Plans sociaux 2003 : des reclassements en demi-teinte
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Publié le 31-03-2004
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ACT Manufacturing, Air Lib, Alcatel, Grimaud Logistique, LU-Danone, Metaleurop Nord, Matra Automobile... La liste fut longue en 2003 des plans sociaux de grande ampleur qui défrayèrent la chronique, tant par le nombre de personnes licenciées que par l'identité des entreprises défaillantes. Tour d'horizon des principales retombées des conventions de reclassement alors mises en place.
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L'année 2003 fut, de nouveau, une année difficile pour des secteurs économiques comme le textile (-15 000 emplois en un an) ou la métallurgie (-9 300 emplois). Alcatel aura ainsi supprimé 6 000 postes, devançant Air Lib en liquidation (3 200 salariés licenciés), Alstom (2 700), GIAT Industries (3 200), Grimaud Logistique (1 180), Air Littoral (1 000), Altadis (700), Aéris (300)....
De 20 % à 60 % de reclassements stables
La fermeture de Metaleurop dans le Pas-de-Calais, suite à la liquidation de l'entreprise, entraîna 810 licenciements. Au total, 130 des personnes licenciées ont obtenu leur préretraite, 115 ont retrouvé un emploi stable, 85 suivent une formation, 25 se sont lancées dans la création de leur activité, 25 autres ont retrouvé du travail avec un contrat à durée déterminée d'au moins six mois. Chez Daewoo, en Lorraine, seules 70 personnes sur 530 ont décroché un CDI (essentiellement les anciens cadres et contremaîtres de l'usine), 55 sont en mission à durée déterminée. Parmi les 2 560 anciens d'Air Lib inscrits à la cellule de reclassement, 60 % ont trouvé pour le moment une " solution " (dont 834 personnes en CDI, 270 en CCD de plus de 6 mois et 145 en formation longue). Il faut dire que pour l'occasion, l'État avait mis les moyens, allouant une enveloppe de 4 millions d'euros aux 80 consultants de BPI mobilisés pour l'occasion. Moins bien lotie pour l'heure, l'ex-compagnie aérienne Aeris fait état de 20 % de reclassements en CDD ou CDI sur les 300 salariés licenciés fin novembre 2003.
Dans le Rhône, la Verrerie VMC a replacé la quasi-totalité de ses 300 ex-salariés, dont une centaine en CDI au sein du groupe BSN-Glaspack. Dans les Deux-Sèvres, Grimaud Logistique n'a pu reclasser que 365 personnes sur près de 1 200 licenciées. En Ariège, Pechiney n'est pas parvenue à trouver une solution pour 50 personnes sur un total de 270 licenciés. Dans le Loir-et-Cher, Matra Automobile atteint un taux de 65 % d'ex-salariés reclassés, sur un total de 1 200 suppressions d'emploi. Dans le Pas-de-Calais, 100 des 245 licenciés de LU-Danone ont retrouvé un travail, à 60 % au sein du groupe, par mobilité interne.
Des différences de traitement flagrante
La situation dans le secteur textile est souvent la plus délicate. Cellatex, dans les Ardennes, n'avait ainsi, au bout d'un an, reclassé que 24 personnes sur 153 salariés licenciés. Après avoir licencié 260 personnes, dont 95 à Castelnaudary, Rouleau-Guichard en a reclassé 30 issues de cette usine, 35 autres étant en formation et 14 " sans solution ". " Il est plus facile de reclasser des personnes issues de l'électronique que du textile. Dans ce secteur, cela impose quasi-systématiquement un changement de métier ", reconnaît Xavier Lacoste, directeur associé d'Altedia, en charge des activités liées à l'emploi. Cela ne semble toutefois pas toujours aussi évident. Ainsi, à Angers, ACT-Manufacturing, une usine fabriquant des cartes à puce, s'était séparée fin 2002 de 660 personnes. Or, sur les 470 ex-salariés inscrits à la cellule de reclassement, 106 ont obtenu un CDI, 33 un CDD, 94 sont en formation et 8 personnes ont créé une entreprise.
" C'est clairement un système à deux vitesses. La filière professionnelle, le bassin d'emploi et la capacité d'adaptation des personnes sont les trois facteurs-clés qui conditionnent un reclassement plus ou moins rapide et réussi, estime Éric Beaudouin, directeur général Groupe BPI. Mais les inégalités pour les salariés licenciés sont flagrantes entre un grand groupe qui a les moyens de financer sa restructuration et une PME régionale. "
STMicroelectronics est ainsi allé jusqu'à communiquer dans la presse sur les montants financiers et humains mis en œuvre pour assurer aux 430 salariés en CDI de l'usine de Rennes, fermée par le groupe, un reclassement à un poste équivalent en France. " Ces mutations seraient accompagnées d'un programme incitatif d'aide à la mobilité géographique pour le salarié et son conjoint, comprenant si nécessaire des mesures de formation. Des aides aux reclassements externes seraient également envisagées (recherche d'emploi, programmes de formation, soutien aux projets de création d'entreprises...) afin d'accompagner les salariés n'acceptant pas la mobilité ", précise l'entreprise. " À l'avenir, les grands groupes vont recourir de plus en plus à l'accompagnement professionnel dans le cadre de la mobilité plutôt qu'aux licenciements, estime Xavier Lacoste, d'Altedia. Cette tendance tient d'une part à l'évolution démographique de la population active, et d'autre part à l'absence de gestion prévisionnelle des emplois et des carrières dans nombre de groupes. "
Une efficacité parfois contestée
Responsable de la fédération du textile de la CGT, Maurad Rabhi a travaillé un an pour la cellule de reclassement du plan social de Cellatex. " Les cellules de reclassement, censées favoriser le retour à l'emploi, sont là pour déresponsabiliser le patronat et donner bonne conscience aux pouvoirs publics. C'est pour cela que malgré leurs très mauvais résultats, chacun est prêt à perdre de l'argent dans ces entreprises privées assez peu souvent compétentes que sont les cellules de reclassement. On pense que c'est une solution, or ce n'est qu'un outil ", déclarait-il en septembre 2003 au mensuel Regards.
Selon Jean-Claude Quentin, de Force Ouvrière, " il faut du temps et de l'argent si l'on veut vraiment réussir le reclassement des personnes licenciées, compte tenu de l'atonie de la croissance. [Il est nécessaire] de recréer de l'activité économique correspondant aux qualifications des personnes licenciées, car proposer à un ex-salarié de fonderie de travailler dans un centre d'appels relève de la parfaite illusion ", explique-t-il sur le site internet de la centrale syndicale.
" Si l'on prend le cas des fermetures d'usines textiles dans des vallées vosgiennes, où le bassin d'emploi est sinistré et la mobilité professionnelle inexistante, reclasser 20 % de personnes en six mois est déjà un exploit ", nuance Eric Beaudouin. Son cabinet, comme son concurrent Altedia, met en avant des taux de reclassements réussis de l'ordre de 70 % à 80 % en moyenne.
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Laurent Campagnolle (Filigrane Press)
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