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Quel a été le point de départ de la démarche mise en œuvre par Adecco ? En 2000, nous avons confié au cabinet Copas un audit interne, qui a confirmé l'existence de discriminations et qui montrait également que ce problème était très complexe à traiter. Le secteur du travail temporaire est pris dans un paradoxe, il est à la fois très concurrentiel et confronté à des offres discriminantes de la part de ses entreprises clientes. Par ailleurs, il y avait un non-dit de l'entreprise sur ces questions qui engendrait une souffrance chez le personnel des agences, confronté aux demandes discriminantes des clients au quotidien. Comment a réagi l'entreprise après cet audit ? 40 personnes ont été interviewées en interne sur cette question. Ces entretiens ont été repris dans une étude communiquée à la direction qui en a pris acte et a décidé de mettre en place un plan d'action en janvier 2001. J'ai pris mes fonctions de responsable de la lutte contre les discriminations à ce moment là. Quelles sont les actions concrètes qui ont été mises en place ? Le PDG a pris position en affirmant la déontologie de l'entreprise et en indiquant qu'il fallait exclure tout critère illicite ou illégal du recrutement. Un courrier a été envoyé à tous les salariés de l'entreprise, en rappelant les termes de la loi, notamment l'article L122-45 du code de travail, et en précisant que le fait de discriminer constituait une faute professionnelle grave. Un courrier à été également adressé en ce sens à 200 grandes entreprises françaises. Ensuite, nous avons sensibilisé tout l'encadrement intermédiaire en le formant sur cette question. La formation comprend un volet pédagogique et un volet juridique sur la directive européenne et la loi française, l'aménagement de la charge de la preuve, etc. Quels outils avez-vous choisi pour faire passer votre message ? La communication, pratiquée de manière constante sur le sujet, est primordiale. Chaque numéro du journal interne comprend un article sur les discriminations, le sujet doit être visible par tous et de manière régulière. Chaque agence a l'obligation de mettre en évidence une affiche qui encourage les intérimaires à informer leur agence en cas de discrimination. L' affiche donne également un numéro azur renvoyant sur une plateforme d'écoute interne et rappelle l'existence du 114, le numéro mis en place par le gouvernement. Par ailleurs, nous organisons des débats dans les régions sur ce thème avec des sociologues, et nous avons invité des chefs d'entreprise lors de notre " tour de France " organisé avec le Fasild (Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations). Enfin, un module de formation va enseigner au personnel des agences comment faire face aux commandes discriminantes des clients. Nous travaillons également à la création d'outils juridiques, d'argumentaires clients et d'une campagne de testing interne Existe-t-il des plans d'action similaires dans les entreprises de votre secteur ? Le syndicat des entreprises de travail temporaire ne veut pas prendre position pour l'instant, mais je pense qu'il sera obligé de le faire à l'avenir. De manière générale, aucun syndicat n'a pris position pendant des années, leur engagement est très récent. Pour l'instant, nous sommes encore dans la " lutte ", nous espérons que les changements de mentalité nous ferons évoluer ensuite vers la prévention. La gestion de la diversité dans les entreprises est une bonne approche, mais nous n'en sommes pas encore là ! Il ne faut pas oublier que c'est la Commission Européenne qui a obligé la France à réagir sur le sujet. La loi contre les discriminations du 16 novembre 2001 a été votée suite à l'injonction de la Commission, qui a expressément demandé à la France de transposer la directive européenne. Comment des initiatives comme celle d'Adecco pourraient - elles se développer ? La collaboration entre les acteurs privés et publics du marché de l'emploi est fondamentale. L'accord cadre que nous avons signé en mars 2002 avec le Ministère des affaires sociales et le projet que nous avons lancé dans le cadre du programme européen Equal nous permettent de prolonger notre action avec d'autres partenaires comme le Fasild, Adia (agence d'intérim), la direction des migrations et l'Institut du Mécénat et de la Solidarité. Ce projet européen intitulé " Latitude " reprend les différents axes de communication et de formation que nous avons mis en place chez Adecco. La collaboration de l'IMS (qui regroupe 80 grandes entreprises) dans ce projet nous permet de travailler plus étroitement avec les acteurs privés. L'Institut a d'ailleurs lancé un groupe de travail sur le sujet, mais globalement, les entreprises en sont encore au stade de la réflexion. Pour le moment, il n'a y pas encore d'engagement ou d'action visible de leur part.
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