La chimie veut voir l'avenir en vert

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Publié le 07-02-2011

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En 2011, la chimie est à l'honneur dans le monde entier. Mais pas n'importe quelle chimie : l'Unesco, qui lui dédie une année internationale sur proposition de l'Ethiopie, veut valoriser ses actions en faveur de la préservation de l'environnement, de la nutrition, de l'accès à la santé, de l'énergie, des nouveaux matériaux, etc. De quoi redorer l'image d'une industrie souvent décriée.

« Pollution », « risque », « danger ». Voilà, dans l’ordre, les trois premiers mots qui viennent à l’esprit du grand public quand on leur demande d’évoquer l’industrie chimique*. C’est dire l’image négative que véhicule aujourd’hui le secteur. « Cela n’est pas étonnant quand on parle de la chimie c’est essentiellement pour parler des accidents, estime Jean Pelin, directeur général de l’UIC, l’Union des industries chimiques. Pourtant, quand on explique mieux ce que l’on fait, notamment sur la chimie verte, les gens voient les choses différemment ». La « Chimie verte » ou « Chimie durable » (voir encadré) : un concept encore peu connu du grand public mais qui devrait être largement diffusé en cette année internationale de la Chimie, lancée par l’Unesco à l’initiative de l’Ethiopie « qui voulait rendre hommage à l’apport du secteur dans le traitement de l’eau et du développement durable de l’Afrique », précise Jean Pelin .

Qu'est ce que la chimie verte ou chimie durable
« Le concept de Chimie verte est né en 1998, à l’initiative de deux chercheurs de l’EPA (environmental protection agency) qui ont défini 12 principes, sorte de bonnes pratiques, pour réduire voire éliminer l’utilisation de substances néfastes pour l’environnement la création de nouveaux procédés chimiques et voies de synthèses plus respectueuses de l’environnement », explique Philippe Garrigues, directeur de recherche au CNRS lors du colloque de centre de recherche sur « la chimie face aux défis de la communication ». Un concept qui se confond souvent avec celui de « Chimie durable » qui désigne davantage le fait, pour le secteur, « de maîtriser son empreinte environnementale, tout en contribuant à réduire celle des autres secteurs ». La Chimie du végétal, qui peut aussi parfois être désignée par le vocable « Chimie verte », correspond en fait à une sous partie de cette dernière, puisqu’elle utilise comme matières premières des ressources renouvelables végétales à la place de produits issus de la pétrochimie ou de la carbochimie (ressources fossiles non renouvelables).

La chimie comme solution aux problèmes de la planète ?

Valoriser la chimie comme solution aux besoins de santé, de nutrition, d’habitat ou de raréfactions des ressources ; voilà l’ambition de l’UIC pour 2011. Pas évident pour un secteur qui travaille essentiellement pour les autres industries et dont les réalisations sont souvent invisibles…Pourtant, « 30 % de nos produits sont par exemple directement impliqués dans la réduction de la consommation de ressources. Cela se traduit par des solutions de dépollution ou l’allègement des plastiques dans l’industrie automobile ou le recyclage des terres rares des lampes basses consommation qui va être mis en place dès 2012 », souligne Pascal Juery, directeur général adjoint du groupe Rhodia. Pour mieux incarner ces apports auprès du grand public, l’UIC a donc lancé l’opération « l’art en la matière » -symbolisée par un logo en forme de planète verte (http://www.lartenlamatiere.fr)- en commandant à quatre artistes des œuvres évoquant le recyclage et l’économie circulaire, la chimie du végétal, la qualité de l’air ou les énergies renouvelables. S’en suivront colloques, rencontres, expositions…et, normalement, des engagements concrets sur une chimie durable, un peu plus tard dans l’année.

« Mais l’industrie chimique a déjà fait beaucoup en matière de développement durable », estime l’UIC. « Nous sommes le 1er secteur – et de loin- à avoir contribué à la baisse des émissions de gaz à effet de serre : nous avons ainsi réduit nos émissions de CO2 de 56% depuis 1990 », insiste Jean Pelin avant de citer une étude du cabinet McKinsey qui montre qu’une tonne de CO2 émise par l’industrie chimique permettrait de réduite de 2,6 tonnes de CO2 les émissions dans les secteurs en aval, au cours du cycle de vie complet de ses produits. Et alors que le secteur utilise aujourd’hui près de 95 % de matières premières non renouvelables, celui-ci s’est également engagé à porter le taux de matière végétale à 15 % en 2017. Au niveau mondial, le secteur a même adopté un code de conduite, le « Responsible care » (voir document lié), signé par tous les majors du secteur. Mais en France, où le tissu industriel chimique est essentiellement composé de PME, seules 427 entreprises sur les quelque 1200 que compte l’UIC adhèrent à cette charte déclinée en 9 principes en matière de sécurité, santé et environnement.

Une nécessaire ouverture aux contradicteurs

« On note une évolution du secteur mais elle reste lente. La problématiques des nanotechnologies, que l’on a commercialisées sans en évaluer les effets sur la santé ou l’environnement illustre bien qu’il n’y a pas eu réellement un changement de culture », nuance de son côté André Cicolella, le porte-parole du réseau santé environnement. Invité à faire une présentation lors du colloque du CNRS « La chimie face aux défis de la communication », il était l’un des rares intervenants à parler de front des pollutions et maladies engendrées par l’industrie chimique et pointer du doigt l’insuffisance des recherches sur les effets des substances chimiques : « seules 10 % des substances les plus utilisées ont par exemple fait l’objet d’études sur la cancérogénité », rapporte-t-il. « La chimie verte peut être une solution mais elle doit être destinée à endiguer la crise écologique dans sa globalité », estime-t-il avant de lancer l’idée d’un « serment d’Hypocrate pour chimiste » où celui-ci s’engagerait à ne pas nuire.

Des peurs et des avis divergents que l’industrie chimique doit laisser s’exprimer et prendre en considération, ce qui n’est pas forcément le cas actuellement, selon Richard-Emmanuel Eastes, professeur agrégé de chimie à l’ENS : « il faut chercher à dialoguer plutôt qu’à convaincre » avec un prosélytisme chimique, estime-t-il. « C’est aux chimistes de parler des risques industriels ou des perturbateurs endocriniens, des dangers liés à la manipulation des réactifs chimiques, de l’importance de la chimie dans l’élaboration de nouvelles drogues et produits dopants, et d’assumer ouvertement les incertitudes qui pèsent sur les éventuels usages malveillants qui pourront être faits de toutes leurs découvertes. Et peu importe que cela risque de « ternir l’image de la chimie » ; ne pas en parler risque de la ternir plus encore », développe-t-il sur son blog « Parlez-vous chimie ? ». Et le professeur de citer l’exemple de Bayer qui, pour discuter avec ses salariés sur les questions qui fâchent (OGM, effets des pesticides, etc) vient de lancer un « serious game » en direction de ses salariés…Preuve que le dialogue n’est pas seulement tourné vers l’extérieur.

* enquête Médiaprisme Group « Industrie chimique & produits chimiques : état de l’opinion, attitude et comportements », 2010

Béatrice Héraud
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