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Les Rennais ne sont pas prêts d'oublier la fermeture du site de ST Microelectronics, le fabricant de semi-conducteurs. Le 10 juin 2004, les passants ont en effet assisté à une scène d'une rare violence dans un conflit social. A la suite d'un jugement du tribunal de grande instance de Rennes, des gendarmes mobiles ont aidé la direction de ST Microelectronics à déménager trois machines du site de Rennes. Mais les salariés, qui occupent le site depuis début mai 2004, ont tout fait pour s'opposer à cette manœuvre. Arborant des banderoles où l'on pouvait lire les récentes promesses de Nicolas Sarkozy au sujet des délocalisations, les 250 salariés présents ont commencé par jeter toute sorte de projectiles sur les CRS. Ils ont ensuite enflammé plusieurs palettes pour empêcher la sortie des machines, certains allant même jusqu'à se coucher devant les camions pour les bloquer. Les incidents se sont poursuivis sur un kilomètre pour finalement avoir lieu en centre-ville où des gaz lacrymogènes ont été envoyés par les gendarmes mobiles.
A l'origine de la colère des salariés, il y a bien sûr la perte de leur emploi mais surtout le sentiment que la direction de ST Microelectronics n'a pas tout fait pour maintenir l'activité du site. C'est du moins l'argument qu'a développé l'avocat des syndicats, Philippe Brun, devant le tribunal de Nanterre, le 11 juin 2004. Il plaide ainsi pour l'annulation du plan social en soutenant que celui-ci ne conduit qu'à une amélioration de la profitabilité du groupe, mais n'est en rien nécessaire pour sauvegarder sa compétitivité. La nuance peut sembler mince. Elle constitue pourtant la limite légale d'un plan social. Parmi les éléments permettant d'étayer la thèse de l'avocat, il y a la très probable rentabilité du site et la bonne santé financière globale du groupe. Le 8 juin dernier, ST Microelectronics a annoncé, par exemple, sa décision de procéder au remboursement anticipé d'obligations convertibles en actions avec six ans d'avance.
Du côté de la direction, les arguments technologiques sont mis en avant pour justifier la fermeture de l'usine. "Ce site fabrique des plaques six pouces, alors que les nouvelles plaques font huit et douze pouces", note Cyrillle Gibot, porte-parole du groupe. Mais c'est surtout le fait que les prix des anciennes plaques ne cessent de diminuer qui rend la maîtrise de leurs coûts de fabrication cruciale. Le choix de regrouper une grande partie de la fabrication des plaques de six pouces à Singapour s'explique donc bien par le faible coût de la main d'œuvre dans ce pays. "Toutefois, contrairement aux apparences, ST Micro se renforce en France", souligne le porte-parole. L'effectif permanent du groupe dans l'hexagone a ainsi augmenté de 41 % au cours des cinq dernières années. La direction de l'entreprise souligne, en outre, la qualité du plan social de Rennes.
"Il n'y a pas de bons plans sociaux", rétorque Jean-Marie Michel, délégué CFDT. Selon lui, la fermeture du site a été décidée, en août 2003, à une période où le marché des semi-conducteurs était atone, mais une telle décision n'aurait jamais été prise aujourd'hui. "La direction s'est engagée vis-à-vis des marchés financiers et ne veut pas revenir en arrière, mais je peux vous assurer que toutes les autres usines de ST tournent à bloc !", s'exclame le syndicaliste. Un argument auquel le président du tribunal de Nanterre a d'ailleurs été sensible puisqu'il a demandé à la direction de ST Microelectronics comment elle appréhendait ces évolutions de conjoncture.
En tout état de cause, la difficulté de reconvertir l'usine en lieu de fabrication de plaques huit ou douze pouces a sans doute été décisive. Contrairement à d'autres sites, celui de Rennes est situé à l'intérieur d'un quartier d'habitation et toute extension s'avère impossible. "Pour transformer le site, il aurait fallu réaliser un investissement de l'ordre d'un milliard de dollars", souligne Cyrille Gibot. La direction a donc préféré fermer le site et chercher un repreneur. Des discussions ont eu lieu avec des entreprises du secteur de l'électronique, de la pharmacie et de la chimie. Pour l'instant, aucune n'a abouti. En revanche, le fonds de sept millions d'euros visant à octroyer des prêts bonifiés à toute entreprise s'engageant à embaucher des anciens de ST semble remporter plus de succès.
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