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Tables rondes, projection du film « The Corporation », débats en université, théâtre de rue devant le Reichstag…La campagne européenne « Des Droits Pour Tous, Des Règles Pour Les Multinationales » mobilise en Allemagne non seulement les ONG allemandes, mais aussi représentants politiques, syndicaux et patronaux - des délégués de la Chambre de commerce et d’industrie ayant répondus présents tout comme ceux du groupe C&A - ainsi que des représentants d’ONG sud-africaine, indienne et colombienne, venus pour témoigner des conséquences des activités industrielles de grands groupes allemands sur leurs territoires.
Difficile sensibilisation
« Nous avons encore beaucoup de travail de sensibilisation à faire en Allemagne », commente Johanna Kusch, de l’organisation Germanwatch. L’ONG organise au nom du réseau de parties prenantes allemand Cora-Netzwerk (Cora pour Corporate Accountability) la campagne européenne en Allemagne. « Maintenant, si les consommateurs continuent d’acheter leurs textiles chez les discounters, peut-être le font-ils avec une mauvaise conscience. De fait, nous observons un nombre toujours croissant de reportages sur la question dans les médias, notamment sur les chaînes publiques – et c’est ce que nous cherchons, sensibiliser un public aussi large que possible ».
Le réseau Cora-Netzwerk réunit 47 organisations allemandes, religieuses, syndicales, non-gouvernementales ou encore des associations de consommateurs. Créé notamment à l’initiative de Germanwatch, ce réseau est conçu comme le porte-voix des différentes organisations allemandes au sein de la Coalition Européenne pour la Responsabilité Sociale et environnementale des Entreprises (ECCJ) dont il est membre. A l’instar de ses consœurs européennes, Germanwatch et les autres membres de Cora-Netzwerk œuvrent pour une réglementation juridique à l’échelle européenne « car le reporting volontaire ne comble en rien les lacunes dans la réglementation européenne. Il nous faut un débat au niveau européen », rapporte Johanna Kusch.
Le 10 novembre, journée de mobilisation européenne
Une journée de mobilisation est organisée par les ONG qui relaient la campagne en Europe. En France, pour illustrer la nécessité de mettre fin à l’impunité des multinationales, trois photomontages sont diffusés sur le web et dans les réseaux sociaux. Ce triptyque montre certaines violations courantes dans les pays en développement replacées dans un contexte français. Des manifestations sont également organisées dans plusieurs pays européens. Les citoyens sont encouragés à signer la pétition de la campagne « Des Droits pour Tous, des Règles pour les Multinationales » www.des-regles-pour-les-multinationales.org
D’autant que le gouvernement reste sourd au message. « Il n’est pas encore vraiment parvenu à ses oreilles», commente, un brin diplomatique, Johanna Kusch. Et ce, alors que l’Allemagne demeure la championne du monde des exportations, rendant la question de la responsabilité des entreprises à l’étranger encore plus pertinente. « C’est pour cette raison que nous concentrons notre campagne sur la sensibilisation des parlementaires. Jusqu’à présent, notre message a bien été reçu par les représentants du parti Social-Démocrate (SPD), des Ecologistes (Bündis 90/Die Grünen), et de la Gauche (Die Linke), soit de l’opposition gouvernementale. Cela dit, un représentant du Ministère des affaires étrangères a accepté de participer à une table ronde ». Par ailleurs, la Commission Européenne a affiché sa volonté d’agir enfin sur le sujet : « Une nouvelle consultation sur la question de la transparence des entreprises (...) ainsi qu’une nouvelle Communication sur la RSE sont prévues pour le printemps 2011» membre de colation européenne des ONG. « Après plusieurs années d’absence d’initiative politique de l’UE, les décideurs européens commencent enfin à ébaucher des pistes permettant de mettre un terme à l’absence de régulation des multinationales » affirme-t-il. Lacunes juridiques allemandes et européennes
Dans les différents pays européens partenaires de la campagne, plusieurs rapports seront publiés sur des cas concrets de violations des droits humains et du droit environnemental. En Allemagne, c’est Germanwatch qui publie une analyse juridique sur les activités à l’étranger de deux entreprises allemandes : le géant de l’acier ThyssenKrupp au Brésil, et Aldi, le plus grand discounter d’Allemagne, en Chine. Dans le cas de ThyssenKrupp, l'entreprise construit actuellement dans la baie de Sepetiba, non loin de Rio de Janeiro, le plus grand complexe sidérurgique d’Amérique du sud. Il s’agit du plus grand investissement à l’étranger du groupe allemand, estimé par l’entreprise elle-même autour de 5,2 milliards d’euros,un chiffre en forte hausse comparé aux 1,3 milliard originellement prévus. Et le rapport de citer l’impact d’un tel complexe sur l’industrie locale de la pêche, encore fortement artisanale, sur la santé et l’environnement des habitants, voire l’intimidation d’opposants au projet. Or, l’analyse de Germanwatch montre que ni la législation allemande, ni la législation européenne ne permettent de débouchés juridiques pour les potentiels plaignants. Le même cas de figure se présente pour le discounter Aldi. La chaîne de distribution est non seulement une des entreprises les plus connues d’Allemagne, mais aussi une des plus prospères. Elle se range seconde parmi les plus grandes entreprises familiales du pays. Or, Aldi, régulièrement prise à parti du fait des conditions de travail déplorables chez ses sous-traitants chinois, se range également parmi les entreprises les plus opaques qui soient. Non seulement elle ne publie aucun rapport, -son statut juridique allemand le permettant-, mais elle ne répond à aucune question. Le rapport de Germanwatch mentionne qu’Aldi a décliné de répondre aux questions de la Stiftung Warentest, l’équivalent allemand de « Que choisir », ou encore de la Fédération allemande du commerce de détail. De quoi illustrer l’urgence d’une législation juridique européenne véritablement contraignante.
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