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Après des années de lutte contre le projet d’installation d’une mine de bauxite alimentant une raffinerie du géant indien Vedanta, c’est finalement la petite tribu des Dongria Kondh qui a eu le dernier mot. Le 24 août, le gouvernement indien a gelé le projet lancé en 2005. Pour le ministre indien de l’environnement et des forêts, Jairam Ramesh, la compagnie a en effet fait preuve d’un « choquant » et « flagrant mépris pour les droits des groupes tribaux » et assuré qu’il ne donnerait pas son feu vert tant que la compagnie ne respecterait pas les lois forestières ainsi que la volonté des communautés concernées. Cette décision tant attendue par les défenseurs de l’environnement et des tribus fait suite à un rapport publié la semaine dernière par un comité d’experts mis en place par le ministère de l’environnement et dont les conclusions étaient accablantes pour Vedanta. Les auteurs y déclaraient ainsi que la mine altèrerait drastiquement les réserves en eau de la région, les éco-systèmes et menacerait la survie des Dongria Kondh, de la tribu des Kutia et de centaines de familles Dalits qui en dépendent. L’extension de la raffinerie d’aluminium, située près de la mine, y est également mise en cause : selon les auteurs, Vedanta occupe aujourd’hui 26 hectares de terres de façon illégale, « dans un total mépris de la loi ». Derrière l’entreprise, c’est donc aussi l’Etat d’Orissa qui est accusé de ne pas avoir respecté les droits des tribus et les lois forestières. La région, l’une des plus pauvres de l’Inde, soutenait en effet largement le projet, espérant profiter des 2,7 milliards d’investissements prévus ainsi que emplois et des infrastructures promis par Vedanta, qui fait du développement durable un axe majeur de sa stratégie de communication. Pourtant, si les hôpitaux, écoles et autres projets philanthropiques occupent une bonne place sur le site internet du groupe, un documentaire édifiant, « Cowboys in India » diffusé en début d’année sur la chaîne britannique Channel 4, met sérieusement en question leur réalité. Le réalisateur Simon Chambers y montrant par exemple des centres de soins sans médecins pour y travailler (voir lien)… « David contre Goliath » L’arrêt du projet est donc « une fabuleuse nouvelle », s’est réjoui Sophie Baillon, le porte-parole français de Survival International qui compare l’affaire à « la stupéfiante victoire de David contre Goliath » : la lutte ayant opposé « la tribu de 8.000 personnes des Dongria Kondh, dont la quasi-totalité est analphabète, à la puissance d'une compagnie pesant 8 milliards de dollars ». L’ONG a été le fer de lance de la lutte contre la multinationale en mobilisant depuis des années ses sympathisants, qui ont envoyé 10 000 lettres de protestation au gouvernement indien. Mais c’est surtout en faisant le rapprochement avec le sort des Nav’avi, la tribu fictive du blockbuster Avatar, réalisé par James Cameron, que l’ONG a frappé l’esprit du grand public. D’autres ONG, comme Amnesty international, ont aussi fait du lobbying auprès des gouvernements, investisseurs et assureurs pour qu’ils se détournent de Vedanta. Avec succès puisque Aviva, Joseph Rowntree charitable trust, Marlborough ethical fund, Milfield house foundation et l’Eglise d’Angleterre ont retiré leurs capitaux au fil du temps et des rapports. Cette mobilisation très forte des associations a d’ailleurs eu son revers. Celles-ci ont rapporté des violences à leur encontre ainsi que l’enlèvement de deux membres de la tribu des Dongria qui s’étaient exprimés sur Channel 4 suite à l’Assemblée générale de Vedanta (voir article lié) et qui n’ont été relâchés qu’après avoir signé une déclaration écrite dont ils ne connaissent toujours pas le contenu. Pour l’instant, Vedanta n’a pas réagi à la décision gouvernementale mais la semaine dernière, son patron, le milliardaire Anil Agarwal, s’était exprimé dans le quotidien Hindustan Times. Il y déclarait être « disposé à regarder des implantations alternatives » et rappelait que le gouvernement de l’Etat d’Orissa s’était de toute façon engagé à donner de la bauxite à la firme. Le second producteur d’aluminium indien avait en effet conclu un accord avec l’Orissa mining corporation qui appartient à l’Etat pour approvisionner son immense raffinerie d’aluminium qui doit encore être agrandie et qui a déjà nécessité le déplacement de centaines de personnes. Après la publication du rapport, le gouvernement d’Orissa avait d’ailleurs sollicité une dernière réunion pour plaider la cause de l’entreprise. Sans que celle-ci n’ait finalement convaincue le ministre de l’environnement.
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