Conflits d'intérêts dans deux anciennes filiales de Vivendi Universal

Entreprises \Gouvernance

Publié le 20-01-2004

Partagez : Partager
 
 
iFrance

Après la bataille d'annonces, le conflit semble aujourd'hui sur le point d'entrer dans le champ judiciaire. Six salariés licenciés pour fautes graves vont contester leur éviction devant les prud'hommes, tandis que la direction compterait porter plainte pour diffamation contre les meneurs de cette « fronde ».

Dès la reprise en main de Vivendi Universal par Jean-René Fourtou, le groupe international de communication a cherché à se débarrasser le plus rapidement de ses foyers de perte financière, et notamment de son ancienne branche dédiée à l’Internet : Vivendi Universal Net. Celle-ci, avant sa fermeture à l’été 2003, regroupait des entreprises comme Scoot (annuaire), Canal Numedia (contenus numériques), Vizzavi (portail mobile et Web) ou encore iFrance (sites personnels) et Flipside (jeux en ligne).


Un plan de reprise a priori favorable aux salariés


Pour ces deux dernières entreprises, la direction de Vivendi Universal (qui n’a pas donné suite à nos demandes d’information) aurait refusé dans un premier temps de les céder au seul repreneur qui s’était manifesté en mars 2003 : le groupe ACC Long Distance (propriétaire de sites Web comme Bingopoly, First Telecom ou Comparatel). Finalement, en juillet 2003, Vivendi Universal saute le pas.

« Nous étions alors plutôt satisfaits des conditions offertes aux salariés », souligne Frédéric Benoist, avocat mandaté par les salariés des deux entreprises. « Sans être un plan social, puisqu’il concernait moins de 50 personnes, il n’en stipulait pas moins qu’en cas de licenciement économique, les collaborateurs d’iFrance et de Flipside auraient droit jusqu’à juin 2004 à des offres de reclassement et, en plus des indemnités normales dans ces conditions, à l’équivalent d’un an de salaire. » De plus, au cas où le repreneur n’aurait pu assumer de telles conditions, Vivendi Universal se serait engagé à prendre à sa charge les différents aspects du plan. Selon Frédéric Benoist, la moitié des salariés aurait ainsi été licenciée pour motif économique au moment de la cession des entreprises à ACC Long Distance, en bénéficiant des conditions de l’accord.


Le torchon brûle


Mais, le 15 décembre 2003, la diffusion d’un communiqué de presse vient mettre le feu aux poudres. Dans ce document anonyme, rédigé au nom « des salariés des sociétés iFrance et Flipside Europe », William Illouz, président directeur général des deux sociétés, est directement pris à parti, ainsi que la direction de Vivendi Universal. « Vivendi Universal Net, pressé de se débarrasser de nos entreprises, nous a abandonnés cet été entre les mains du Groupe ACC Long Distance. Mais le Groupe ne pouvait pas ignorer que notre repreneur était réputé pour racheter de nombreuses entreprises en difficulté, dont il a fini par faire des coquilles vides, dépecées de leurs salariés et sans productivité, ni moyens ni projets. Conscient de cela, Vivendi Universal n’a-t-il tout simplement pas externalisé la fermeture de nos entreprises ? », est-il ainsi écrit.

Sollicités par courrier électronique, seule coordonnée laissée dans leur texte, les auteurs du communiqué de presse précisent que, actuellement, « il reste 24 salariés au total pour iFrance et Flipside, dont l'équipe technique iFrance à Dijon (huit personnes), une équipe iEspagna (cinq personnes) et deux personnes pour Flipside à Londres. Au siège à Boulogne, nous étions au total quinze salariés iFrance et Flipside réunis. Nous sommes aujourd'hui huit... » Selon leur avocat, ces salariés auraient eu l’impression que se préparait un dépôt de bilan de l’entreprise, ce qui aurait motivé leur action.

William Illouz conteste évidemment cette version des faits : « Ce sont sept personnes, dont six toujours salariées d’iFrance et Flipside, qui ont dit parler au nom de tous les salariés ! Or, ces salariés, qui auraient ‘aimé’ être licenciés, ne sont qu’une minorité de nos collaborateurs à Paris. Leur seule angoisse est que l’entreprise fonctionne et qu’il n’y ait plus de licenciement économique. » Selon l’avocat des salariés, il y aurait bien une chasse aux sorcières en interne, puisque les procédures de licenciement pour faute grave engagées auprès de six collaborateurs (quatre selon William Illouz) seraient totalement infondées à ses yeux, ayant pour seul objectif d’éviter de les faire bénéficier des conditions avantageuses du plan de reprise. Pour corser encore un peu plus l’affaire, ACC Long Distance est en train de remanier son organigramme et ses actifs. Une partie des entreprises que le groupe détient dans le Net devrait en effet passer sous le giron d’une holding, ENGT, dirigée par Pierre Cario, qui vient de rejoindre le groupe. « Nous annoncerons officiellement ces nouvelles dispositions la semaine prochaine », nous a indiqué oralement celui-ci. « Dans cette histoire, nous héritons d’un conflit ancien, et nous en subissons les effets de bord », ajoute-t-il.

Dans cet imbroglio social, ce sera désormais à la justice prud’homale et civile de trancher la question. L’avocat des salariés compte en effet porter le dossier des licenciements devant les prud’hommes, tandis que William Illouz entend prochainement porter plainte pour diffamation.

Laurent Campagnolle (Filigrane Press)
© 2004 Novethic - Tous droits réservés
Partagez : Partager
Rendez-vous sur Facebook Suivez-nous sur Twitter Rendez-vous sur Facebook Rendez-vous sur Facebook
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse
http://www.novethic.fr/novethic/upload/misc/offre_stage_colloque.pdf