseaux sociaux, blogs et autres forums de discussion. Une communication qui n'est pas sans risques vis-à-vis de leur employeur comme le montrent des affaires récentes.

“Not comment on work matters about business or customers”. Les salariés de Singapore Airlines peuvent toujours confier leurs petits soucis de boulot à leurs amis… mais pas à ceux de Facebook ! En lançant cette consigne à son personnel, en septembre dernier, la Direction de la compagnie aérienne entend bien éviter les bavardages incontrôlés de ses employés sur la Toile et ainsi, protéger son image auprès de ses clients.   
Il faut dire que Facebook, Twitter, Viadeo et autres blogs, forums ou réseaux sociaux suscitent de plus en plus de craintes dans les entreprises soucieuses de leur réputation, comme le montre la récente affaire Alten (voir encadré). Ces outils sont en effet devenus de formidables vecteurs de communication – voire de contestation  - pour les salariés en quête de sens et de reconnaissance.

Un salarié peut être critique vis-à-vis de son entreprise

Ces espaces de communication mi-publics/mi-privés, mi-ouverts/ mi-fermés sont-ils finalement sans danger pour les salariés ? En principe, oui, mais à certaines conditions. « En vertu du principe de la liberté d’expression, l’employeur ne peut se saisir des blogs de salariés et les sanctionner s’ils ne sont ni injurieux, ni diffamatoires, ni mensongers ou s’ils ne révèlent pas des informations confidentielles », résume Maître Souade Bouchene, avocate en droit social au Barreau de Lyon. En revanche, s’il y a abus de droit et atteinte à l’image et aux intérêts de l’entreprise, celle-ci est en droit de réagir, à condition toutefois de caractériser les faits. Les salariés peuvent donc user de leur liberté d’expression, critiquer la politique sociale de leur entreprise, voire l’évaluer, sans pour autant être mis au banc des accusés. Sur le blog  « notetonentreprise.com », près de 6000 entreprises sont ainsi passées sous les fourches caudines de leurs employés. 

Licenciement de trois salariés

Le tribunal des Prud'hommes de Boulogne-Billancourt a jugé légal le licenciement de salariés qui avaient critiqué leur hiérarchie sur le réseau social Facebook, depuis leur domicile. Ces trois salariés, qui travaillaient pour l’entreprise Alten, avaient évoqué dans leur discussion leurs difficultés avec leur supérieur et s’étaient désignés comme un « club des néfastes ». L’échange à été communiqué par une « amie » Facebook à la direction, qui les a licenciés pour « faute grave »,  « incitation à la rébellion » et « dénigrement de l’entreprise ». Or le tribunal des Prud'hommes de Boulogne-Billancourt a confirmé la procédure en estimant que « la page mentionnant les propos incriminés constitue un moyen de preuve licite du caractère bien-fondé du licenciement. » L’avocat des salariés, Me Saint-Michel a dénoncé une décision "contraire aux principes généraux du droit". "Pour licencier un salarié pour des faits relevant de la vie privée, encore faut-il un trouble caractérisé au sein de l'entreprise", a-t-il souligné. "Or là, la personne sur qui il y avait des plaisanteries n'était même pas citée". Cette décision "veut dire que tous les utilisateurs de Facebook peuvent désormais être licenciés pour des propos aussi minimes soient-ils », a-t-il conclu, annonçant qu’il allait faire appel.

Sur la toile, toute vérité n’est pas bonne à dire…

Il n’empêche que les affaires portées devant les Tribunaux se multiplient, parfois au grand dam de salariés pas toujours conscients de la portée de leurs actes sur la Toile. C’est le cas de ce salarié qui avait mis sur son blog les photos d’une fête organisée dans les locaux de son entreprise. Jusque-là, rien de répréhensible. Seulement voila, les collaborateurs étaient visiblement éméchés, dansant à moitié dénudés ! Pire, le nom de l’entreprise apparaissait clairement sur les clichés. En matière d’atteinte à son image, il n’y a pas eu photo : l’entreprise a eu gain de cause. Autre histoire, celle de ces deux salariés d’une agence bancaire qui avaient diffusé sur leurs blogs les grilles de rémunération en vigueur dans la maison,  les objectifs des vendeurs et autres informations confidentielles qui n’auraient pas du circuler sur le web… L’affaire aux Prud’hommes n’est pas encore tranchée mais le verdict semble prévisible pour ces deux bloggers. Il n’est cependant pas toujours si facile de mesurer les risques encourus sur la Toile. Deux salariés de la SSII Alten l’ont appris à leurs dépends. En 2008, ils ont été licenciés par leur employeur pour avoir critiqué l’entreprise sur Facebook. Une (fausse) « amie Facebook » qui avait pu accéder à leur conversation privée a tout bonnement rapporté leurs propos à la Direction…

 « Social medias guidelines »

Pour les salariés comme pour les entreprises, le bon sens serait tout de même d’éviter d’en arriver devant les Tribunaux… D’où les initiatives de plus en plus nombreuses d’entreprises, anglo-saxonnes principalement, soucieuses de cadrer les pratiques de leurs collaborateurs pour éviter de préjudiciables dérapages sur le Net. « Ces codes de bonne conduite permettent de fixer les règles du jeu en amont pour tous, et de rappeler les valeurs de l’entreprise », précise Maître Souade Bouchene. La règle la plus répandue ?  Demander aux salariés qu’ils précisent que leurs publications sur le Net reflètent leurs opinions, pas celles de l’entreprise. Une pratique en vigueur chez IBM, Cisco ou Intel, par exemple. Chez Coca-Cola, on met en garde le salarié, en lui précisant que les propos susceptibles de nuire à l’image de l’entreprise relèvent au final de sa responsabilité. « A l’heure de « la démocratie participative 2.0 », la meilleure façon pour l’entreprise d’éviter les dérives est encore de construire un espace de dialogue avec ses salariés. Brider la parole ne fait que renforcer l’envie de critiquer ! », estime Juliette Darbois, Directrice du Pôle Digital Europe à l’agence Weber Shandwick, spécialisé en gestion de la réputation sur le web. Enfin, petit conseil aux salariés : sur Facebook, comme dans la vie,  il y a aussi des « faux amis » !

 
A lire : « Facebook, Twitter et les autres », par Christine Balagué et David Fayon (Pearson, 2010)

M.J. Gava
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