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Lancé en 2008 par la fondation britannique « Global Canopy », le projet « forest footprint disclosure » (FFD) prend de l’ampleur. Pour la deuxième édition de son rapport annuel, le panel des multinationales interrogées sur l’impact de leurs activités sur la forêt (notamment à travers la conversion des terres pour la culture du soja, de l’huile de palme, de l’élevage, des agro-carburants ou du bois) s’est élargi. En 2010, 285 entreprises (contre 217 l’an dernier) européennes, américaines et asiatiques particulièrement exposées au « risque forêt » ont ainsi reçu un questionnaire leur demandant de détailler leurs actions en matière de traçabilité, de certification, de stratégie ou de communication autour des ressources forestières qu’ils utilisent dans leurs activités. Les bons et mauvais élèves Cette année, le taux de réponse – extrêmement faible l’an dernier, de l’ordre de 16%- a quasiment doublé. 78 entreprises (27%) ont ainsi joué le jeu. Mais le taux de réponse varie considérablement selon les secteurs. L’industrie du bois a été très réactive, sans doute parce qu’elle est engagée depuis longtemps dans un processus de certification mais aussi parce qu’elle est confrontée à une règlementation de plus en plus stricte (« Lacey act » aux USA et FLEGT pour l’Union européenne). A l’inverse, pour le secteur pétrolier et gazier, seule une entreprise s’est manifestée. Une aberration pour Tracey Campbell, la directrice du projet FFD : « dans une époque où des millions de dollars sont dépensés en marketing pour faire la promotion des carburants renouvelables auprès des consommateurs, c’est une grande déception de voir que ces mêmes compagnies ne sont pas transparentes sur la façon dont elles travaillent sur la durabilité de leur filière agro-carburants ». Toutefois, l’entreprise récompensée par le FFD pour sa transparence n’est autre que Neste Oil, une société très critiquée par les ONG en ce moment (voir encadré).
Le cas Neste oil
Récemment récompensée par le Public eye people’s award (voir article lié) décerné par des ONG environnementales pour son « Neste green diesel » produit à base d’huile de palme, Neste Oil est pourtant présentée comme le leader sur le secteur « gaz et pétrole » par le Forest footprint disclosure. Certes, l’entreprise finlandaise est la seule à avoir répondu au questionnaire du FFD mais ce n’est pas sa seule « vertu » estime les auteurs du FFD : « Neste Oil mérite une distinction pour avoir produit une réponse très élaborée. L’entreprise n’a pas gagné son leadership sur le secteur seulement par la vertu d’être la seule à avoir répondu », écrivent-ils dans l’édition 2010. Sollicité par Novethic, le FFD explique qu'il discute aujourd'hui avec le groupe sur cette question. Pour sa part, Neste Oil, estime que le Public eye people’s award, ne « reflète pas la vraie nature de la situation » : « nous croyons que nous sommes l’une des entreprises achetant de l’huile de palme les plus responsables du monde, déclare le groupe dans un communiqué. Nous achetons seulement de l’huile de palme produite selon les principes de durabilité et dont l’origine est vérifiée ». Pour Neste oil, la reconnaissance du FFD « souligne le travail de pionnier que nous avons réalisé (..). Le système unique d’audit par un tiers que nous avons développé pour la gestion de notre chaîne d'approvisionnement nous fournit des informations sur l'origine exacte de l'huile de palme nous utilisons », précise Pekka Tuovinen, directeur du développement durable et des affaires réglementaires de Neste Oil.
Au niveau géographique, ce sont les britanniques qui font figures de bons élèves : « British Airways, Drax Group, Greenergy International, Marks and Spencer, J Sainsbury plc et Reed Elevier sont leaders dans leur secteur et montrent l’avance que conservent les sociétés britanniques dans l’agenda de la RSE », indique le FFD (voir résultats plus bas). De fait, alors que de nombreuses entreprises asiatiques sont concernées par la problématique de la déforestation, peu d’entre elles ont répondu. Mais elles ne sont pas les seules. Moins du tiers des entreprises françaises a répondu à la sollicitation du FFD parmi lesquels LVMH, l’Oréal, Saint Gobain, Air France et Sodexo (Rougier, Renault, Peugeot, Lafarge, Danone, Auchan, Louis Dreyfus, PPR, Total, Accor Group, la SNCF, EDF n’ont pas répondu). Et, outre-Atlantique, « beaucoup d’entreprises américaines sont encore réticentes à s’engager tout de suite dans la démarche » mais elles vont « se familiariser avec celle-ci », espère Tracey Campbell la directrice du projet. Le risque de manquer des opportunités business Pour les inciter à s’engager, le FFD a intégré des investisseurs basés aux Etats-Unis, ce qui pourrait permettre d’amener la question dans les conseils d’administration, estime-t-elle. Car le FFD a un argument de poids pour intéresser les entreprises : elle est soutenue par des investisseurs de plus en plus nombreux (56) qui représentent cette année 5 milliards de dollars. Et le FFD cherche encore de nouveaux soutiens, particulièrement en Asie et en Amérique. Pour Freddie Woolfe, de Hermes Equity Ownership Services Limited la raison de l’engagement des investisseurs dans le projet est simple : « La déforestation est un risque majeur pour les investisseurs de long terme. La déforestation est responsable d’à peu près un cinquième du total des émissions totales de carbone et, pour les investisseurs de long terme comme les fonds de pension, les impacts qu’elle génèrera sur le climat affecteront structurellement et systématiquement les marchés dans lesquels nous investiront, et par conséquent la valeur de nos portefeuilles ». De fait, pour Alexandre Capelli, de la direction environnement de LVMH, le FFD est un « amplificateur de démarche » sur les questions de déforestation. « Il s’agit d’un sujet un peu nouveau pour nous car nous ne sommes pas directement impliqués si ce n’est à travers nos achats de cuir par exemple. Pour celui-ci, nous nous fournissons principalement en Europe du Nord, où il est de meilleure qualité. Lorsqu’il vient d’Amérique latine, nous pratiquons des audits environnementaux pour s’assurer des pratiques de nos fournisseurs », assure-t-il avant d’expliquer que le fait d’avoir creusé le sujet pour le questionnaire (de plus de 200 questions) « n’a fait que confirmer notre sentiment qu’il fallait travailler dessus ». Pour la directrice du projet FFD, c’est en effet un point essentiel car les entreprises tentées par le comportement de l’autruche pourraient s’en mordre les doigts : « Comprendre et réduire dès maintenant les pressions de la déforestation engendrée par l’expansion agricole, ce n’est pas seulement du bon sens environnemental, mais aussi du bon sens du point de vue des affaires. Cela permet à la fois d’anticiper les législations et les opportunités de marché à venir », et notamment celle du marché carbone à travers le mécanisme REDD + (voir articles liés). « Le travail effectué dès maintenant pour comprendre les enjeux pourrait se traduire par des dividendes sur ce nouveau marché », explique le FDD. Les résultats :
Produits basiques : Stora enso Oyj Agro-carburants : Greenergy international Textile : Adidas AG et Nike Inc Agriculture et Pêche : IOI group Distribution alimentaire et de médicaments : Carrefour et J Sainsbury plc Alimentation et boissons : Danisco Grande distribution : Marks and Spencer Industrie et automobile : Dalhoff, Larsen and Horneman et Weyerhaeuser company Media : Reed Elsevier Pétrole et Gaz : Neste oil Produits ménagers et d’hygiène : Kimberly-Clark Tourisme et loisirs : British airways Services d’utilité publique : Drax group
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