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Devenue le symbole des « patrons voyous » et de l’opacité des montages financiers internationaux, la fermeture brutale de l’usine Metaleurop (les salariés l’ont appris le soir même par le journal télévisé) a fait l’objet d’un vif conflit social, qui a duré pendant plus d’un an. Un an pour tenter d’obtenir, dans un premier temps, la réouverture du site, puis pour obtenir réparation après un dépôt de bilan qui exonérait le groupe de mettre en place un plan social. Manifestation après manifestation, les employés ont obtenu un plan social financé par les pouvoirs publics, prévoyant le versement d'indemnités de licenciement et le reclassement des salariés. Presque deux ans plus tard, sur les 671 ex-salariés en âge de travailler, seulement la moitié a retrouvé un emploi stable. « La moyenne d’âge lors de la fermeture de l’usine était de 47 ans », indique l’association « Cœurs de fondeurs », qui regroupe les anciens salariés. Un handicap supplémentaire dans une région sinistrée… Parmi les anciens salariés, une trentaine a réussi à travailler sur le projet de dépollution du site, et beaucoup fondent leurs espoirs sur le nouveau chantier « Agora », mis en œuvre par l’entreprise SITA. Cette filiale de Suez, qui a repris le site en janvier 2003, va en effet créer un site dédié au recyclage industriel ainsi qu’une plateforme de compostage. SITA, qui recevra des pouvoirs publics 30 000 euros par emploi, compte en créer près de 200 à l’horizon 2009. Mais l’entreprise doit au préalable procéder à la dépollution du site. Un chantier considérable : 100 000 tonnes de déchets toxiques et de gravats, 82 000 m² d’amiante, mais aussi du zinc, du plomb, de l'arsenic et des hydrocarbures… Les coûts liés à la dépollution du site et de ses environs sont évalués à quelque 300 millions d'euros -auxquels s'ajoutent 43 millions d'euros pour le plan social-, laissés à la charge de la collectivité.
Dommages sanitaires et environnementaux
Le système Glencore
Rappelons que Marc Rich, fondateur de la firme suisse Glencore, propriétaire de Metaleurop, était également le patron de Crown Resource, affréteur du Prestige, qui a fait naufrage en Espagne, provoquant une marée noire. La stratégie qu’il a mis en œuvre chez Glencore consistait à créer une entité supplémentaire au groupe Métaleurop, (Métaleurop Nord) pour y concentrer tous les risques : risque social, avec 830 salariés représentant la quasi-totalité des employés du groupe et risque environnemental, avec une usine notoirement polluante. Le dépôt de bilan a permis au groupe de se soustraire à l'ensemble de ses engagements : financement d'un plan social, investissement pour la reconversion de l'usine et convention signée en janvier 2002 par laquelle l'entreprise s'engageait à investir pour la dépollution de son site.
Implantée en 1894, l’usine est considérée comme l’un des sites les plus pollués d’Europe. Depuis plus d’un siècle, la fonderie de Noyelles-Godault rejettait du plomb dans l'atmosphère (50 kg par jour sous forme de poussières) , provoquant un taux de plombémie élevé dans la population, notamment chez les jeunes enfants. Les riverains de la commune d'Evin-Malmaison, regroupés en association, avaient d'ailleurs déposé plainte en octobre 2002 auprès du tribunal de Béthune, pour " empoisonnement et non-assistance à personnes en danger ". Seul un " programme d'intérêt général " prévoyant des restrictions d'urbanisme et un suivi sanitaire de la population, avait été mis en place à partir de juillet 2002, à la demande des habitants et des associations de défense de l'environnement… Depuis septembre dernier, un suivi médical est assuré pour les anciens salariés de Métaleurop afin d’évaluer les conséquences de leur exposition au plomb et à l’amiante. Si certains ont été très touchés par la pollution, le sujet demeure néanmoins tabou. Les ouvriers ont en effet tendance à penser que la fermeture de l’usine est due aux impacts environnementaux et au coût de la dépollution. Comme ailleurs, un accord tacite entre employés, élus et chefs d’entreprises, a longtemps permis de « cacher » les risques sanitaires et environnementaux liés à l’activité de l’usine. Aujourd’hui, les risques pèsent sur les ex-salariés, mais aussi sur les riverains du site de Metaleurop, et notamment les enfants. Certains d’entre eux sont victimes du saturnisme. Le Pr Jean-Marie Hagenauer, qui enseigne à la faculté de médecine de Lille, a été chargé par le ministère de la Santé d’étudier les effets de la présence dans le sang de poussière de plomb. Il estime que « dans le secteur de Metaleurop, environ 13 % des enfants ont plus de 100 microgrammes de plomb par litre de sang. A ce stade, il y a toujours une possibilité que cela entraîne des conséquences sur la santé, la parole, et des problèmes neuro-comportementaux (…) Ici, nous avons de la poussière de plomb sur toutes les surfaces, dans les jardins, les cours, à l’école, partout. » Plus de 10 communes sont concernées, soit environ 60 000 personnes.
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