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Depuis 30 ans, la sidérurgie vit au rythme des plans sociaux, des préretraites et des reconversions difficiles. En Europe de l’ouest, ce secteur a vu ses effectifs se réduire de deux tiers au moins. C’est donc avec une certaine expérience en la matière que le groupe Arcelor a voulu rendre compte, à travers un documentaire confié à une société de production indépendante, de son initiative en matière de reconversion des salariés les plus difficilement « adaptables » au marché de l’emploi. Petit historique : en 1999, le groupe cède sa filiale Unimétal –située en Lorraine- à un groupe indien, qui, sur les 1200 salariés, veut en licencier 200, jugés trop âgés. Plutôt que de faire un nouveau plan social, le groupe décide alors de créer une structure spécifique pour ces 200 « exclus », intitulée « Hommes et Emplois ». Les débuts ne sont pas prometteurs. Pas de marchés, pas de clients ni de produits : H& E s’attache dans un premier temps à connaître les individus qui la composent pour imaginer ensuite les activités qui leur correspondent. Une démarche inversée, qui visait surtout, au départ, à raviver le peu d’espoir qu’il restait à des salariés de 50 ans, démotivés, souffrant de problèmes physiologiques et psychologiques, mal reclassés, et qui se sentaient inutiles depuis déjà de nombreuses années. Peu d’entre eux y croient au départ, mais H&E réussit à fonctionner avec un management simple, direct et plutôt familial, qui responsabilise chacun dans une « obligation de réussite collective », comme le souligne son directeur général, Gervais Hans. Dirigée à sa création en 1999 par un mécanicien, ex-syndicaliste, H&E fait le pari de les sortir de cette détresse professionnelle et sociale en devenant une véritable structure de reclassement, les incitant à changer de métier tout en restant dans le groupe et en conservant leurs avantages (statut, ancienneté). Surtout, H&E mise sur la reconnaissance d’individus jusque-là marginalisés et devenus invisibles pour leur employeur… Rapidement, la PME devient une entreprise de services, sous-traitant d’Arcelor, avec l’obligation de trouver des marchés extérieurs. Cinq ans plus tard, elle emploie 230 personnes, qui ont toutes accepté de repartir à zéro pour apprendre un nouveau métier, comme la numérisation de documents, activité créée ex-nihilo. Un autre regard sur les restructurations Au-delà de la réussite économique- qui du reste est toute relative, puisque H&E ne fait pas encore de bénéfices-, le groupe Arcelor souligne la réussite sociale de ce projet, qui n’a pas bénéficié d’aides publiques et s’est révélé, au final, coûter moins cher qu’un plan social. D’autant qu’H&E conserve un atout bien particulier en appartenant toujours au groupe Arcelor : la garantie de ses activités, mais également un niveau de salaire correct (2 fois le SMIC en moyenne), correspondant aux standards de la sidérurgie, mais plus élevé que dans d’autres entreprises similaires de la région. Peu spectaculaire au regard des milliers de personnes licenciées ces dernières années en Lorraine, l’expérience H&E a néanmoins le mérite d’apporter un autre regard sur la difficile question des restructurations. « Il y a plus de monde à parier sur l’échec que pour soutenir, aider, accompagner la démarche », observe Gervais Hans. Au moment où l’Europe doit faire face à de nouveaux plans sociaux, ce type d’expérience pourrait selon lui relancer le débat sous un angle plus positif. « Nous pensons que l’exemple peut être suivi par d’autres employeurs et pas seulement des grands groupes, explique-t-il. C’est plus un problème de choix et de volonté que de moyens ». Le groupe Arcelor réfléchit actuellement à la possibilité de transposer H&E dans d’autres pays où il prévoit de supprimer des emplois -en Allemagne, en Espagne et en Belgique-. Guy Dollé, le président du groupe, revendique une certaine transparence à cet égard. Il a déjà annoncé en 2003 les restructurations à venir en France et en Belgique en 2010. « Notre responsabilité, c’est d’informer les gens et les préparer à l’avenir pour qu’ils deviennent acteurs, souligne-t-il. C’est en anticipant que l’on pourra les aider à créer des emplois, même s’il n’est pas possible de créer des H&E à grande échelle, dans la mesure où c’est l’aspect PME qui garantit son succès ». « Du bleu sur les hauts-fourneaux », documentaire de 52 minutes réalisé par Philippe Berrier et produit par DCX Production, 2005. Disponible en DVD, www.dcx.fr
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