Certains syndicalistes étaient, au début, réticents à l'accord diversité

Entreprises \Ressources humaines \Diversité

Publié le 14-03-2006

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Pour Lahbib Eddaouidi, 34 ans, secrétaire de la section CGT de Peugeot Poissy, conseiller aux prud'hommes, président de la radio associative Droit de Cité et ouvrier sur chaîne depuis 15 ans, la composition des autres syndicats de l'usine ne reflète pas la réalité sociale de celle-ci.

La section CGT de Peugeot Poissy est la seule à être dirigée par un élu issu de l’immigration. Comment expliquez-vous cela ?
Lahbid Addaoudi : Notre section syndicale est à l’image de l’usine. Le poste de secrétaire général est occupé par une personne issue de l’immigration depuis 6 ans. J’ai intégré la CGT en 1997 et j’ai élu à l’un des 4 postes de secrétaire en 2000. Nous sommes un groupe de 6 jeunes de toutes origines qui ont profité de la porte qui nous a été ouverte au moment des départs à la retraite de certains élus. Les autres organisations syndicales de l’usine n’ont pas de représentants issus de l’immigration à leur tête alors que c’est le cas de 50 à 60% des ouvriers. Ces syndicats ont bien des élus d’origine étrangère mais ces derniers n’accèdent pas aux postes à responsabilité dans leurs syndicats. Lorsque la direction a annoncé son intention de négocier un accord sur la diversité et la cohésion sociale en 2004, j’ai été pour le moins étonné par les réticences et les propos de certains syndicalistes. Il y avait de la crainte qui attestait d’une méconnaissance de la problématique.

Estimez-vous avoir subi une discrimination dans votre parcours professionnel ?
LA : J’ai assurément subi une discrimination dans mon parcours professionnel. En 1993, j’ai suivi une formation d’électricien. Je suis le seul de ma promotion à ne pas avoir évolué professionnellement ensuite. J’estime avoir fait ce qu’il fallait pour évoluer. Je note simplement un décalage entre mon activité sur la chaîne et mes activités extérieures. Je ne pense désormais plus à mon évolution professionnelle. Je tiens à concentrer mon action sur les jeunes en poste sur les chaînes en les assistant pour monter des dossiers attestant des discriminations qu’ils subissent.  Les statistiques sur les origines ethniques des salariés aideraient grandement à bâtir ces dossiers. La discrimination est difficile à prouver. Mon engagement syndical ne se limite pas aux actions de luttes contre les discriminations. Le rôle d’un syndicaliste est de combattre toutes les injustices. Si je voulais me spécialiser sur les discriminations, il faudrait que je devienne juriste.

Pour vous, le problème de fond de la discrimination relève du "piston" ?
LA: Les salariés issus de l’immigration ne sont pas pistonnés puisque les postes clés ne sont en effet que rarement occupés par des personnes susceptibles de le faire. Il est essentiel que la direction impose des règles claires en matière de gestion des compétences. Et cela à tous les niveaux. Un responsable d’atelier ne doit pas faire évoluer  professionnellement quelqu’un en fonction du degré de sympathie qu’il entretient à son égard.

Propos recueillis par Rodolphe Helderlé
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