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Le groupe Sodexo a t-il fait les frais de la campagne de harcèlement du syndicat américain SEIU? Après la perte de la moitié du marché de la restauration collective des bases de la Marine US que le groupe français gérait depuis 2001, pour Sodexo la responsabilité de SEIU est évidente. « Cette décision est à lier avec les campagnes de lobbying menées auprès du Congrès », explique la direction du groupe. « Nous n’avons pas prise sur les décisions du Congrès américain où les critiques sont nombreuses sur les prestations du groupe, en terme de qualité et de prix », rétorque Autumn Weintraub, la directrice du secteur multiservice du syndicat SEIU. Les propos du syndicat raisonnent comme une menace très sérieuse pour le numéro 2 mondial de la restauration collective, qui fait 38 % de son chiffre d’affaires aux USA. La perte sur le marché de la marine américaine est déjà un sérieux revers, même si officiellement Sodexo se félicite d’avoir obtenu le marché de 31 bases militaires dans l’Est et le Sud des Etats-Unis. Avec à la clef un marché de 926 millions de dollars pour sept ans le contrat est important, mais dans les faits le groupe a perdu 45 % du marché obtenu en 2001. Car 20 bases des Marines, principalement situées dans l’Ouest et le Centre du pays seront désormais régalées par le groupe américain Superior service, basé en Californie, pour un montant de 764 millions de dollars.
Campagne de déstabilisation multiforme
Mobilisation syndicale internationale, campagnes médiatiques, actions de lobbying auprès de clients et parlementaires, occupation de locaux comme de l’assemblée générale du groupe… Depuis plusieurs mois SEIU multiplie les actions contre Sodexo, en mobilisant notamment les associations étudiantes progressistes américaines. « Nous visons Sodexo car ses pratiques de discriminations syndicales sont avérées. En Colombie pour l’embauche de femmes il est exigé des examens cliniques qui prouvent qu’elles ne sont pas enceintes. Au Maroc les exactions à la liberté syndicale sont également nombreuses comme le montre une enquête», poursuit Autumn Weintraub. L’enquête en question a été publiée par l’association TransAfrica forum, présidé par l’acteur Danny Glover, très proche de SEIU et donc difficilement impartial. « SEIU exploite un très petit nombre de cas, toujours la même demi-douzaine, sciemment tronqués et présentés de façon mensongère pour prétendre démontrer que l'entreprise ne respecterait pas les droits sociaux. Le cas des tests de grossesse en Colombie est exemplaire de cet amalgame. Ces examens à l'embauche sont prévus par le droit colombien. Mais cette pratique a totalement cessé depuis plus de dix ans », explique Sodexo. Depuis le 17 janvier dernier, une campagne internationale est menée contre le groupe, avec des syndicats dominicains, colombiens, marocains, brésiliens, mais aussi la CGT Française. « La position de Sodexo est de dire : nous respectons le droit américain. Pourtant en France il y a également des accords d’entreprises qui permettent d’obtenir des conditions sociales supérieures au minimum légal. Nous voulons une égalité de traitement des salariés partout », explique Thierry Daubon, de la CGT. De son côté la CGT organise un « tour de France de la mobilisation syndicale », qui a conduit à l’occupation début février de la direction régionale du groupe à Lyon, pendant 24 heures.
Appréciation divergente au sein des syndicats français
Parallèlement, sous l’égide de l’UITA (International Union of Food workers), qui regroupe la grande majorité des organisations syndicales de la branche, un accord de groupe est en négociation sur la liberté syndicale. Et toutes les organisations impliquées ne partagent pas la stratégie de SEIU. « Les exactions rapportées par SEIU ne sont pas prouvées. Cette organisation a une réputation sulfureuse. Nous aimerions être sûrs qu’il ne s’agit pas d’une campagne motivée par le patriotisme économique ou que Sodexo n’est pas pris en otage dans une rivalité entre organisations syndicales », explique sous couvert d’anonymat complet, l’un des responsables syndicaux du groupe.
Si à l’exception de la CGT, les autres syndicats sont réservés, c’est que SEIU est connu pour sa combativité à l’encontre d’organisations concurrentes, et en premier lieu de Unite Here. SEIU est aujourd'hui majoritaire avec 9700 encartés sur 120 000 salariés, mais l’ambition de l’organisation serait d’avoir le monopole syndical au sein du groupe. Entre 2005 et 2008 un accord existait entre le groupe et SEIU, qui permettait à 10 % des salariés du groupe de se syndiquer. Depuis, le bras de fer est engagé mais aucune négociation n’a abouti. La solution pourrait être la finalisation de l’accord monde sur le dialogue social négocié avec l’UITA, qui regroupe notamment SEIU et Unite Here. Car logiquement, il réduirait la mobilisation internationale et couperait en partie l’herbe sous le pied de SEIU à l’échelle américaine. Dans tous les cas de figure, l’aboutissement d’un accord monde redorerait l’image du groupe comme celle du syndicat.
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