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L’éditeur musical Gema avait nommé en 2006 un homme à la direction du personnel, sans rendre publique la vacance du poste. Une ancienne salariée, actuellement âgée de 47 ans, a porté plainte arguant du fait qu’elle possédait les mêmes qualifications que son concurrent et qu’elle disposait d’une plus grande ancienneté. La plainte a été déposée dans le cadre de la loi anti-discrimination (AGG, voir article lié) récemment transposée dans la législation allemande. Pour renforcer son argumentation, la plaignante a fait réaliser une expertise mathématique - une pratique courante aux Etats-Unis mais une première en Allemagne. Celle-ci montre que seule une probabilité de hasard de moins de 1% pouvait justifier que la totalité des 16 postes de direction soit tenue par des hommes, alors que l’entreprise est composée à 85% de femmes. Bien incapable de prouver le contraire, l’entreprise a été condamnée pour discrimination, par preuve statistique. Pour Dagmar Bollin-Flade, Vice-présidente de la Chambre de Commerce et d’industrie de Francfort, la situation ne présente rien de vraiment anormal. « Le fait que les femmes soient aujourd’hui très bien formées ne modifie pas leur importante sous-représentation aux postes de direction. Elles représentent la moitié des salariés en Allemagne, mais ne sont que 4 % dans la hiérarchie des grandes entreprises, » rapporte la patronne d’une PME francfortoise. Une présence minime, à laquelle s’ajoute une différence de salaire de 20%. Et pourtant, l’Allemagne doit faire face de plus en plus à une pénurie de main-d’œuvre hautement spécialisée et…de dirigeants. « Cela signifie que la rigidité actuelle des structures professionnelles doivent s’assouplir, tout comme les infrastructures sociales » revendique Dagmar Bollin-Flade. La France, un modèle La loi anti-discrimination, qui a tant peiné à voir le jour en Allemagne, peut contribuer à changer la donne dans un monde professionnel encore largement dominé par les schémas familiaux et professionnels conventionnels. Car une étude de Jutta Allmendinger, présidente du Centre de recherche en sciences sociales de Berlin (WBS), montre que ce sont les femmes qui utilisent le plus la nouvelle loi. La scientifique souligne que l’importance de la loi ne réside pas tant dans le fait d’avoir droit à des dommages et intérêts. Bien plus, leurs montants se doivent d’être suffisamment élevés pour dissuader d’autres employeurs enclins à la « masculinisation » de leurs dirigeants. D’après Dagmar Bollin-Flade, elle-même mère de deux enfants, c’est non seulement le monde de l’entreprise qui doit changer, mais toute la société allemande : « La réorientation de la société est absolument essentielle. Nous devons en finir avec la croyance typiquement allemande qui fait croire aux femmes que l’on porte préjudice à l’enfant s’il n’est pas pris en charge à 100% par sa mère. » Des propos qui alimentent le débat en cours depuis une dizaine d’années… Et qui fait souvent référence à la France, fréquemment citée comme modèle de conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Mais en Allemagne, la disparité entre l’ouest et l’est du pays montre combien le schéma familial traditionnel reste encore ancré dans les vieux Länder : les places en crèche pour les moins de trois ans représentent 3 % du nombre d’enfants en Allemagne de l’ouest contre 37% dans les nouveaux Länder, le travail des femmes ayant été favorisé par l’ancien régime communiste. Ce qui fait dire à Jutta Allmendinger que l’évolution de carrière des femmes est étroitement liée aux conditions familiales : chez les femmes sans enfants, le taux d’activité professionnelle à plein-temps est de 80,3% pour 80,6% chez les hommes. Avec l’arrivée du premier enfant, le taux tombe à 62,7% chez les mères d’enfants de moins de 12 ans, contre un taux de 91,4% chez les pères. « Les femmes ont entre 30 et 40 ans quand la phase de la construction familiale est passée. C’est trop tard. Les chances d’accéder à un poste de direction tombent au profit du travail à mi-temps, essentiellement féminin » renchérit Dagmar Bollin-Flade. Et de conclure : « Les pertes de compétences liées à la disparition des femmes qualifiées sur le marché du travail en raison de leurs situations familiales ne peuvent être plus longtemps ignorées par le monde économique. »
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