Des syndicalistes rechignent à inscrire sur leurs listes des personnes issus de l'immigration

Entreprises \Ressources humaines \Diversité

Publié le 14-03-2006

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Mohamed Brahmi, 44 ans, tourneur chez Bosch depuis 23 ans, délégué syndical et responsable de la lutte contre le racisme et les discriminations à la fédération CGT de la métallurgie a engagé une action avec 27 collègues au conseil des prud'hommes de Lyon pour discrimination raciale.

Quels sont les éléments qui justifient selon vous de poser la question de l’impact dans votre organisation syndicale des 20% de suffrages recueillies par le Front National en 2002 ?
Mohamed Brahmi : Il ne s’agit pas de se cacher derrière son petit doigt. Même à la CGT, il y a des syndicalistes qui rechignent à inscrire sur leurs listes des personnes issus de l’immigration par crainte de perdre des voix. Il faut faire évoluer les mentalités à ce niveau. C’est une partie de ma mission à la fédération CGT de la métallurgie. L’autre vise à apporter une méthodologie pour bâtir des dossiers liés aux discriminations raciales.

Quelle est justement votre approche au conseil des Prud’hommes de Lyon qui concerne 27 collègues de Bosch dont vous-même ?
MB: La fédération CGT de la métallurgie est très engagée dans les luttes contre les discriminations raciales. C’est nous qui portons par exemple le dossier actuellement en cours chez Renault. Nous déclinons la méthodologie que nous mettons en place depuis déjà longtemps pour constituer les dossiers de discriminations syndicales. La logique est la même mais cela prend du temps. C’est pour cette raison que nous avons demandé un report au conseil des Prud’hommes de Lyon pour bâtir des dossiers individuels. Il y a un important travail de recueil d’information auprès de sources variées. Les CHSCT sont par exemple susceptibles d’étayer les effets de la discrimination sur la santé.

Avant d’engager cette action, vous tentiez depuis 2 ans de parvenir à un accord avec la direction.  Qu’est ce qui vous a motivé à engager une procédure ?
MB: La stratégie de la direction, relayée par la CFDT, consiste à négocier des transactions. Au total, une vingtaine de salariés issus de l’immigration ont ainsi évolué professionnellement avec des indemnités financières entre 1500 et 6000 €.  En dépit de ces corrections, la direction reconnaît en aucun cas qu’il y ai eu discrimination. Au travers de la procédure engagée nous demandons l’application d’un mode de calcul transparent et plus avantageux de l’indemnisation financière. Mais au-delà de l’aspect financier, l’action engagée vise surtout a obtenir la reconnaissance de la nature de la discrimination. Il m’a fallu du temps pour que je comprenne que j’avais subi une discrimination. Cela a longtemps été considéré comme normal.  Mon père était ouvrier et n’a jamais évolué.

Propos recueillis par Rodolphe Helderlé
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