Le marché des reclassements sociaux

Entreprises \Ressources humaines \Conditions de travail

Publié le 31-03-2004

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Appelées cellules de reclassement ou antennes emploi, les dispositifs d'aide engagés dans le cadre des plans de sauvegarde de l'emploi (nouvelle appellation des plans sociaux) mettent en concurrence des prestataires variés. Ces derniers varient en effet de petits cabinets de ressources humaines, régionaux et généralistes, à des groupes internationaux spécialisés dans le domaine, employant plusieurs centaines de consultants.

Trois groupes prépondérants


Groupe BPI, Altedia, Sodie… À eux trois, ces cabinets ont en charge les plus grosses missions de reclassement en France. BPI, l’un des pionniers de ce métier -puisque fondé en 1984- est ainsi intervenu, l’an dernier, auprès de Moulinex (à Alençon), Daewoo, Air Lib, AZF et Valeo. L’entreprise réalise 60 % de son chiffre d’affaires de 60 millions d’euros via son activité de reclassement, qui regroupe en France 350 consultants et personnels administratifs dans 15 bureaux à travers le territoire.

Autre ténor du secteur, Altedia estime à 25 % de son chiffre d’affaires global (81 millions d’euros) la part issue des missions de reclassement, avec 100 personnes dédiées à cette activité en France. Le groupe compte comme clients Alstom, Bata, Marks & Spencer, Philips, Valeo, Alcatel ou Mitsubishi.

Sodie enfin, qui n’a pas répondu à nos demandes d’information, réalise un chiffre d’affaires de 24 millions d’euros. Particularité de ce cabinet : il fut fondé dans les années 1980 par le groupe sidérurgique Usinor (devenu Arcelor), en vue d’aider l’entreprise à conduire ses plans sociaux dans l’Est. Sodie est intervenu dans le cadre des plans sociaux de Cellatex ou de Flextronics.

Ces cabinets voient leur taille régulièrement augmenter, même s’ils sont concurrencés par de nouveaux acteurs attirés par les budgets de reclassement alloués par les plus grandes entreprises qui se restructurent. Ils se diversifient aussi, cherchant à élargir leurs prestations de « chasseur de tête » à conseil en ressources humaines, plus rentables encore.


Des traitements fort variables


Dans les régions, des cabinets de moindre envergure interviennent, souvent issus du monde juridique ou spécialisés dans les dispositifs de formation professionnelle. Quelle que soit la taille du cabinet, le choix du prestataire incombe à l’entreprise en cours de restructuration, ou à l’administrateur désigné dans le cas d’une liquidation judiciaire. Selon Altedia et BPI, le montant moyen de leurs prestations se monte entre 3 500 € et 4 000 euros par personne licenciée accompagnée. Les deux cabinets estiment comme marginal – 5 % environ – la part de leur chiffre d’affaires provenant de reconversions financées par le Fonds national pour l’emploi.

« Nous n’intervenons quasiment pas dans le cadre de liquidations car nous y perdons de l’argent, les montants alloués par l’Etat étant trop faibles pour faire un travail de qualité », indique Eric Beaudouin, directeur général du groupe BPI. « Altedia ne travaille que très rarement dans le cadre d’accords financés par l’Etat. Ce sont les entreprises elles-mêmes qui financent le reclassement », confirme Xavier Lacoste, directeur associé, en charge de l’emploi au sein du cabinet. De fait, il existe un « ventre mou » du marché, où le FNE n’intervient pas et où les grands cabinets ne sont pas non plus sollicités, vu leurs tarifs plus élevés.


Une part de la rémunération variable


Dans la pratique, les missions de reclassement durent en moyenne de 6 mois au minimum à plus d’un an. La rémunération par les entreprises se compose de plus en plus souvent d’un forfait fixe, mais aussi d’une part variable, calculée en fonction du taux de reclassement obtenu. « Cette part oscille entre 30 % et 40 %, et se fonde sur des paramètres individuels ou collectifs », reconnaît Xavier Lacoste.

« Si la rémunération variable se développe, ce procédé est toutefois dangereux, met en garde Eric Beaudouin. Il nécessite en effet un cahier des charges précis, et surtout il induit le risque que les cabinets se concentrent sur les salariés évalués comme aptes à retrouver un emploi, en laissant de côté ceux qui ont besoin d’un accompagnement plus lourd. »
Laurent Campagnolle (Filigrane Press)
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