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Nike publie la liste de ses sous-traitants

Entreprises \Ressources humaines \Risques psychosociaux

Publié le 13-04-2005

Usine d'un sous-traitant Nike
Usine d'un sous-traitant Nike

Nike, cible privilégiée des activistes et des campagnes de boycott, vient de révéler pour la première fois la liste et la localisation de ses sous-traitants. Le groupe, qui est attaqué depuis plusieurs années sur les conditions de travail dans ses usines, reconnaît en outre que les employés subissent « diverses formes de harcèlement ». Cette initiative pourrait bouleverser les pratiques de confidentialité en vigueur dans le secteur textile.

Les militants de la Clean Clothes Campaign (fédération mondiale d’ONG) obtiennent enfin ce qu’ils réclamaient depuis des années : la publication, par Nike, de la liste et de la localisation de ses ateliers production pour permettre une évaluation indépendante des conditions de travail. Le groupe a choisi de révéler ces informations dans son rapport de responsabilité sociale, publié hier. 700 usines y figurent,  dont 124 en Chine, 74 en Thaïlande, 35 en Corée du Sud et 34 au Vietnam.  Nike est la première multinationale du textile à dévoiler volontairement l'ensemble de sa chaîne de production et reconnaît en outre que « dans certaines usines où sont fabriqués ses produits, les travailleurs subissent diverses formes de harcèlement et sont obligés d'accepter des heures supplémentaires de travail ». Le groupe reconnaît par ailleurs que des « pratiques montrées du doigt sont toujours appliquées dans certains ateliers où les ouvriers sont exploités ».

Selon un audit, réalisé par Nike, des cas de harcèlement, physique ou verbal, ont été recensés dans plus d'un quart de ses usines du Sud-Est asiatique. Entre 25% et 50% des ateliers de la région restreignent l'accès aux toilettes ou à des points d'eau pendant le temps de travail. Dans plus de la moitié des ateliers asiatiques, l'activité normale de production amène les ouvriers à travailler pendant plus de 60 heures par semaine, selon l’audit du groupe. Un travailleur qui refuse des heures supplémentaires est sanctionné dans 10% des sites de production. Sur la délicate question du secret industriel et des copies, le groupe explique, dans son communiqué, que les entreprises sont régulièrement sollicitées pour la diffusion de ces informations, mais que « la plupart refusent, expliquant qu'une telle divulgation pourrait permettre l'espionnage industriel de la part des concurrents ». Selon Hannah Jones, vice présidente de Nike, en charge de la responsabilité sociale, « le groupe estime qu’en rendant public sa chaîne de fournisseurs, il va franchir une étape, faciliter le travail d’audit et l’amélioration des conditions de travail ». « En partageant cette information, nous contribuerons à élever les standards pratiqués dans notre secteur. Aucune compagnie ne peut changer seule les pratiques de tout un secteur mais nous savons que pour répondre aux demandes des consommateurs sur cette question, il faut travailler avec les parties prenantes », ajoute-t-elle.

Une conséquence de l’affaire Kasky

Ce changement de stratégie du groupe intervient un an et demi après le dénouement du procès qui opposait Nike à Marc Kasky. Depuis 1998, ce citoyen californien poursuivait  la compagnie pour publicité mensongère à propos d'une campagne de relations publiques sur les conditions de travail chez ses sous traitants. L'affaire avait mobilisé de nombreuses entreprises puisqu'elle posait une question fondamentale : l'information sur la politique sociale et environnementale d'une entreprise peut-elle être assimilée à de la publicité et donc attaquée comme telle ? Dans un premier temps, les tribunaux californiens avaient donné raison à Nike mais la Cour suprême de l'Etat s'était prononcé en faveur de Mark Kasky en reconnaissant la légitimité de son action. Le groupe de sportswear avait alors saisi la Cour suprême au nom de la protection de la liberté d'expression des entreprises. Celle-ci s'était déclarée incompétente, en juillet 2003.Trois mois plus tard, l'affaire a été conclue par un accord entre les deux parties qui ont estimé de concert « qu'il est plus utile de renforcer les dispositifs de surveillance des conditions de travail chez les sous-traitants et d'améliorer ces conditions de travail que perdre encore temps et argent en procédures.» Nike s'est alors engagé à verser 1,5 million de dollars pour mettre en place des programmes d'audits et financer des programmes d'éducation. L'intégralité des 1,5 million de dollars a été versée à la Fair Labor Association, une organisation américaine qui rassemble des entreprises, des universités, des associations de consommateurs et des ONG et dont la mission est de travailler sur l'évaluation des conditions de travail et l'amélioration des pratiques chez les sous-traitants de ses adhérents.

Véronique Smée
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