Depuis 1987, des groupes comme Suez, Sodexho et Idex sont en concurrence pour gérer les services généraux des prisons. En contrepartie, ces gestionnaires privés doivent trouver des entreprises clientes pour les ateliers de travail pénitentiaire, mettre en place des actions de formation et d'insertion des détenus. Aujourd'hui moins de 40 % des détenus travaillent et moins de 3000 sur 57 000 se forment chaque année. Il faudrait 20% d'emploi en plus. Les freins sont multiples entre la surpopulation, le très faible niveau de qualification, le tout sécuritaire, l'impossibilité d'appliquer le droit du travail et la mauvaise image du monde carcéral.
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Ce sont des détenus qui effectuent une partie du conditionnement des éponges Nicols commercialisées dans les grandes enseignes de la distribution. Dans le centre de détention de Bapaume (Nord-Pas-de-Calais), une soixantaine de détenus soudent des composants pour le compte du sous-traitant automobile Carbone Lorraine qui emploie 6 200 salariés. Ces entreprises ont été convaincues par le niveau de rémunération horaire des détenus qui est en moyenne de 4 euros. Sous-traiter en prison constitue une « variable d’ajustement importante » sur des gros volumes de production. C’est aussi l’occasion de sous-traiter la production de produits en fin de vie ou encore de tester l’opportunité d’une future délocalisation dans des pays à bas coûts. « Les relations avec les grandes entreprises sont difficiles et souvent éphémères. Ce sont surtout des PME qui sous-traitent des activités dans les ateliers pénitentiaires », explique Norbert Vila, en charge du travail à la direction de l’administration pénitentiaire. Environ 700 entreprises sous-traitent ainsi des activités de faible niveau de qualification dans les prisons. « Ce sont des délocalisations sur place. Le mouvement ouvrier dénonçait, dès le XIXème siècle, la concurrence que représentait le travail en prison », souligne le sociologue Fabrice Guilbaud qui achève une thèse sur le travail en prison au sein du laboratoire « Genre », Travail et Mobilités de l’Université Paris 10. Les entreprises ne tiennent pas à s’exprimer sur cette sous-traitance qui pourrait s’assimiler à une forme d’exploitation. Les conditions de salaire sont pourtant fixées par l’administration pénitentiaire. En attendant, il n’y a pas de travail pour tous les détenus qui désirent avoir une activité. Le taux d’emploi chute régulièrement du fait de la surpopulation carcérale, inhérente à la multiplication des détentions préventives, et de la banalisation des délocalisations à l’étranger. Le taux d’emploi est aujourd’hui inférieur à 40 %. Pour Norbert Vila, «il nous appartient de changer l’image de la prison pour que les entreprises soient à l’aise pour communiquer sur le sujet. Nous avons besoin de 20 % de travail en plus dans les prisons. » Les entreprises communiquent elles beaucoup plus facilement sur leurs activités sous traitées dans les CAT (Centre d’Aide par le Travail) qui accueillent des personnes handicapés et qui concurrencent les atelier de travail pénitentiaires. Le salaire versé par les entreprises via les CAT représente 15% du SMIC. Il est donc tout aussi faible que celui versé aux détenus. Mais dans le cas des CAT, la direction de l’emploi complète à hauteur de 50% du SMIC. « Aujourd’hui, cette aide sociale ne serait pas admise par l’opinion publique. Un atelier pénitentiaire n'est « malheureusement » pas considéré comme une entreprise d'insertion», rappelle Norbert Vila. Ouvrir les portes des prisons aux entreprises D’ici 2010, les volets emploi, formation et insertion de 50% de la population carcérale dépendront de gestionnaires privés.
| Elyo forme des détenus pour mieux les recruter |
| Gepsa est le gestionnaire privé du centre pénitentiaire de Meaux qui compte 700 détenus. Pour assurer les activités internes de maintenance, Gepsa fait intervenir Elyo, une autre filiale du groupe Suez. En 2006, Elyo a mis en place 6 chaudières école, 4 bancs électriques permettent ainsi à 12 détenus de se former au métier de technicien de maintenance chauffagiste. Sur les 12, 2 ont abandonné cette formation d’un an, 4 seront recrutés à leur sortie chez Elyo et 4 dans des PME. La demande est là. « Les entreprises ont des difficultés à recruter des techniciens de maintenance. Il nous faut promouvoir des formations sur des métiers porteurs. Il y a notamment des actions à conduire pour valoriser des métiers comme ceux du bâtiment », explique Jean-François Descorps, le responsable de Gepsa au centre pénitentiaire de Meaux. Moins de 3000 détenus sur 57 000 se forment chaque année. Dans 50% des cas, il s’agit de pré-qualification au regard du très faible niveau général. |
Gepsa (filiale de Suez), Siges (filiale de Sodexho) et Idex Sogerex se partagent ce marché concurrentiel. 27 prisons font déjà l’objet d’une gestion mixte. D’ici 3 ans, il y en aura 18 de plus. La gestion mixte permet à la direction d’une prison de se focaliser sur le volet sécuritaire tandis que les partenaires privés se chargent d’assurer les services généraux internes (nettoyage, restauration, maintenance) en y affectant des détenus. Ces gestionnaires doivent s’employer à développer l’activité des ateliers de travail pénitentiaire en trouvant des entreprises clientes. Les « délocalisations sur place » représentent toujours des opportunités pour des PME et les gestionnaires voient des nouveaux marchés dans les services tertiaires. « Il y a deux ans nous étions en négociation avec une entreprise pour mettre en place un centre d’appel dans l’atelier d’une prison pour femmes. Nous avions garanti à l’administration pénitentiaire que les échanges seraient sécurisés grâce à l’informatique. Au dernier moment, le client potentiel a fait marche arrière pour une question d’image. Le travail en prison constitue également un enjeu de diversité », rapporte Alain François, ancien directeur général de Siges, aujourd’hui en charge du Facilities Management au sein de Sodexho Europe Continentale. Reste qu’au-delà de son déficit d’image, le travail en prison se heurte au tout sécuritaire. Il y a comme une incompatibilité. Selon Fabrice Guilbaud, « les groupements privés vont avoir de plus en plus de moyens de pression en se rendant indispensable. Les prisons doivent accepter le risque d’une certaine ouverture que l’opinion publique doit accepter. » Une ouverture qui se travaille tout autant avec les entreprises dans le cadre de la mission d’insertion qui incombe également aux groupements. A la maison d’arrêt de Villepinte qui compte 730 détenus pour 600 places théoriques, un salarié de Gepsa s’occupe à temps plein en coordination avec le SPIP (Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation) d’animer un réseau d’entreprise susceptibles de recruter. En 2006, 36 insertions de plus de 6 mois ont été réalisées sans aucune rupture de contrats. Deux fois par an, toujours à Villepinte, Gepsa organise des forums de l’emploi. Des recruteurs de la grande distribution, d’entretien d’espaces verts ou du bâtiment se déplacent dans la prison. Le représentant départemental du MEDEF et celui du Centre des jeunes dirigeants étaient aussi présents. Pour Martin Cacheux, le responsable de Gepsa à la maison d’arrêt de Villepinte, « il faut faire de l’événementiel. Il faut faire entrer l'Entreprise dans les prisons. Chacun a à y gagner".. »
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