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Werner Sauerborn, syndicaliste et directeur de la publication « Paps », une revue pour pères de famille, n’a recu qu’une seule protestation contre la pétition qu’il a lancée avec Helmut Spitzley, professeur en science du travail à l’université de Brême. D’accord sur le principe, cette personne relève le fait qu’une majorité de signataires sont des « malades du travail » et travaillent plus de 40 heures par semaine. Il lui parait paradoxal que de telles personnes puissent signer une pétition appelant à la réduction du temps de travail et à une meilleure coordination entre vie professionnelle et vie familiale. Mais c’est précisément sur ce point qu’insiste le syndicaliste : cette pétition ne sert pas uniquement à nourrir le débat sur la réduction du temps de travail et ses conséquences économiques, elle veut également l’élargir sur un fait de société pas encore réellement pris en considération. « Je trouve bien qu’ils aient signé cette pétition. Nombreux sont ceux qui ont accompagné leurs signatures d’un commentaire pour expliquer leur décision. Et ces hommes disent ouvertement que ce qu’ils font est n’importe quoi. Ils sont conscients qu’ils vivent pour travailler, que c’est mauvais pour leurs enfants. Mais en même temps, ils expriment le souhait de voir changer les choses. Et c’est pour que ce souhait devienne realité que je me bats, » explique Werner Sauerborn.
La semaine de plus de 40 heures, de plus en plus réalité
De fait, les partisans de l’allongement du temps de travail, sans compensation salariale, ont actuellement le vent en poupe outre-Rhin, aussi bien chez les politiques que chez certains chefs d’entreprise. Ces derniers justifient leurs positions en invoquant le coût de la main-d’oeuvre allemande par rapport notamment aux pays d’Europe de l’est. Il s’agirait alors de conserver, voire améliorer la compétitivité de l’industrie allemande. Ironiquement, ce sont pourtant les pouvoirs publics qui donnent le mauvais exemple : afin d’assainir leurs déficits publics, certains Laender ont depuis le 1er janvier de cette année rallongé le temps de travail de leurs fonctionnaires, mesure qu’ils ont, pour certains, accompagnée par la suppression des primes de vacances et de fin d’années.
« C’est absolument grotesque d’allonger ainsi le temps de travail, cela ne contribue qu’à aggraver la situation du chômage », s’insurge Werner Sauerborn. Et de citer l’argument d’Helmut Spitzley, selon lequel seul un meilleur partage du travail -notamment entre hommes et femmes- par une réduction du temps de travail peut apporter une solution satisfaisante au problème de pénurie d’emplois. L’universitaire en appelle au « temps plein raccourci pour tous » (kürzere Vollzeit für alle).
En Allemagne, les normes de durée de travail sont fixées par des conventions collectives de branche. Syndicats et patronats ont en effet le devoir constitutionnel de négocier les salaires et les conditions de travail. Il s’agit de l’ « autonomie tarifaire ». C’est à la suite des négociations entre le puissant syndicat IG Metall et l’industrie automobile que la semaine des 35 heures a pu être mise en place dès les années 80. D’autres secteurs ont alors suivi mais la cadence s’est ensuite ralentie dans la décennie suivante. « Et nous protestons contre la remise en cause des conditions mises en place, nous ne voulons pas de retour en arrière », proteste Werner Sauerborn.
Une réalité qui ne fait pas l’unanimité chez le patronat
Le syndicaliste relève que les opinions à l’intérieur du patronat divergent. En opposition aux partisans du rallongement du temps de travail, des entreprises ont fait le choix de la réduction du temps de travail, qu’elles ont souvent accompagnée par l’introduction d’un emploi du temps plus flexible. C’est le cas par exemple de Volkswagen, Opel ou encore Deutsche Telekom. « Ces entreprises veulent éviter les remous que ne ne manquent pas de provoquer les licenciements. Elles veulent également avoir des salariés motivés et éviter des rembauches une fois la conjonture repartie », relève le syndicaliste.
« Vous n’avez pas idée comment la vie a changé dans la ville depuis que les horaires de travail ont été modifiés. Les personnes profitent beaucoup plus de leur temp libre, nos salariés peuvent bien mieux combiner leur temps professionnel avec leur vie de famille. Ils sont bien plus motivés », note un porte-parole de chez Volkswagen au siège de Wolfsburg.
Or, en Allemagne, une meilleure coordination entre temps professionnel et temps familial, tant pour les hommes que pour les femmes, relève toujours de la gageure. Si les mentalités changent, les structures sociales et administratives conservent néanmoins toute la rigidité des années d’après-guerre. Un exemple marquant : l’actuelle fiscalité, mise en place dans les années 50 et toujours en vigueur, avantage le modèle de la femme au foyer. « Plus la différence dans un foyer entre le haut et bas salaire est grande, moins on paie d’impots », explique le syndicaliste. En clair, l’avantage fiscal maximal revient au couple marié avec des enfants dont un partenaire touche un haut salaire, en général l'homme, et l’autre partenaire, en général la femme, reste à la maison. « Nous avons besoin d’un gouvernement qui s’attaque à ces structures et de syndicats suffisamment forts pour défendre la réduction du temps de travail », résume Werner Sauerborn.
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