|
A Paris, puis au Parlement européen ensuite, les deux députées françaises ont annoncé qu’elles avaient saisi l'Office européen de lutte anti-fraude (Olaf), un service d'enquêtes indépendant, pour faire la lumière sur d’éventuels conflits d'intérêts entre les autorités sanitaires européennes et le laboratoire Servier dans l’affaire du Mediator. « Des questions ont été posées dès 1999 par les autorités européennes au laboratoire Servier sur les effets du Mediator, mais il a fallu attendre 7 ans pour obtenir les premières réponses, et 10 ans pour qu’il soit interdit en France. Pourquoi un si long silence ? » interroge Eva Joly. La députée européenne pointe du doigt les conflits d’intérêts à travers l’exemple de l'expert français en pharmacologie Jean-Michel Alexandre, qui a présidé la commission de vigilance de l'EMA (l’agence européenne du médicament) de 1995 à 2000 et qui travaillait également à l'Agence française des médicaments (AFSSAPS), deux agences qu’il a quittées pour devenir "consultant pour l'industrie pharmaceutique, notamment pour les laboratoires Servier", souligne Eva Joly. Elle ajoute que que plusieurs postes clés touchant à l'évaluation des médicaments au sein de l'EMA ont été occupés par des Français. C’est le cas d’Eric Abadie, également président de la commission de vigilance de l'EMA depuis 2007, qui a été directeur des affaires médicales du syndicat des industries pharmaceutiques avant d'occuper également des postes à l'Afssaps. Il y est toujours présent, au titre de conseiller scientifique du directeur général. Eva Joly demande sa démission, car dit-elle, "il ne peut pas crédiblement continuer à diriger ce comité". Par ailleurs, les deux députées rappellent que l’Agence européenne du médicament est financée à 80% par les laboratoires, tout comme en France. Enlisement
Michèle Rivasi souligne également les « dysfonctionnements » du système européen, qui expliquent « l’enlisement » du dossier, comme l'a indiqué l'IGAS dans son rapport en France (voir article lié). « Les premières interdiction de L’Isoméride sont intervenues dès 1997, puis en 1999 tous les coupe-faim sont interdits à l’exception du Mediator , alors même que sa molécule, le benfluorex, était connu comme anorexigène ». En Italie, des cas de valvulopathie avaient déjà été détectés à l’époque. Le pays a souhaité avoir des explications, mais il a fallu un an à Servier pour produire une étude. Le produit sera finalement retiré en 2004. Même situation en Espagne où « finalement Servier a répondu en annulant son autorisation de mise sur le marché, mais a continué à le vendre dans d’autres pays comme la France ». Il faut également rappeler que dès 1979, la Suisse l’avait interdit, et qu'en Belgique, les autorités sanitaires ont refusé son autorisation de mise sur le marché en 1977. Or, les députées soulignent qu'en 1999 l'EMA a interdit toute une série de coupe-faim, "mais pas le Mediator", et que "dix années" ont ainsi été perdues au détriment de la santé publique. Une stratégie caractérisée par Michèle Rivasi par les « Trois D : les industriels décident, désinforment et diffèrent". Dans l’immédiat, les deux députées attendent de savoir si leur demande d’enquête sera jugée recevable par l'Office européen de lutte anti-fraude (Olaf), qui dispose d’un mois pour se prononcer. Si leur saisine est acceptée, l’enquête pourrait durer 9 mois.
|