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Parité : les indicateurs dans le rouge

Moins de 9% de femmes dans les Conseils d'administration des entreprises, un écart salarial avec les hommes qui s'élève à 15,8%... En dépit des mesures réglementaires ou volontaires existantes, la parité est loin d'être respectée en France, comme chez la plupart de ses voisins européens.

Dans son bilan de l’année 2008 sur l’égalité Homme/ Femme, l’ORSE (Observatoire de la responsabilité des entreprises) a recensé 159 accords signés depuis 2001, dont 22% dans le secteur banque et assurance, 17,6% dans la construction (automobile, aviation …) et 13,8% dans le secteur de l’énergie. Bon derniers : la grande distribution, l’informatique et le secteur  communication/médias, qui lui, à l’inverse, est un secteur où les entreprises chercheraient davantage à rééquilibrer  la parité… en faveur des hommes.

Sans surprise, ces accords ont été signés dans les plus grandes entreprises : 28% appartiennent au CAC 40 (Danone, Suez, Total, Accor, Air France, AXA, BNP Paribas, Crédit Agricole, EADS…) et 38 au SBF 120. Les engagements pris dans ces accords sont sensiblement les mêmes d’une entreprise à l’autre: principe de non-discrimination, réduction des écarts de salaires , rééquilibrage dans le recrutement par la biais des CV anonymes, volonté d’augmenter la part des femmes dans des secteurs ou des fonctions très masculinisés. La question de la parentalité, si elle est abordée, est encore mal appréhendée par les entreprises (voir article lié). 72 % des salariés-parents considèrent, d’ailleurs, que leur employeur « fait peu » pour les aider, selon le baromètre de l'Observatoire de la parentalité.  Enfin, les clichés et les représentation sociales traditionnelles sont toujours tenaces. D’où le fait qu’ « un nombre croissant d’entreprises met en place des actions de formation et de sensibilisation » pour « remettre en cause les stéréotypes qui enferment aussi bien les hommes (culture du présentéisme, pénalisation de ceux qui affichent un investissement familial) que les femmes », indique l’ORSE, précisant que ces formations s’adressent autant aux équipes de direction qu’aux DRH et aux représentants syndicaux.

Reste également « la » question centrale de la parité : l’égalité homme/femme aux postes de direction. Les entreprises en auraient bien pris conscience, affirme l’ORSE, et ne se chercheraient plus d’excuses comme auparavant (« secteur très masculinisé », « peu d’étudiantes dans les formations à ses métiers », etc). Sans recourir à une discrimination positive directe, des entreprises se sont même fixé des objectifs chiffrés pour les postes d’encadrement (Total, BNP Paribas, Société Générale). Mais elles ne représentent qu’une infime minorité.

8,8% de femmes dans les Conseils d’administration

Malgré ces quelques initiatives, le baromètre publié par le cabinet Capitalcom sur la parité au sein du CAC 40 révèle une baisse de la représentation des femmes, dans les effectifs comme dans l’encadrement. « La part des femmes recule de plus de 3 points dans les effectifs des Groupes du CAC 40 pour s’établir à 30,9% (contre 34,2% en 2008), et leur part dans l’encadrement observe, elle aussi, une baisse de près de 2 points. Elle s’élève à 25,7% contre 27,6%, en 2008 », révèle le baromètre. Cette sous représentation augmente avec le niveau hiérarchique : les femmes ne sont plus 6,8% dans les Comités exécutifs et les Comités de direction et 8,8% dans les Conseils d’administration (8,5% en 2008, à la même période de l’année). L’Oréal fait figure d’exception, avec un taux de mixité supérieur à 15% à tous les échelons : au niveau des effectifs (62,2 %), de l’encadrement (56 %) et de ses instances de gouvernance.

Le baromètre, comme l’étude de l’ORSE, indique par ailleurs que « moins d’une société sur 5 (18%) indique s’être fixé des objectifs chiffrés en matière d’égalité professionnelle ». Enfin, il souligne « l’absence du thème des rémunérations dans la communication, malgré l’obligation légale de supprimer les écarts de rémunération entre hommes et femmes en 2010 », instaurée par la loi du 23 mars 2006. Elles ne sont ainsi que 13% à affirmer « ne pratiquer aucun écart de rémunération à des niveaux de responsabilité identique »… Ce qui laisse perplexe sur la politique des 67% restantes ! Rappelons que cet écart salarial est de 15, 8% en France et de 17,4% en moyenne dans l’Union européenne. De manière plus générale, le phénomène touche la plupart des pays d’Europe, à l’exception de la Norvège, qui a pris des mesures volontaristes : la loi adoptée en 2006 exige en effet que les conseils d’administration des SARL soient composés d’ « au moins 40 % de personnes de chaque sexe ». Assortie de sanctions, cette loi a permis d’augmenter en deux ans de 50% le nombre d’entreprises respectant la parité aux postes de décision…

Pour l’heure, la Commission européenne s’inquiète surtout du chômage qui, selon les prévisions du BIT pour 2009, devrait toucher plus durement les femmes. « Les femmes sont plus exposées que les hommes aux conséquences du ralentissement économique, car elles occupent souvent des emplois précaires », a souligné l'exécutif européen dans une étude publiée à l’occasion de la journée internationale de la femme, le 8 mars.

Véronique Smée
Mis en ligne le : 06/03/2009
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