Passer du secteur privé classique à celui de l'insertion

Entreprises \Ressources humaines \Politique de l'emploi

Publié le 11-06-2003

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Si des travailleurs sociaux ont fait un pas vers le management pour faire de l'activité économique un moteur d'intégration socials, d'autres salariés ont fait le chemin inverses. Itinéraires personnels et témoignages.

Valérie Dupouy, directrice de magasin d'insertion
" J'en avais marre de l'entreprise capitaliste... c'est provocateur, mais il y a un peu de ça " lance Valérie Dupouy. Aujourd'hui directrice d'un magasin Envie (une entreprise d'insertion de vente d'électro-ménager d'occasion, vérifié et garanti, qui dispose de 36 unités), cette quadragénaire a travaillé 15 ans pour la société Sécuritas.
Contrôleuse de gestion, elle est passé au management, avec 150 agents de sécurité sous ses ordres. Elle est déplacée à la direction qualité Ile de France et quand on lui annonce, sans la consulter, sa nomination comme responsable nationale de la qualité, elle réplique. " J'en ai eu marre d'être prise pour un pion [...] Et puis j'ai vécu une fusion, la perte d'écoute du client et de l'agent pour la maximisation des marges. "
Une amie lui fait découvrir une imprimerie d'insertion sur Paris : " J'ai trouvé le concept génial [...] Je suis une bosseuse forcenée, je crois au travail et ça me paraît le meilleur remède à certaines difficultés. " Le temps de la réflexion et de la recherche d'un poste, Valérie Dupouy entre au Conseil d'administration de l'imprimerie.
Elle retrouve un poste de management à la tête de ce magasin : " Je suis dans une logique professionnelle, il n'y a pas de paternalisme et on n'est pas au confessionnal. Les gens sont d'abord là pour travailler et leurs problèmes se règlent parce qu'ils ne sont pas tous seuls. Nous accueillons des personnes en difficulté, nous ne recherchons pas le bénéfice, juste l'équilibre, ce qui nous apporte un espace de réflexion , on est plus à l'écoute des gens. " Valérie Dupouy réinsère des personnes vers le système qu'elle a voulu quitter " parce qu'il n'y a pas d'alternative. Mais dans la sécurité, beaucoup auraient pu bénéficier d'un agrément . Ils ont trouvé du boulot sans la chance donnée de pouvoir trébucher. Ici, ils le peuvent. "

Thifaine Lemaillet, chargée des ressource humaines dans un restaurant d'insertion :
" C'est un secteur d'activité à par entière, il y a tout à y faire. " Thifaine Lemaillet travaille pour le restaurant d'insertion L'Usine à Saint-Denis depuis un an. Elle s'occupe autant du parcours des 16 salariés en insertion que des encadrants techniques.
Son mémoire de maîtrise traitait de l'insertion professionnelle des Bac +5 à +10. Et elle a notamment travaillé durant un an et demi dans un cabinet de chasseur de tête spécialisé dans les nouvelles technologies. Aujourd'hui elle recrute des personnes non diplômées, parfois anciens toxicomanes, parfois étrangers ne parlant pas le Français, chômeurs de longue durée, Rmiste... Cela ne l'empêche pas de trouver des similitudes de fond avec son expérience dans le privé : " Il y a les même exigences de mettre en place des procédures adéquates pour valider le recrutement " estime-t-elle.
Elle ne connaissait pas le secteur avant de postuler. Aujourd'hui, elle développe des outils d'insertion, des méthodes d'évaluation et a dépassé la peur d'un public difficile : " On ne s'improvise pas dans le management, on ne s'improvise pas non plus dans l'insertion sociale ".
Cela ne signifie pas qu'elle sera encore dans ce domaine dans dix ans. Mais elle sait que " dans le contexte actuel, l'insertion par l'activité économique peut être une solution pour un cadre au chômage qui se marginalise. Le secteur de l'insertion recouvre un panel intéressant d'activité... "

Bernard Pourriot, directeur de régie de quartier.
A 50 ans, Bernard Pourriot décide de céder sa société de service, négoce, conseil en automatisation industrielle non par rejet d'un système, mais parce que la croissance de son activité l'obligeait à absorber toujours plus de fonds propre dont il ne disposait pas. Après un an de repos, il décide de repartir, mais c'en est fini de " la quête de réussite personnelle et du profit ". Il veut faire de la formation et s'attacher à " aider les autres ". La formation ne veut pas de lui en raison de son âge, il s'oriente vers l'insertion par l'activité économique qu'il connaissait pour avoir travailler avec des entreprises d'insertion.
C'est une régie de quartier, à Tremblay en France (93), dans un état critique, qui lui offre un poste de directeur. Un concept qu'il ne connaît pas. La régie de quartier est une association au territoire bien déterminé, réunissant dans son conseil d'administration trois collèges : les habitants, les bailleurs sociaux et les élus locaux. Les objectifs d'une régie répondent à une charte nationale qui entremêle l'aide sociale, la promotion citoyenne et démocratique et l'activité économique du quartier. Embauché pour quatre mois à Tremblay, il y est toujours trois ans plus tard, les finances ont été assainies, la charte des régies respectée et une cinquantaine de personnes travaille chaque mois.
" Dans une entreprise capitaliste ou une association, la logique est la même. C'est la gestion humaine qui est différente. L'objectif n'est pas le chiffre d'affaires, mais de proposer une réinsertion à un maximum d'exclus, " décrit Bernard Pourriot. " Je suis bien payé, j'ai une vie de famille équilibrée, mais je suis autant professionnel que bénévole. J'intervient dans des domaines où je ne suis pas obligé. Je fais de la médiation dans les conflits. Je mène des projets à titre bénévole. "L'investissement humain a remplacé l'investissement financier.
Le plus inédit pour ce directeur qui pense déjà à sa prochaine aventure altruiste a été d'apprendre à " travailler avec les administrations et les politiques. A faire des dossiers de subvention. C'est un choc culturel !"

P. J.
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