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Discrimination : une loi, des initiatives et… un film

Entreprises \Ressources humaines \Diversité

Publié le 16-01-2006

Malgré l'adoption de mesures réglementaires, les discriminations raciales sur le marché de l'emploi persistent. En France, le chômage touche trois fois plus les personnes d'origine non européenne et frappe proportionnellement plus les jeunes diplômés issus de l'immigration. Le principe républicain d'égalité a longtemps masqué cette inégalité de traitement, mais le débat s'est peu à peu ouvert depuis deux ans et a pris une plus grande ampleur depuis les « événements » en banlieue, à l'automne 2005. Parallèlement au texte que vient d'annoncer le gouvernement sur l'égalité des chances, certaines entreprises ont pris de leur côté des initiatives pour favoriser la diversité au sein de leurs effectifs.

Bien que le gouvernement ait annoncé faire de l’égalité des chances sa « priorité pour 2006 », le projet de loi présenté mercredi 10 janvier en conseil des ministres par Azouz Begag et Jean-Louis Borloo a déçu considérablement les associations de lutte contre les discriminations, si l’on en juge par leurs réactions. En matière d’emploi, le texte propose l'apprentissage à 14 ans, le service civil volontaire, la légalisation du "testing" (contrôles à l'improviste) dans les entreprises (mais également dans les agences immobilières et les discothèques). La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité (Halde) sera habilitée à sanctionner les discriminations avérées par des amendes pouvant aller jusqu'à 25.000 euros. Enfin, le texte donne pour mission au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de renforcer la diversité au sein de l’audiovisuel français. Le contenu du texte a entraîné une vive réaction de SOS Racisme , qui indique que «reconnaître un phénomène massif de discriminations raciale et sociale dans l'accès à l'emploi des jeunes des cités et n'y donner comme solution nouvelle qu'un accès autorisé à l'apprentissage à 14 ans ressemble à une supercherie. Pour combattre les discriminations, les mesures 'petit bras' proposées par le gouvernement ne sont pas à la hauteur des attentes des victimes", a ajouté l’association.

Des initiatives au sein des entreprises

Si les associations de lutte contre les discriminations et les pouvoirs publics demeurent, en majorité, opposés à la politique des quotas adoptée dans les pays anglo-saxons, la réalité montre, de fait, que des actions volontaristes sont indispensables pour créer une dynamique d'accès à l'emploi des candidats issus de l’immigration. Parmi les initiatives lancées au sein des entreprises, (quelles soient signataires ou non de la Charte de la diversité lancée en 2004 par l’institut Montaigne que dirige Claude Bébéar ), certaines n’hésitent pas à afficher des « quotas », comme par exemple le groupe PSA. Conclu en septembre 2004, l’accord du groupe prévoit le recrutement d’un quota de 100 ingénieurs et cadres de nationalité non française et veut " faciliter l'intégration des personnes diplômées (de bac + 2 à bac + 5) des zones urbaines sensibles". Par ailleurs, PSA a rappelé à cette occasion qu'il a recruté, depuis 5 ans, " plus de 75 000 salariés de profils variés tant par leur origine, leur culture, que par leur expérience professionnelle. L'enjeu consiste à gérer ces différences dans la cohésion sociale et à assurer l'égalité de traitement dans l'évolution professionnelle des salariés ", explique le groupe. Dans le même esprit, Casino a signé un accord avec les syndicats du groupe sur « l’égalité des chances, la diversité et la lutte contre les discriminations », qui prévoit également des engagements chiffrés, même si la démarche se veut avant tout pédagogique.
Autre initiative contre la discrimination à l'embauche, Alliances, association pour la responsabilité sociale et environnementale des  entreprises, regroupe 120 acteurs économiques de la région Nord. Elle cherche à appuyer des jeunes diplômés BAC +4 et plus qui, pendant neuf mois, bénéficient d'une formation et d'un accompagnement individuel dans l’accès au fameux premier entretien d’embauche, barrière la plus difficile à franchir. L’association Africagora, qui réunit des jeunes diplômés (bac + 4 au minimum), d'origine africaine ou venus des DOM-TOM et des entreprises, organise quand à elle des forums d’emplois, permettant aux candidats de passer des entretiens avec les recruteurs. Elle compte actuellement 750 profils de jeunes diplômés qu’elle pré-séléctionne. Phénomène a priori paradoxal, la discrimination touche particulièrement les candidats les plus diplômés. A diplôme égal, les minorités visibles sont trois fois plus touchées par le chômage et cette proportion augmente d'autant plus avec le niveau d'études. "Paradoxalement, plus on a de diplômes plus le risque de se voir refuser un emploi qualifié est élevé » souligne SOS Racisme. « Les discriminations raciales à l'accès à l'emploi suivent la même courbe de progression que celle des responsabilités au sein d'une entreprise. L'analyse des cas de discrimination nous a permis de repérer que c'est à partir du niveau bac +2 que la discrimination est la plus importante ". 

« Le plafond de verre » avec participation du groupe PPR…

Ce phénomène de discrimination à l’égard des plus diplômés fait l’objet d’un film, sorti en salles le 11 janvier 2006, intitulé le « Plafond de verre ». Réalisé par Yamina Benguigui, il décrit dans sa première partie, avec force témoignages, la difficulté pour les jeunes diplômés de l’université à trouver un emploi correspondant à leur niveau d’études. Si cet état de fait est incontestable, on peut toutefois regretter que ce phénomène d’exclusion ne soit pas une seule fois traité dans son ensemble, dans la mesure où il s’agit d’un fonctionnement social qui ne touche pas exclusivement les jeunes issus de l’immigration. Le sociologue Pierre Bourdieu l’avait déjà largement décrit dans les années 70 : le capital universitaire ne suffit pas si l’on est pas doté, par ailleurs, d’un capital relationnel (le fameux réseau), économique et social, donnés « à la naissance » ou pas, selon les origines sociales. Dommage que ce phénomène sociologique soit occulté, car en allant pas au fond du problème, la démonstration a parfois du mal à convaincre…
Par ailleurs, le film manque de transparence sur l’origine de son existence. En effet, après une première partie qui décrit la discrimination à l’embauche, la deuxième partie, intitulée « Les défricheurs » est théoriquement consacré aux entreprises ayant signé la charte de la diversité. Or il ne s’agit pas d’un documentaire indépendant sur ce sujet mais d’un film commandé par la groupe PPR, effectivement signataire de la charte mais seul concerné. Dans le cadre de sa politique de diversité, entamée il y a 5 ans, il a donné carte blanche  à la réalisatrice pour tourner dans ses filiales et ses diverses structures. Resté propriété de PPR, le film n’avait pas initialement vocation à être diffusé en salle mais les tensions sociales  actuelles ont incité le groupe a faire partager sa contribution au débat public sur un sujet sensible. « Nous avons pris très rapidement cette décision, fin décembre 2005 » explique Patrick Gagnaire, responsable de la diversité au sein du groupe. « Nous avons pensé qu’il pouvait avoir une utilité pour faire changer les mentalités. Il ne s’agit en aucun cas d’une opération marketing mais d’un témoignage permettant de montrer qu’il ne suffit pas d’embaucher des personnes issues de l’immigration. Il existe ensuite, à tous niveaux hiérarchiques, des freins à leur intégration  et à l’évolution de leurs carrières
Si le groupe explique avoir signé un protocole lui permettant d’avoir un droit de regard sur les conditions de diffusion du film pour favoriser son rôle pédagogique, il est dommage que la communication n’explique rien de tout cela. Le dossier de presse indique qu’il a été tourné « en association » avec PPR et l’association SolidarCité, qui n’est autre que la structure du groupe dédiée à ces questions…Interrogé par Novethic, le bureau de Yamina Benguigui n’a, pour l’instant, pas donné d’explications.

Véronique Smée
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