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L’annonce tombe plutôt mal. Alors que s’ouvre son assemblée générale, Thyssenkrupp vient d’être à nouveau condamné par les autorités environnementales de l’Etat fédéral de Rio de Janeiro -une amende de 1,2 millions d’euros et des compensations financières à hauteur de 6,3 millions d’euros. En août dernier déjà, le groupe allemand avait eu une amende de 750 000 euros quelques semaines après le démarrage des activités du site. Outre les compensations, une entreprise concurrente de Thyssenkrupp, la société brésilienne Uniminas, doit assurer le contrôle environnemental sur le site du groupe allemand, tandis que des caméras doivent y être installées et directement connectées aux autorités environnementales de Rio. «Ce sera notre oeil vert sur la CSA (la filiale brésilienne de Thyssenkrupp) afin d’obtenir des informations», a déclaré Carlos Minc, alors ministre de l’environnement de l’Etat de Rio de Janeiro. Il souligne également que les résultats des contrôles environnementaux serviront de conditions à l’attribution du permis d’exploitation qui n’a toujours pas été donné, alors que le site a débuté sa production l’été dernier. 8000 pêcheurs contre 5 millions de tonnes d’acier De quoi s’agit-il? De la construction par Thyssenkrupp d’un site d’exploitation de minerai de fer de 9 km2 dans une zone décrite par l’ONG Germanwatch, qui a examiné le cadre légal du projet de Thyssenkrupp au Brésil, comme étant «pleine de contrastes. D’un coté une zone naturelle attractive où une majorité de la population locale vit de la pêche et du tourisme. De l’autre, une zone où la concentration des activités industrielles durant ces dix dernières années ont une forte répercussion sur l’environnement local. L’arrivée de l’industrie n’a pas conduit à élever le niveau de vie de la population locale. Beaucoup de personnes vivent dans la précarité». 8070 pêcheurs et leurs familles vivent dans la baie de Sepetiba. Pour le groupe allemand, le site de Sepetiba représente le plus gros investissement à l’étranger: 5,2 milliards d’euros, soit 3,9 milliards de plus que prévu, sur un site où doivent être produites 5 millions de tonnes d’acier par an. Le site constitue d’ailleurs le plus grand projet de cette nature sur tout le continent sud-américain. Pour le quotidien économique Handelsblatt, l’enjeu est crucial pour le numéro 10 mondial de l’acier « s’il veut agir globalement tout en étant plus proche de ses fournisseurs et clients. Pour cette raison, le Brésil est la meilleure implantation». Sur les cinq millions de tonnes d’acier prévues, deux millions seront acheminées à Duisburg, en Allemagne, pour couvrir les marchés d’Europe de l’est, trois millions à destination de Mount Vernon, en Alabama dans le sud des Etats-Unis, où là aussi, Thyssenkrupp construit un site sidérurgique, afin de couvrir le marché nord-américain. L’organisation Kritische Aktionäre (voir article lié), qui, comme l’année précédente, va intervenir lors de l’assemblée générale de Thyssenkrupp sur la question, écrit dans son protocole que «la population locale et les organisations de pêcheurs protestent depuis le début des travaux en décembre 2006 contre les retombées environnementales du site et la perte de leurs principales sources de revenus, la pêche et le tourisme». Blocage d’une grande partie de la baie, destruction de frayères (zones de reproduction des poissons), destruction illégale des mangroves, déchets qui ont conduit à une pollution massive au métal lourd...le constat ne s’arrête pas là. Les représentants des pêcheurs et des riverains accusent également l’entreprise d’avoir embauché des milices paramilitaires comme agents privés de sécurité, fortement soupçonnés d’intimider les riverains. Autant d’éléments qui ont conduit 5763 pêcheurs à porter plainte contre Thyssenkrupp. Large communication sur la RSE du groupe Au siège de la multinationale, à Essen dans la Ruhr, on se contente de dire que Thyssenkrupp va faire appel, sans autre commentaire. De fait, la nouvelle amende discrédite la communication sur la « responsabilité » du groupe, pourtant largement mise en avant : Gerhard Cromme, directeur du conseil de surveillance de Thyssenkrupp, n’est rien moins que le principal initiateur du «Corporate Governance Kodex», code crée en 2002 et considéré comme la référence parmi les entreprises allemandes cotées en matière de RSE. Or, les Kritische Aktionäre relèvent que «le conseil de surveillance autorise la direction à participer à des projets qui portent préjudice à l’environnement et à la santé de la population locale et qui ignorent leurs droits. Il ne respecte donc pas son propre code RSE». Le conseil va-t-il réagir? Réponse après la tenue de l’assemblée générale.
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