The Body Shop rompt son contrat avec Daabon

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Publié le 15-10-2010

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Las Pavas
Las Pavas
Chritian peacemaker teams

En 2007, la marque de cosmétiques naturels était la première à se tourner vers l'huile de palme durable, en faisant confiance au producteur colombien Daabon. Quelques années après, The Body Shop rompt pourtant avec ce fournisseur accusé d'être lié à l'expulsion d'une centaine de petits paysans.

Après un an de polémique, le producteur colombien d’huile de palme, Daabon, vient d’être désavoué par l’un de ses gros clients, la marque de cosmétiques naturels The Body Shop, qui avait été la première à s’engager dans la filière durable en 2007 (voir article lié). Un revers pour la firme colombienne, qui jusque là estimait que les accusations formulées contre elles étaient injustifiées.

L’affaire est portée à la connaissance du public en septembre 2009 par un reportage diffusé sur une télévision allemande puis largement repris, qui accuse Daabon d’être lié à l’expulsion par la force publique de 123 familles de petits paysans pour faire de la place à la culture d’huile de palme sur le terrain de « Las Pavas », détenu par « El Labrador consortium », consortium auquel participe Daabon (voir article lié). Christian Aid, une ONG anglaise soutenant l’action judiciaire des petits paysans qui souhaitent faire valoir leur droit de propriété sur ces terres qu’ils ont longtemps occupées, se tourne alors vers The Body Shop, qui s’approvisionne alors à 90% chez le producteur colombien pour son huile de palme. Peu de temps après, les deux entités commanditent une étude approfondie sur le cas « Las pavas »…

Après neuf mois d’enquête, ce rapport a finalement été rendu le 30 juillet dernier (voir article lie). Il souligne certes la difficulté du contexte colombien, notamment sur la question de l’attribution des terres par l’Institut colombien du développement rural (Incoder), élément crucial de l’affaire. En effet, si le consortium a pu acheter le terrain, c’est grâce au fait que l’Incoder n’avait pas enregistré la demande des paysans quelques années plus tôt…  Mais le rapport pointe aussi l’asymétrie entre la petite association de paysans (Asocab) et le pouvoir politique et financier du consortium, dont Daabon fait partie, ainsi que les dommages environnementaux pouvant être provoqués par une monoculture d’huile de palme. Lors de la parution du rapport, le directeur du développement durable de Daabon, Felipe Guerrero, nous expliquait que « Las pavas » était « un cas extrêmement compliqué » et que si Daabon « acceptait les résultats de l’enquête, il n’en désapprouvait pas moins certains éléments ». Avant d’annoncer que l’entreprise s’engageait à prendre de nouvelles mesures pour résoudre le problème, en continuant « un dialogue constructif avec les communautés et les associations ».

Des efforts que Body Shop a bien pris en compte, explique la marque dans un communiqué. Mais qui n’ont pas été suffisants et qui ne porteront leurs fruits que dans trop longtemps.... « Suite à la réception de l'examen indépendant, nous avons fourni à Daabon une série de recommandations pour parvenir à une solution au profit des communautés locales de Las Pavas et de toutes les parties impliquées dans le différend, déclare le directeur international des valeurs de Body Shop, Jan Buckingham. Nous reconnaissons que Daabon a changé ses processus, mais nous sommes déçus que la situation de Las Pavas ne soit toujours pas résolue. »

Une décision saluée par Christian Aid, l’ONG qui était à l’origine du rapport avec The Body Shop. « Le rapport révèle que Daabon ne pouvait ignorer le litige qui entourait le terrain de Las Pavas. The Body Shop a donné 2 mois à Daabon pour rencontrer les paysans et commencer à négocier un règlement. Mais la deadline est passée et aucune rencontre n’a eu lieu… », écrit l’association dans un communiqué.

De son côté, Daabon, qui rappelle que la production d’huile de palme n’a toujours pas débutée sur ces terrains, affirme toujours être en contact direct avec les petits paysans et la communauté locale. Et vouloir continuer à le faire pour trouver une solution, malgré la décision de The Body Shop.

Béatrice Héraud
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