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Le programme Fibre citoyenne séduit le secteur du vêtement professionnel

Entreprises \Politique développement durable \RSE

Publié le 17-08-2010



Créé il y a cinq ans, le programme Fibre citoyenne de l'ONG Yamana incite les entreprises textiles à se lancer dans une démarche de responsabilité sociale de long terme. Aujourd'hui 85 % du secteur du vêtement professionnel en France s'est engagé. Exemple avec Armor lux, dont la politique de développement durable est l'un des secrets de sa survie.

Ne cherchez pas le logo Fibre citoyenne dans les linéaires de prêt-à-porter, il ne s’y trouve pas. Le programme du même nom a pourtant été bâti il y a cinq ans par l’ONG Yamana pour ce secteur. Il se base sur la responsabilité sociale : conseil, accompagnement et contrôle indépendant de la démarche RSE en contrepartie d’un engagement de l’entreprise à agir sur 100 % de son activité, jusqu’au plus petit sous-traitant, et ce quel que soit le pays de production.

Outil de management durable

Certes, aujourd'hui, aucune marque de vêtement grand public n’a encore répondu présente. « Beaucoup nous ont approché, mais beaucoup aussi cherchent un label de notoriété. Or nous apportons un vrai programme avec du fond (…) Ce qui leur semble complexe », explique Frédéric Fournier coordinateur du programme chez Yamana. En revanche, Fibre citoyenne a séduit 85 % du marché français du vêtement professionnel, soit quinze entreprises comme TDV (vêtement civil et militaire), Mulliez, Molinel, Initial (location de linge et vêtements d’entreprise) ou encore Armor lux. Cette dernière est plus connue du grand public pour ses fameuses marinières mais l’entreprise de Quimper est surtout un poids lourd du vêtement professionnel, puisqu’elle habille les salariés de La Poste, de la SNCF ou encore d’Aéroport de Paris.

Armor Lux s’est lancée dès 2005 dans le programme Fibre citoyenne : « Nous regardions toutes les initiatives de développement durable qui pouvaient nous être utiles en terme d’outil de management car c’est ce qui fait défaut chez les PME, explique Grégoire Guyon, responsable du développement durable chez Armor Lux. Nous étions déjà engagés dans la filière coton équitable de Max Havelaar, mais l’intérêt de Fibre citoyenne était de toucher à la démarche de l’entreprise dans sa globalité, pas uniquement les produits. »

Traçabilité indispensable

Si les 650 salariés d’Armor Lux en France assurent la plupart de la production des lignes de prêt-à-porter, les filières de vêtement professionnel, elles, sont totalement délocalisées. « 37 % de la production en valeur est réalisée en France (le prêt à porter), 27 % vient d’autres pays d’Europe, 29,5% du Maghreb et 10,5 % d’Asie. La connaissance de ces équilibres fait partie du contrat de confiance avec Fibre citoyenne », souligne Grégoire Guyon. La traçabilité obligatoire des filières laisse peu de place à des relations d’affaires volatiles ou à des partenaires peu transparents. « C’est une ingérence positive. Yamana vient mettre son nez dans pas mal de choses, mais c’est pour aider l’entreprise », relève-t-il. Le référentiel de Fibre citoyenne balaye cinq thématiques : économique, social, environnemental, santé/sécurité et dimension sociétale (relation fournisseur, éthique industrielle).

« Nous nous fixons un ou deux objectifs par an avec la volonté d’apporter une nouvelle réflexion et des idées », précise Grégoire Guyon. En 2010, l’entreprise cherche à organiser le recyclage de ses vêtements par l’organisation d’une filière de valorisation des textiles en fin de vie. L’étiquetage environnemental et donc le calcul des émissions de CO2 généré par l’activité constituent le deuxième chantier. En fin d’exercice, la réussite des objectifs est évaluée par un organe indépendant, le Comité de consultation de veille et de validation composé de représentants des organisations professionnelles, des pouvoirs publics et de la société civile.

Un engagement stratégique

Lorsque Armor Lux est rachetée en 1993 par les deux dirigeants actuels, ils posent un engagement : sauvegarder les emplois à Quimper. Ce qui a été fait grâce à l'activité vêtements professionnels, qui délocalisée, a permis de viabiliser le modèle économique.  La stratégie développement durable a ensuite permis à Armor Lux de mettre en cohérence politique sociale en France et éthique sociale à l’étranger. Grâce à cela, l’entreprise est aussi devenue un fournisseur privilégié des grands comptes publics ou privés. Ainsi, quand elle décroche le contrat de La Poste en 2004, les premières clauses sociales font leur apparition dans les appels d’offres. Aujourd’hui celles-ci (associées à l'environnement) peuvent représenter « 5 à 10 % de la note finale. Certains montent à 25 % et là, vous êtes vraiment capables de compenser le critère du prix par une démarche structurée et rassurante pour le client », souligne Grégoire Guyon. Cette évolution du marché explique aussi l’attrait des entreprises du vêtement professionnel pour le programme Fibre citoyenne.

Philippe Chibani-Jacquot
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