|
La scène du salarié fatigué se régalant d’un doigt d’ourang-outan en guise de barre Kit Kat avait fait le tour du monde, illustrant avec une redoutable efficacité le lien entre la production d’huile de palme et la déforestation responsable de la disparition de l’espèce. Cette parodie de pub Nestlé orchestrée par Greenpeace avait entraîné la suspension du contrat d’approvisionnement entre la multinationale et son fournisseur d’huile de palme Sinar Mas, bientôt suivi par ses concurrents Unilever et Kraft Food. Un sérieux coup pour l’image de marque du plus grand producteur d’huile de palme et de pâte à papier d’Indonésie qui possède 406 000 hectares de plantations de palmiers. Pour se refaire une réputation, le groupe avait alors mandaté la Control Union Certification (CUC) et BSI group pour « vérifier les accusations portées par Greenpeace », déclarait-elle alors. Le résultat a été publié mi-août (voir document lié), après une nouvelle accusation de Greenpeace en juillet portant cette fois-ci sur le défrichement de tourbières dans des zones classées, contrevenant aux engagements mêmes de la firme pris en 2009. Pour Smart, la filiale de Sinar Mas incriminée*, le rapport démontre pourtant clairement que la campagne de l’association environnementale était « exagérée ». « Le rapport conclut que les accusations faites étaient largement infondées et que Smart n’est pas responsable de la déforestation des forêts primaire et de l’habitat des ourang-outans comme (Greenpeace) l’affirmait », précise le groupe dans un communiqué. Des conclusions que ne partage pas l’ONG qui parle, elle, d’une « véritable opération de Greenwashing » sachant que Sinar mas « projette d'étendre toujours plus ses plantations d'huile de palme dans la région du Kalimantan sur l'île de Bornéeo ainsi qu'en Papouasie, l'une des dernières forêts intactes d'Indonésie ». Un recadrage du groupe d'experts L’étude, qui a porté sur les seules 11 concessions pointées du doigt par Greenpeace, apparaît elle nuancée mais donne raison à Greenpeace sur plusieurs points essentiels. Quelques jours après la publication du rapport les experts de BSI Group ont ainsi jugé nécessaire d'apporter des clarifications suite aux déclarations un peu trop enthousiastes de Sinar Mas qui envisageait même de porter plainte contre Greenpeace selon l'AFP. Les experts ont également demandé au groupe de publier ces clarifications sur leur site internet pour informer leurs parties prenantes et les médias de la réalité du rapport. En fait, pour les auditeurs, l’analyse des terrains a montré qu’il ne s’agissait plus de forêts primaires comme le pensait Greenpeace mais qu’il s’agissait de terres dégradées ou de forêts secondaires, ce qui suggère que la dégradation de l’habitat des ourangs-outans avait commencé avant l’exploitation par Smart. Toutefois, certaines de ces terres (7 sur les 11 auditées) étaient à "haute valeur de conservation" précise le rapport, ce qui implique qu'elles abritent « donc une biodiversité exceptionnelle et dont certaines servent d'habitat aux orangs-outans », estime Greenpeace, ce qui contrevient aux principes de la table ronde sur l’huile de palme responsable (RSPO), dont Smart est pourtant membre… La plupart des concessions n’ont pas non plus eu les permis exigés par les lois forestières indonésiennes, estiment les experts. Quant aux accusations de Greenpeace sur l’existence d’un conflit social provoqué par l’expansion de l’exploitation, « si aucune preuve n’a été trouvée concernant un impact social négatif, il est à noter des manques dans la documentation fournie par Smart concernant la négociation avec les propriétaires terriens ». Les propriétaires n'auraient ainsi pas forcément eu accès à des grilles de prix claires et permettant de bien analyser les sommes offertes. Pour Smart « beaucoup de propriétaires locaux sont devenus des partenaires travaillant avec la plantation », avec un revenu parfois deux fois plus élevé que le salaire minimum. Mais les experts du BSI group demandent des compléments d'information à la firme. Si le rapport a donc permis une clarification sur quelques points, les deux entités restent en profond désaccord. * Smart dépend de la filiale Golden Agri-Resources Limited (GAR) qui gère la partie huile de palme du groupe Sinar Mas. Actualisation : Suite à cet audit, la RSPO s’est prononcé sur le cas Sinar Mas dans une lettre datée du 22 septembre 2010. Elle demande à Smart, l’une de ses filiales, de « clarifier son intention de se plier à la règlementation de la RSPO » et de « répondre aux recommandations formulées ». Au vu des informations contenues dans l’audit, la Table ronde pour une huile de palme durable estime en effet que le producteur indonésien ne respecte pas son code de conduite sur plusieurs points tels que « l’évaluation de l’impact environnemental », « la haute valeur de conservation », « la conservation des tourbières » ou « les impacts sociaux sur les communautés ». Dans le cas où l’entreprise ne se mettrait pas en conformité, des sanctions, de la suspension à la radiation, pourront être appliquée rappelle la RSPO dans sa lettre. Par ailleurs, contrairement à ce que laissait penser Sinar Mas, l’une de ses entités, GAR (Golden Agri-Resources LTD) dont Smart est une filiale, n’est pas membre de la RSPO et n’a jamais demandé de demande d’accréditation, précise la lettre. A noter également que l’audit indépendant a aussi décidé Burger King à radier Sinar Mas de ses fournisseurs.
|