Le groupe PSA fait de l'action positive contre les discriminations

Entreprises \Ressources humaines \Diversité

Publié le 14-09-2004

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Alors que le concept de discrimination positive est de plus en plus défendu par les entreprises et par le gouvernement, le groupe PSA vient de signer avec cinq syndicats un accord sur la diversité et la cohésion sociale dans l'entreprise . Des quotas de recrutement pour les cadres et les ingénieurs de nationalité étrangère vont être notamment instaurés.

En dehors des entreprises anglo-saxonnes, le principe de " discrimination " ou " action positive " ( affimativ action) n'était jusqu'ici défendu que par quelques chefs d'entreprises, dont Claude Bébéar, ancien dirigeant d'Axa et président de l'Institut Montaigne, Think tank patronal sur ces questions. Dans un rapport sur " Les oubliés de l'égalité des chances " confié à Yazid Sabeg -chef d'entreprise d'origine marocaine-, l'Institut Montaigne s'oppose au principe d'égalité républicain, jugé inefficace, pour défendre " l'exigence de résultat ". L' " égalitarisme national " serait contre-productif, selon Claude Bébéar. De fait, alors que les minorités issues de l'immigration (Afrique noire et Maghréb) représentent 12% de la population française, elles sont toujours largement sous-représentées dans les entreprises et la fonction publique. A diplôme égal, elles sont trois fois plus touchées par le chômage et cette proportion augmente d'autant plus avec le niveau d'études. "Paradoxalement, plus on a de diplômes plus le risque de se voir refuser un emploi qualifié est élevé, souligne SOS Racisme. Les discriminations raciales à l'accès à l'emploi suivent la même courbe de progression que celle des responsabilités au sein d'une entreprise. L'analyse des cas de discrimination nous a permis de repérer que c'est à partir du niveau bac +2 que la discrimination est la plus importante ".  Un phénomène que la direction du groupe PSA et les partenaires sociaux de l'entreprise veulent enrayer, même si les objectifs relèvent dans l'immédiat de l'expérimentation. L'accord prévoit en effet de recruter un quota de 100 ingénieurs et cadres de nationalité non française et de " faciliter l'intégration des personnes diplômées (de bac + 2 à bac + 5) des zones urbaines sensibles". Par ailleurs, PSA rappelle qu'il a recruté depuis 5 ans " plus de 75000 salariés de profils variés tant par leur origine, leur culture, que par leur expérience professionnelle. L'enjeu consiste à gérer ces différences dans la cohésion sociale et à assurer l'égalité de traitement dans l'évolution professionnelle des salariés ", explique le groupe.

Refléter la réalité sociologique

L'accord prévoit donc le développement de démarches d'insertion, en particulier le recrutement de jeunes diplômés issus de zones urbaines sensibles ; la création d'un observatoire paritaire de la diversité , ainsi qu'une campagne de communication auprès de l'ensemble des collaborateurs sur le respect des différences et la lutte contre toute forme de discrimination. Des possibilités de recours, en cas de non respect de l'accord, sont également prévues. Satisfaite par ce texte, la CFDT estime qu'il sort des " seules déclarations d'intention habituelles et engage une démarche concrète, selon le délégué Omar Ben Saïd. Ce travail devrait avoir un effet pédagogique, en interne mais aussi en externe avec d'autres entreprises ". Les syndicats, méfiants au départ sur le risque de " marketing social " qu'un tel accord pouvait comporter, estiment aujourd'hui que cet engagement de l'entreprise va permettre de la rendre plus citoyenne. " Même s'il existe au départ un besoin pragmatique de combler les départs massifs en retraite, l'entreprise s'engage par cet accord  à refléter la réalité de la société et à lutter contre les discriminations en ouvrant son recrutement , souligne Vincent Botazzi, délégué CFDT chez PSA. L'accord doit permettre de mieux gérer les carrières des minorités  par une politique volontariste. L'enjeu pour l'entreprise consiste aussi à  éviter les tensions sociales et la multiplication des recours juridiques pour discrimination ".

Vers une réglementation?


Autre objectif de l'accord : intégrer dans l'entreprise des compétences dont elle est aujourd'hui privée, notamment celles des jeunes diplômés issus de l'immigration qui, découragés, ne postulent même plus, ou, pire encore, cachent leurs diplômes pour obtenir un poste d'ouvrier... PSA veut donc au contraire  " s'impliquer dans des démarches de " mobilisation positive " en faveur des personnes souvent écartées du monde du travail et de la promotion sociale. " Cette " action positive " suscite encore beaucoup de méfiance en France mais pourrait cependant se développer dans les deux années à venir. Le Plan de cohésion sociale présenté par Jean-Louis Borloo incite en effet très fortement les entreprises à faire progresser la " diversité du recrutement " dans les deux ans et les menace même de leur imposer cette démarche par la voie réglementaire si elles n'apportent pas de résultats. Cette évolution significative de la politique française se traduit par une seconde mesure du même " Plan Borloo " : l'ouverture des postes de catégories C de la fonction publique  aux " jeunes issus des quartiers sensibles " par l'apprentissage, en étant dispensés des concours.

Véronique Smée
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