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Ce nouveau scandale alimentaire provoque de profonds remous dans le pays tant par son ampleur que par sa trame criminelle: selon Berlin, près de 150 000 tonnes d'aliments pour animaux ont été contaminées à la dioxine, aliments dont les traces remontent à un producteur de graisses soupçonné d’avoir sciemment mêlé, pour des raisons purement économiques, des graisses industrielles à des graisses animales. Or, si la justice le poursuit pour escroquerie, ce dernier vient de se déclarer en faillite, rendant de facto impossible toute demande de dommages et intérêts... Un plan vient d’être présenté par le gouvernement. « Il faut d’abord attendre de voir si le plan en dix points de la Ministre va être mené à bien. Certes, elle annonce des tests obligatoires dans les exploitations, conformément aux revendications de foodwatch, mais entre l’annonce et les premiers résultats, le chemin est long », commente Martin Rücker, de l’organisation foodwatch à Berlin. « Jusqu’à présent, l’expérience montre que le lobby agricole en Allemagne a toujours réussi à assouplir largement chaque proposition de loi pour son avantage ». Le plan prévoit entre autre la séparation stricte de la fabrication des graisses animales et industrielles, une mesure qui n’a pu aboutir à Bruxelles lors d’une première réunion entre la Commission européenne et les industriels. Scandales à répétition Les retombées de ce scandale sont lourdes de conséquences pour l’Allemagne, un des principaux pays producteurs de viande au monde : le pays doit enregistrer, amer, les interdictions d’importation de pays aussi significatifs pour son industrie que la Russie et la Chine. Il faut savoir que plus du quart des 150 milliards d’euros du chiffre d’affaire généré par l’ensemble de l’industrie agro-alimentaire allemande provient des exportations. Rappelons que les dioxines sont des résidus issus principalement de combustions industrielles et sont considérées comme cancérigènes par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). L’OMS précise que plus de 90% de l'exposition humaine aux dioxines provient de l'alimentation, principalement de la viande, des produits laitiers et des poissons. Son absorption en petite quantité ne présente pas de danger immédiat mais le corps humain ne l'élimine que difficilement. En dix ans, plusieurs scandales à la dioxine ont frappé l'Union européenne: en Belgique (en 1999 et en 2006), en Irlande (2008), en Italie (Seveso en 1976), aux Pays-Bas (en 2006). Pour l’Allemagne, il s’agit du cinquième cas de contamination à la dioxine (2003, 2004, 2006, 2010 et 2011, selon Der Spiegel).
«Escroquerie légale» et «empoisonnement légal»
Les consommateurs allemands oscillent entre ras-le-bol et fatalisme. De fait, la liste des pratiques sinon frauduleuses du moins cachées dans l’ensemble de l’industrie agro-alimentaire, dévoilées par les organisations de défense des consommateurs et par l’ONG berlinoise foodwatch, ne cesse de s’allonger. Qu’on en juge : des crevettes produites à partir de protéines de poissons, du fromage fabriqué à base d’huiles végétales, des morceaux de jambon recomposés à partir de morceaux de moindre qualité, «collés» ensemble grâce à du gel alimentaire, mais aussi l’utilisation de viandes avariées dans les très populaires «Döners» ou celui, en toute opacité, d’additifs alimentaires controversés. De quoi retourner les estomacs les plus solides. L’organisation foodwatch, fondée en 2002 par Thilo Bode, un ancien dirigeant de Greenpeace, qu’il préside depuis, a fait de la défense des consommateurs et de la transparence dans l’industrie agro-alimentaire son cheval de bataille. Par le biais de campagnes, mais aussi d’études, d’ouvrages et d’interventions publiques, foodwatch entend montrer comment la duperie des consommateurs est devenue un élément constitutif de la stratégie commerciale de l’industrie agro-alimentaire en Allemagne, avec la complicité du Ministère de l’agriculture, qui se trouve être également celui de la défense des consommateurs ! L'argument du "low cost" Le succès en librairie des deux ouvrages que Thilo Bode a consacré à la question («Comment nous sommes dupés dans notre alimentation» et «Les falsificateurs alimentaires»* ) montre combien foodwatch a saisi la problématique du moment, une problématique encore largement ignorée outre-Rhin. Face aux révélations sur ses pratiques, l’industrie agro-alimentaire rétorque qu’elle ne fait que répondre aux besoins des consommateurs allemands qui, selon elle, « cherchent avant tout des produits peu chers ». « On ne peut mener cette discussion sur le dos des consommateurs qui achètent chez les discounters », rétorque foodwatch par le biais de Martin Rücker. « Cette pression morale n’est pas acceptable. Les produits alimentaires doivent être sûrs, indépendamment de leur prix ». Pour l’heure, 500 élevages ont été fermés en Allemagne, mais cette mesure n’a pu empêcher que des quantités non-déterminées d’oeufs, de volaille et de viande de porc contaminés atterrissent sur le marché...Les consommateurs n'ont pas d'autre choix que celui de se détourner de ces produits. Selon la fédération agricole allemande, les pertes liées à ce scandale s'élèvent déjà à 100 millions d'euros. * Thilo Bode, «Abgespeist. Wie wir beim Essen betrogen werden und was wir dagegen tun können», Fischer Verlag, 2007 «Die Essensfälscher», Fischer Verlag, 2010
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