Etats-Unis : les adversaires des OGM s'organisent

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Publié le 10-09-2010

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Plusieurs associations de juristes et de scientifiques donnent la réplique à Monsanto sur les organismes génétiquement modifiés aux États Unis. Dernier exemple en date: la culture de la betterave à sucre.

La culture de la betterave à sucre génétiquement modifiée a été suspendue aux États Unis cet été. Le juge Jeffrey White, du tribunal du district de San Francisco, a estimé que le ministère de l’agriculture n’avait pas suffisamment étudié le dossier. L’impact environnemental de ce type de culture n’a, en effet, pas été mesuré. Les fonctionnaires du ministère doivent revoir leur copie. Et en attendant les résultats, les plantations de betteraves modifiées sur 400 000 ha devraient être arrêtées. Ce qui correspond à environ la moitié de la production de sucre aux États Unis.
Derrière la décision du juge White apparaissent les plaidoyers très efficaces de plusieurs associations. Andrew Kimbrell, directeur du Center for Food Safety (Centre pour la Sécurité Alimentaire) a ainsi rappelé cet été le sérieux des études d’impact environnemental qui durent 2 à 3 ans. «Les représentants du ministère vont apprendre que leur mandat est de protéger les agriculteurs, les consommateurs, l’environnement, déclare-t-il. Et pas seulement les bonnes affaires des entreprises, telle Monsanto». Le Center for Food Safety, qui est en pointe sur le dossier de la betterave, est une association de juristes militants, impliqués dans les conséquences des nouvelles technologies. L’association installée à Washington et à San Francisco est financée par les dons des particuliers et des fondations telles le fond John Merck, la Foundation for Deep Ecology, la fondation Packard ou encore le Rockefeller Philanthropy Advisors.

« Une réglementation insuffisante » 

C’est ainsi que les avocats du Center for Food Safety ont planché sur le dossier de la vache folle, le marquage obligatoire des OGM ou encore la betterave à sucre génétiquement modifiée. «A notre avis, explique Bill Freese, l’un des experts du Centre, la règlementation est insuffisante. Le ministère de l’agriculture part du principe que les nouvelles technologies vont bénéficier à l’humanité. Et ses représentants se dépêchent d’approuver le plus vite possible les nouveautés.» D’ailleurs, accusent les juristes du Center for Food Safety, «le ministère veut dès cet automne redonner l’autorisation de commercialisation pour les betteraves génétiquement modifiées, sans avoir consulté le grand public ou étudié l’éventuelle contamination des autres semences».
Bref, là encore, les juristes du Center for Food Safety menacent de porter l’affaire devant la justice. Ils plaident aussi leur dossier auprès des membres du Congrès et du grand public.

Réseau de militants et d’experts

Les experts du Center for Food Safety ne sont pas seuls dans la bataille. Ils s’appuient sur le True Food Network, une association de 100 000 membres composée d’agriculteurs, de consommateurs et d’amateurs de produits bios. De même, les 850 000 membres de l’Organic Consumer Association, «association de consommateurs en faveur du biologique», crée en 1998, ont rejoint la bataille pour promouvoir le bio, à travers leur réseau de 3000 magasins et coopératives. Enfin, le puissant Sierra Club est également de la partie. Cette association, créé en 1892 par John Muir, était à l’origine un  sympathique club d’explorateurs et d’amateurs de marche en montagne. Aujourd’hui, ses 1,3 millions de membres sont des militants et des experts actifs. Comme Neil Carman, l’un des docteurs en sciences du National Genetic Engineering Committee (Comite national sur l’ingénierie génétique) du Sierra Club, qui travaille sur l’argumentation scientifique des dossiers défendus par les juristes du Center for Food Safety ou par les avocats du Center for Biological Diversity (Centre pour la diversité biologique).

Ces réseaux ont réussi à se faire entendre sur l’affaire de la luzerne génétiquement modifiée, interdite aux Etats-Unis depuis 2007. Ils ont obtenu que l’interdiction soit maintenue tant que les pouvoirs publics n’auront pas réalisé une étude approfondie de son impact environnemental.
Scientifiques et juristes planchent aussi depuis cet été sur un autre sujet : l’eucalyptus. Des arbres hybrides ont en effet été plantés dans 7 États du Sud (Alabama, Texas, Louisiane entre autres) avec l’accord du ministère de l’agriculture. Au grand dam des experts du Sierra Club et du Center for Biological Diversity. «Nous risquons de perdre la biodiversité et les forêts d’origine» assure Neil Carman. «Quand le génie sort de la bouteille et s’échappe dans le voisinage, c’est irréversible», prédit de son côté l’avocat Marc Fink, du Center for Biological Diversity.

Caroline Crosdale à New York
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