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Invitée par des ONG allemandes, la délégation a rappelé, au cours de l'assemblée, la lutte juridique opposant des salariés mexicains à la direction de l'entreprise suite au licenciement de 1 164 d'entre eux. Cette lutte dure depuis plus de deux ans et malgré sa condamnation pour n'avoir pas respecté le code du travail du pays, Continental refuse toujours d'appliquer la décision de justice mexicaine.
Cela fait donc plus de deux ans que le site d'Euzkadi-Continental, situé dans l'état mexicain d'El Salto, ne produit plus. Continental acheta le fabricant de pneu mexicain en 1998 et commença à réorganiser l'entreprise selon ses propres standards, qui prévoyaient notamment l'allongement du temps de travail de huit à 12 heures. Suite à la protestation des salariés, Continental ferma le site en décembre 2001 et congédia les 1 164 salariés qui y étaient employés. Depuis, les salariés contestent le bien-fondé juridique de la décision de Continental et demande la réouverture du site ainsi que le paiement de leurs salaires - revendications qu'a validé la justice mexicaine et que continue de contester Continental. La lutte juridique ne prenant toujours pas fin, des actions sont prévues pour le 14 mai 2004, date de la prochaine assemblée de Continental.
« Le fait que Continental se refuse toujours à appliquer la loi mexicaine montre sa très grande arrogance envers la justice de ce pays, » regrette Martin Wolpold-Bosien, responsable de l'Amérique latine chez l'organisation Fian International. « On ne peut agir comme si la loi n'existait pas. Continental continue de jouer avec le temps en dépit du fait que la multinationale a déjà perdu la bataille juridique qu'elle avait elle-même engagée. » L'organisation non gouvernementale (ONG) fut une des organisatrices de la venue de la délégation syndicale mexicaine en Allemagne l'an dernier. L'organisation se concentrant sur la défense des droits de l'homme, et du droit du travail en particulier, Martin Wolpold-Bosien insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas tant de critiquer l'entreprise en tant que telle mais bien de se concentrer sur le non respect de la législation du travail par une entreprise allemande dans un pays tiers.
29 millions d'euros à verser
Dans le cas des salariés d'Euzkadi-Continental, la justice mexicaine s'est notamment appuyée sur l'article 123 de la constitution qui stipule que chaque salarié a droit à un emploi. Ce dernier perd son emploi soit s'il fait preuve de malhonnêteté soit lorsque l'entreprise obtient des autorités mexicaines l'autorisation de fermer l'entreprise. Une telle autorisation peut être obtenue notamment en invoquant des difficultés financières. C'est cette procédure que n'a pas respecté Continental, qui a fermé purement et simplement le site d'Euzkadi-Continental sans en demander l'autorisation auprès des autorités mexicaines. « Continental se voit maintenant contraint de verser plus de 29 millions d'euros aux salariés, soit trois fois plus que ce que l'entreprise avait initialement proposé comme indemnisations, » constate Martin Wolpold-Bosien.
D'après les informations des ONG Germanwatch et Fian, l'origine du conflit remonte à l'acquisition par Continental en 1998 du fabricant de pneus mexicain Euzkadi-Mexiko. Protestant contre la mise en place de conditions de travail dégradantes, 18 syndicalistes furent licenciés en juin 1999. En novembre 2001, l'équivalent mexicain du conseil des prud'hommes avait déclaré la mesure illégale et ordonné la réembauche des syndicalistes. Le 17 décembre 2001, la direction allemande de Continental annonçait dans un communiqué la fermeture du site suite « à l'échec de la mise en place dans ce site de standards de mode de production internationaux, et ce, en dépit de près de deux années d'efforts, du fait de l'opposition syndicale. »
Dimension politique
Le conflit opposant les syndicalistes mexicains et la direction allemande de Continental a rapidement pris un tour politique où se trouvent impliqués les gouvernements mexicain et allemand. Le ministère allemand de l'économie a notamment pris l'initiative, l'an dernier, d'inviter l'ambassadeur du Mexique en Allemagne ainsi que des représentants du ministère à une table ronde réunissant syndicalistes mexicains et membres de la direction de Continental. « Même si aucune solution n'a pas pu être trouvé, le fait que le ministère de l'économie se soit impliqué dans cette affaire est très positif. Il a pu coordonner un forum qui a permis le dialogue, ce que nous cherchons depuis le début. Nous allons réitérer cette initiative cette année et espérons que suite à la décision de justice mexicaine, Continental va cette fois infléchir sa position, » espère Martin Wolpold-Bosien.
La dispute juridique entourant le site d'Euzkadi-Continental illustre fort bien la question de la responsabilité sociale des entreprises occidentales dans les pays en vie de développement. Martin Wolpold-Bosien : « Les pays européens ont signé un accord avec le Mexique visant au respect des droits de l'homme par les entreprises européennes qui y sont implantées. Mais d'une manière plus générale, le gouvernement allemand, et en tout premier lieu le ministère de l'économie, ne peut donc rester indifférent devant les protestations contre les agissements d'entreprises allemandes dans des pays tiers. Il s'agit d'amener ces entreprises à respecter la législation du pays où elles ont implanté leurs activités. »
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