Allemagne : le secteur de l'aluminium mise sur l'efficacité énergétique pour sauver ses emplois

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Publié le 24-08-2011

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Contraint de réduire ses coûts de production, le secteur n'a pas opté pour les traditionnelles réductions d'effectifs, et a choisi de baisser sa facture énergétique - un choix stratégique qui a permis de conserver les emplois menacés.

Suite à la crise financière internationale, la demande mondiale pour l'aluminium allemand a chuté de 30% en 2009/2010. Un an plus tôt, le secteur affichait pourtant un solide chiffre d'affaires de 14,9 milliards d'euros, et employait 74 000 salariés répartis dans 600 entreprises. Réduire les coûts de production a bien vite figuré à l'ordre du jour. Industrie énergivore par excellence, les responsables allemands du secteur de l'aluminium ont justement puisé dans la consommation énergétique une marge de manœuvre inédite. Aussi, loin d'avoir recours aux traditionnelles réductions d'effectifs, le syndicat IG Metall et le patronat à travers Gesamtverband der Aluminiumindustrie (GDA) ont fait le choix de l'efficacité énergétique pour sauver les emplois et continuer à assurer la production. C'était en 2009. Deux ans après, l'Agence allemande pour l'efficacité énergétique (demea) publie les premières statistiques qui montrent que les mesures d'économie d'énergie et d'efficacité énergétique ont permis une économie moyenne de 3 600 euros par salarié, soit 3% du chiffre d'affaires. Quant à la consommation d'énergie du secteur, elle avoisine actuellement les 13 kWh pour la production d'un kilogramme d'aluminium contre 21 kWh auparavant. Une réduction notamment due au fait que l'industrie allemande de l'aluminium se concentre toujours plus sur le recyclage, un procédé qui, selon le GDA, ne consomme que 5% de l'énergie nécessaire à la production de l'aluminium dite primaire, c'est-à-dire issue de la bauxite, minerai à partir duquel il est issu. En 2010, l'industrie allemande de l'aluminium, qui emploie 20 000 salariés a ainsi produit 611 100 tonnes d'aluminium recyclé contre 402 400 tonnes d’aluminium primaire.


« La baisse des coûts liés aux matières premières, à l'eau, aux surfaces industrielles et à l'énergie au sein des entreprises fait partie des stratégies pour une politique industrielle écologique », affirme Wolfgang Rhode, membre de la direction de IG Metall, responsable des questions d'économie, de technologie et d'environnement. Le syndicaliste en est convaincu, « l'efficacité énergétique et l'exploitation optimale des matières premières offrent un potentiel énorme de baisse des coûts de production ». Et c’est donc le secteur de l'aluminium qui a fait figure de précurseur outre-Rhin. Pour définir les champs d'action possibles, deux ateliers de dialogue encadrés par le renommé Wuppertal Institut ont été mis en place afin de faire participer les salariés au processus. En tout 1 700 salariés représentant 15 entreprises ont répondu aux questionnaires, ce qui a donné lieu à 3 000 propositions concrètes. Entre autres propositions, l'institut recense la réduction des déchets, des circuits de distribution raccourcis, l'utilisation des rejets thermiques, un niveau de température régulier, une technologie de fonderie optimisée, mais aussi l’effort pour rendre le design des produits moins gourmands en aluminium, plus apte au tri et au recyclage. Surtout, les chercheurs de l'institut mettent en avant l'important besoin d'information des salariés et une forte identification des délégués syndicaux aux problèmes et enjeux liés à l'efficacité énergétique. 

Un exemple qui peine à s'étendre

Si le secteur de l'aluminium fait office de bon élève, c'est aussi parce que les autres industries du secondaire peinent à changer leurs habitudes. Les syndicalistes déplorent toujours que les directions d'entreprises ne se concentrent que sur le seul facteur travail pour réduire les coûts de production, et ce, dans un pays qui ne connaît pas de salaire minimum. « Cette folle course aux plus bas salaires n'aide personne. Les salaires dans le secteur métallurgique ne représentent aujourd'hui que le cinquième de l'ensemble des coûts de production. Il est donc nécessaire que l'orientation change : quels produits seront demandés dans deux, trois ans ? Comment pourront-ils être produits le plus intelligemment possible ? Seront-ils meilleurs ? », insiste Wolfgang Rhode.

De fait, selon les chiffres publiés par le Ministère de l'environnement, en 1993, le coût salarial représentait 27% des coûts de production dans le secteur secondaire, contre 38% pour ceux liés aux matières premières. Quinze ans plus tard, la situation est très différente : alors que le facteur travail a baissé jusqu'à ne représenter que 18% des coûts de production, la part des matières premières a atteint 45%. « Pourtant, un grand nombre d'entreprises préfèrent encore se concentrer sur une baisse des coûts salariaux », regrette-t-on au ministère de l'Environnement. Celui-ci prépare un "programme fédéral d'efficacité des ressources" qui devrait voir le jour en novembre prochain. 

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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