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Que va-t-il se passer pour les salariés de Metaleurop ? L'usine ne tournera plus, pas de repreneur possible avec 140 millions d'euros de dettes et un site à dépolluer. Deux choses comptent désormais pour les salariés : être indemnisés, même s'il n'y a pas de plan social, et bénéficier d'une cellule de reclassement. Ce ne sera pas facile, sur les 800 personnes licenciées, 350 pourront peut-être devenir électriciens mécaniciens, mais les autres sont des ouvriers de production qui n'ont fait que ça toute leur vie, et qu'il ne sera pas facile de former à un autre métier. Par ailleurs, personne ne le dit, mais les conditions d'emploi à Noyelles étaient très bonnes, avec un temps de travail à 30 heures par semaine, 25 jours de RTT par an et des salaires qui étaient les plus élevés de la région. Les gens seront forcément perdants, surtout les moins qualifiés d'entre eux. Qu'attendez-vous comme solution pour l'avenir ? Idéalement, il faut que de nouvelles activités s'installent sur ce bassin d'emploi, qui est déjà très sinistré. La baisse des charges sociales impulsée par les pouvoirs publics peut inciter la création d'entreprises. Ces plans existent, mais ils sont loin d'être parfaits, car susceptibles d'être détournés. Les entreprises s'installent pendant cinq ans pour bénéficier des avantages fiscaux et s'en vont. L'Etat a pourtant les moyens d'éviter les faux repreneurs, il suffit d'ajouter des contraintes à ce système. J'espère que les syndicats vont avoir un droit de regard sur les projets de création d'entreprise. Il serait possible d'installer des activités de recyclage à Noyelles, mais c'est une industrie qui demande beaucoup de temps et d'argent pour redémarrer de nouvelles activités. Aucune usine n'est récupérable à 100%. Le dépôt de bilan aurait-il pu être évité selon vous ? Noyelles avait une chance de s'en sortir, si il y a avait eu un effort d'anticipation des changements économiques du secteur et une volonté de moderniser l'outil de production. Il était possible de modifier l'activité, mais cela supposait des investissements à 10 ans. Fin 2001, le prix du zinc a fortement chuté, c'est à ce moment là qu'il fallait commencer à agir. Or, nous n'avons plus à faire à des capitaines d'industrie, mais à des financiers purs et durs, qui veulent un retour sur investissement à deux ans maximum. A Noyelles, tout s'est passé très vite, le patron a été débarqué par les actionnaires, qui voulaient mettre en place un nouveau projet d'activité en cinq semaines sans aucun investissement supplémentaire ! Nos homologues allemands, qui ont connu la même situation, ont eu plus de chance : leur actionnaire australien a accepté d'investir 30 millions d'euros pour continuer l'activité. Comment expliquez-vous cette évolution du système ? Le fait de ne pas anticiper les mutations d'un secteur plonge les entreprises dans le court terme. Dans les années 80, les directions ont fait le choix d'abandonner leurs usines du secteur minier et de se recentrer sur d'autres plutôt que de diversifier leurs participations . Du coup, les activités industrielles se trouvent sous la coupe de traders internationaux qui ont la main mise sur les marchés, et des pans entiers de l'industrie ont basculé dans un système à court terme.
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