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A partir de quel taux d’absentéisme, les entreprises s’adressent-elles à vous et avec quels résultats ? Eddy Alaouchiche : C’est très variable. On considère qu’un taux d’absentéisme normal est de 2 %. La plupart de nos clients enregistrent des taux de plus de 10%. L’un d’entre eux, un établissement médico- social, en était même à un taux de 75%. En l’espace d’un an, ce client est passé à 10%. Mais au-delà du taux, l’absentéisme se traduit par une augmentation du volume des heures supplémentaires, une hausse du recours à l’intérim, des désorganisations internes et une baisse de productivité. 70% de nos clients sont des entreprises privées mais le secteur public progresse très rapidement.
Sur les 6000 contres visites que vous avez effectués en 2005 pour le compte de 1500 entreprises, 50% des arrêts de travail n’étaient pas justifiés. Pour quelles raisons ? Eddy Alaouchiche : 15% des arrêts ne sont pas considérés comme justifiés au moment de la visite du médecin contrôleur. Cela ne signifie pas qu’ils ne l’étaient pas avant. 35% des contres visites se soldent par le constat de l’absence du salarié à son domicile. Les salariés qui effectuent des activités physiques et des taches répétitives peu rémunérées sont les plus concernés. Chez les cadres, les états dépressifs liés au stress représentent 18% des arrêts. Des psychologues sont alors susceptibles d’intervenir si le médecin contrôleur généraliste a un doute.
Légalement, rien n’oblige un employeur d’avertir ses salariés qu’il met en place une politique de contrôle des arrêts maladies. Pourquoi conseillez vous à vos clients de jouer la carte de la transparence en expliquant les raisons d’une telle décision ? Eddy Alaouchiche : Sans explication, la contre visite médicale est très mal perçue par les salariés. Une direction à donc tout intérêt à adresser un courrier à tous ses collaborateurs pour les informer que tous les arrêts de travail feront l’objet d’une contre visite médicale sur telle période. Cette communication représente également l’occasion d’expliquer de quelle façon les abus en matière d’absentéisme pèsent en premier lieu sur les salariés présents tout en rappelant les coût qu'il induit pour l’entreprise et la Sécurité Sociale.
La gestion de l’absentéisme doit-elle faire l’objet d’une attention permanente ? Eddy Alaouchiche : Une campagne de contre visite annoncée aux salariés produit un impact psychologique important qui fait immédiatement baisser un taux d’absentéisme. Mais le taux remontera rapidement si la direction ne reconduit pas l’opération de façon périodique. 60% de nos clients font appels à nous pour des contrôles au cas par cas sans véritable stratégie de gestion de l’absentéisme. Les autres mettent sur pied des plans d’actions en fonction d’un diagnostic et avec une stratégie de communication. Notre client le plus important positionné dans la grande distribution nous sollicite pour 250 visites par an. Un bilan est fait tous les 3 mois.
Dans quelle mesure estimez-vous contribuer à un processus qui peut conduire au licenciement ? Eddy Alaouchiche : Un arrêt de travail non justifié ne constitue pas un motif de licenciement. Notre objectif est de faire en sorte que la personne reprenne le travail. Si elle ne le fait pas, l’employeur est alors en droit de suspendre le versement des indemnités complémentaires. Je reste pour autant bien conscient que c’est pour certains employeurs le premier pas vers des sanctions disciplinaires pouvant conduire à des licenciements. Les absences répétées d’un salarié peuvent en effet constituer un motif de licenciement à partir du moment où elles entraînent une désorganisation.
Les directions sont-elles disposées à concevoir qu’un fort taux d’absentéisme peut découler d’un dysfonctionnement général de l’organisation du travail et ainsi se remettre en cause ? Eddy Alaouchiche : Les directions privilégient une approche au cas par cas pour trouver l’origine de l’absentéisme. Les salariés dont les arrêts sont injustifiés sont souvent invités à passer un entretien avec un responsable des ressources humaines afin de faire le point. Il ne s’agit pas de lever le secret médical mais de discuter des conditions de travail. Il suffit parfois de pas grand-chose pour résoudre le problème. Il n’est en revanche pas dans la culture des directions de remettre en question leurs modèles organisationnels au regard d’un fort taux d’absentéisme. Nous commençons à proposer à nos clients des modèles de questionnaires anonymes pour recueillir une vision plus globale des dysfonctionnements susceptibles de concerner l’organisation du travail.
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