L'Allemagne mise sur la bionique

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Publié le 04-07-2011

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Version technologique du Biomimétisme, la « bionique » -contraction de « biologique et technique »- consiste à décrypter le système du vivant pour en dégager de nouvelles applications industrielles, souvent surprenantes. Un domaine dans lequel l'Allemagne jouit d'une solide réputation

« Il ne fait aucun doute que la bionique est une discipline scientifique très exigeante, à cheval entre les sciences de la nature, des matériaux et de l’ingénierie. Elle demande beaucoup de temps », relève Thomas Speck, professeur à l’université de Freiburg et directeur de Biokon. « Le chemin menant au brevet d’invention reste malheureusement souvent long. Aussi, le dialogue avec le secteur économique s’avère essentiel pour développer les applications industrielles ». Biokon est un centre de compétence allemand sur la bionique qui entend pousser le dialogue entre le domaine scientifique, économique, industriel et politique. 

Reconnue officiellement comme science en 1960, la bionique peut se définir comme une démarche scientifique consistant à rechercher chez les plantes et les animaux des modèles techniques - ce que révèle son nom, contraction de « biologie et technique ». En Allemagne, l’effet lotus est un des exemples les plus connus de la bionique : l’eau sur la feuille de lotus se perle et emporte avec elle poussières et particules salissantes. Ce principe d’auto-nettoyage fut découvert dans les années 1970 par le botaniste Wilhelm Barthlott, de l’université de Bonn et a donné lieu à des brevets industriels pour l’auto-nettoyage de verre ou le revêtement de façades. Le premier produit commercial se trouve être la peinture auto-nettoyante pour façades Lotusan®. Créée en 1999, celle-ci couvre aujourd’hui près de 50 000 bâtiments dans le monde. Son intérêt écologique ? Ce procédé technique permet de se passer de détergents et autres produits chimiques.

Car là se trouve l’intérêt de la bionique : concevoir des techniques s’inspirant de la nature et s’inscrivant dans une démarche technologique et industrielle durable. Au-delà des frontières allemandes, c’est l’américaine Janine Benyus qui se fait le chantre de la bionique, qu’elle décrit sous le terme plus générique de biomimétisme (« biomimicry » en anglais, « bionik » en allemand).

Renforcer et exporter le savoir-faire allemand

En Allemagne, l’Association des ingénieurs allemands (VDI) travaille sur des champs de recherche et d’applications divers et variés. Des matériaux légers et robustes à la fois (permettant par exemple la construction de véhicules à la carrosserie plus légère et donc moins gourmands en énergie) au domaine architectural (par exemple les termitières comme source d’inspiration pour une architecture et un mode de construction neutre en carbone).

Reste quelques difficultés -comme ailleurs- d’articulation entre le temps scientifique et les politiques de retour sur investissement des entreprises. Si la science découvre tout le potentiel de la bionique, le secteur économique et industriel hésite encore à investir dans cette technologie. Bilan : Berlin, dans un souci de soutenir la recherche et l’innovation en Allemagne, a débloqué une enveloppe de 50 millions d’euros couvrant la période 2001-2013, mais le secteur économique, lui, y contribue à hauteur de 7,8 millions... Lothar Mennicken, du Ministère de l’éducation et de la recherche, insiste cependant sur les 35 projets menés conjointement par les équipes de chercheurs et du secteur économique. Dans le même temps, les ingénieurs ne sont pas en reste. La VDI a engagé les premières démarches pour l’intégration des normes allemandes dans l’élaboration d’un standard international. Un Comité international technique, le ISO/TC, devrait également voir le jour. Il aura à charge de définir les méthodes et démarches scientifiques dans les programmes de recherche internationaux relatifs à la bionique. Outre-Rhin, les acteurs du secteur entendent bien remporter la présidence du futur ISO/TC.

* Janine Benyus : « Biomimicry: Innovation Inspired by Nature », 1997.

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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