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Que des syndicats applaudissent des entreprises, le fait est plutôt rare. Pourtant, Berthold Huber, chef du puissant syndicat IG Metall, ne manque pas de souligner combien « Siemens fait preuve de responsabilité sociale envers les salariés » avant de vanter les mérites de la cogestion. Berthold Huber fait en effet partie du conseil de surveillance de Siemens. Chez Verdi, autre poids lourd syndical, on salue le nouvel accord en soulignant qu’ « il ne peut qu’être dans l’intérêt des salariés que de tels accords basés sur le long-terme soient conclus ». Siemens, qui emploie près de 405 000 personnes à travers le monde, s’engage à ne fermer aucune usine en Allemagne et à ne licencier aucun des 128 000 salariés sans l'accord des syndicats - et ce, pour une durée indéterminée. En négociant cet accord avec IG Metall, Siemens perd également une arme pourtant communément employée lors des négociations salariales : celle de la menace de l’emploi. Alors pourquoi Siemens a-t-il fait d’aussi larges concessions ?
Il s’agit en premier lieu de pallier à la pénurie de personnels qualifiés. Grand sujet de discussion actuellement en Allemagne, les entreprises, des plus grandes au plus petites, ne se lassent pas de mettre en garde contre le manque de personnels qualifiés, une pénurie qui menace, selon elles, le potentiel innovant et la qualité du « made in Germany ». Siemens n’échappe pas au phénomène puisque près de 3000 postes, en priorité ceux relatifs à l’ingénierie, demeurent encore vacants. « Grâce au pacte, Siemens va pouvoir attirer les jeunes diplômés. Il va aider Siemens dans sa recherche de talents à tous les niveaux », déclare ainsi Dieter Scheitor, membre du conseil de surveillance, lors de la conférence de presse tenue après la signature de l’accord.
Un manteau vert encore trop court
La signature de cet accord intervient après trois années de profondes restructurations et de réorientation industrielle, rendues nécessaires après les révélations sur les pratiques de corruption étendues à tout le conglomérat. « L’exercice 2008/2009 – avec celui de l’année précédente – marque un tournant pour Siemens », rapporte Markus Dufner, de l’organisation actionnariale Kritische Aktionäre. « Les anciens dirigeants de Siemens ont été accusés de délits de corruption et de pratiques anticoncurrentielles. Ils ont été jugés coupables et soumis à de lourdes peines ». Tout le directoire, à l’exception du directeur financier, a été remplacé et quelque 200 nouveaux salariés ont été embauchés pour occuper les postes à haute responsabilité. « En ce qui concerne la lutte contre la corruption chez Siemens, un grand travail a été accompli. Il existe un responsable anticorruption pour 600 salariés, ce qui est un quota très élevé », souligne Markus Dufner. Les nouvelles règles anticorruption s’appliquent également aux fournisseurs. Parallèlement, la nouvelle direction de Siemens a réorienté les activités du groupe vers les technologies de l’environnement. Un choix stratégique qui s’avère payant, puisque selon des chiffres fournis par Siemens, les technologies vertes représentent un tiers du chiffre d’affaires global du groupe, soit 76,7 milliards d’euros pour l’exercice 2009. Près d’un milliard d’euros sont également investis dans la recherche et le développement de nouvelles technologies environnementales. Plus encore, Siemens s’appuie sur ce nouveau pan technologique pour polir une image sérieusement ternie après les scandales de corruption. « Priorité au vert » peut-on lire ainsi sur le site officiel allemand de Siemens.
La reconversion est-elle donc achevée ? Siemens devient-il un conglomérat pouvant donner l’exemple à ses pairs ? « Siemens n’est pas une entreprise verte », conteste Markus Dufner. « L’énergie nucléaire représente toujours une partie importante des activités du groupe ». Des alliances avec Areva, mais surtout avec l’entreprise d’état russe Rosatom, rendent discutables le profil vert si soigneusement mis en avant chez Siemens. Les risques de corruption et de détournement du nucléaire civil en nucléaire militaire sont trop importants pour l’organisation. « C’est le point critique. Des investissements importants sont encore accordés aux activités nucléaires, ce qui veut dire que ce sont autant d’investissements en moins pour la recherche et le développement des énergies alternatives », résume l’activiste actionnarial. Interrogés, les porte-paroles de Siemens ont décliné tout commentaire. Mais les critiques émises à ce sujet par Kritische Aktionäre lors de la dernière assemblée générale n’ont pas fait l’objet de démenti.
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