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« Occuper, résister, produire ». Le slogan du Mouvement national des entreprises récupérées résume le processus d’auto-gestion sociale né de la crise argentine. En décembre 2001, la crise financière qui secoue le pays fait fuir les capitaux et les dirigeants, les entreprises sont abandonnées par leurs propiétaires tandis que l’Argentine voit la moitié de sa population tomber sous le seuil de pauvreté, après le gel des comptes bancaires imposé par le gouvernement. Alors que le pays, en état de siège, connaît 5 gouvernements différents en 3 semaines, un mouvement d’activisme populaire se crée spontanément à Buenos Aires . Les classes moyennes se réunissent dans des conseils de quartiers pour débattre de la politique du pays et des moyens d’agir, les ouvriers commencent à occuper les entreprises abandonnées. Naomi Klein et Avi Lewis, réalisateur canadien, suivent le combat des ouvriers pour l’appropriation des usines, considérée comme un vol par la loi, mais qui leur permet de relancer la vie économique locale et de se verser des salaires, sur un mode autogestionnaire. « The Take est notre premier film et nous l’avons fait pour répondre au défi qui nous était lancé par les critiques et également par les mouvements sociaux dont nous faisions partie : "Nous connaissons les modèles contre lesquels vous vous battez, mais quelle autre alternative proposez vous ?" Il n’y a certainement pas qu’une seule alternative à la globalisation économique : il y en a des milliers, affirment les deux auteurs. Nous, nous avons essayé de raconter une histoire, celle d’un mouvement émergeant qui construit une alternative concrète aux forces du « Turbo-Capitalisme ». Succès
L’activisme selon les Yes Men
Sorti le 1er avril, Les "Yes Men" (« bénis oui-oui ») est un documentaire qui retrace les « performances » d’un petit groupe d'artistes-activistes, emmenés par Andy Bichlbaum et Mike Bonanno. Rois de la dérision et de l’imposture, ils ont crée un faux site internet affilié à l'Organisation Mondiale du Commerce, piégeant journalistes et personnalités, et ont réussi à intégrer les rangs de l'OMC, où ils tiennent des discours qui poussent la logique libérale à son paroxysme pour la ridiculiser. Parvenant à infiltrer les plus grandes conférences internationales, ils ont réussi à annoncer, devant une assemblée d'experts-comptables, la dissolution de l'OMC, ou à qualifier Ghandi d'« idiot protectionniste», sous les applaudissements de l’auditoire… Leur imposture la plus spectaculaire reste une interview d’Andy Bichlbaum, qui s’est fait passer pour le PDG de Dow Chemical et a déclaré « assumer la responsabilité de la catastrophe industrielle » de Bophal en Inde, en promettant un chèque de 12 millions de dollars. Le groupe a démenti deux heures plus tard, mais plusieurs dizaines de dépêches avaient déjà été publiées dans le monde entier…
Alors que la misère et la précarité ont envahi le pays, The Take nous montre comment l’Argentine est devenue un laboratoire d’idées et d’expériences sociales…qui marchent. Zanon, usine de céramique, est devenue le symbole du mouvement, tant par sa durée que par son succès. Fermée brutalement par son dirigeant, Luis Zanon, (proche de l’ex-président libéral Carlos Menem), en octobre 2001, l’usine est gérée depuis par les salariés et connaît une belle croissance en étant passée de 300 à 450 employés et en offrant des salaires largement supérieurs à la moyenne du pays. Le documentaire montre que le succès de cette reprise repose, en grande partie, sur la participation des ouvriers à la vie de l’entreprise. Chaque décision est prise collectivement lors d’assemblées ouvertes, dans lesquelles les salariés ont le même pouvoir décisionnaire. Evoquant le mouvement des entreprises récupérées, les auteurs se disent « frappés par la tranquille, mais fière, dignité de cette organisation non gouvernementale, qui regroupe les ouvriers des usines occupées, considérée aujourd’hui dans le monde comme une source d’inspiration dans la lutte contre le néo-libéralisme et comme symbole important du fait qu’un autre monde social est possible ». Autre exemple de réussite, l’usine de textile Brukman, employant des ouvrières, a également été abandonnée par ses dirigeants, en décembre 2001. 58 employées sur 115 ont décidé de reprendre l’usine et de l’autogérer. La production a redémarré et les salaires sont versés régulièrement, amenant une ouvrière à s’étonner du fait que « les dirigeants se plaignent toujours des difficultés à gérer une entreprise, alors que c’est en réalité très simple, les additions et les soustractions…» Reconnaissance légale Ironie de l’histoire, les succès que connaissent les entreprises « récupérées » en Argentine ont suscité bien des convoitises, obligeant les ouvriers à continuer de se battre pour conserver leur usine. Zanon se trouvait ainsi sous la menace d’une fermeture, l’ancien dirigeant, les banques ou les investisseurs étrangers pouvant légalement reprendre le contrôle de l’entreprise. Face à cette éventualité, les ouvriers ont établi un plan de lutte régional pour la sauvegarde de la cogestion ouvrière, qui s’est soldé par une manifestation de 5000 personnes. En septembre 2004, ils ont obtenu du Parlement le vote d’une « loi nationale d’expropriation » des anciens dirigeants pour toutes les entreprises récupérées par les travailleurs, qui bénéficient désormais d’un droit légal. Le mouvement cherche aujourd’hui à construire un projet politique et à obtenir une véritable reconnaissance institutionnelle. The Take, réalisé par Naomi Klein et Avi Lewis. Documentaire, 1h27. Sortie le 27 avril 2005.
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