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La réinsertion par le travail, un peu plus qu'un emploi

Entreprises \Ressources humaines \Politique de l'emploi

Publié le 16-04-2004

L'Auberge, restaurant
L'Auberge, restaurant

Caractériser avec précision les entreprises de réinsertion par le travail n’est pas une tâche facile. Leurs spécificités dépendent en effet du secteur d’activité qu’elles ont décidé d’investir et du profil de poste qu’elles cherchent à pourvoir. Elles ont toutes toutefois pour objectif d’allier des impératifs sociaux à une viabilité financière. Elles ont de plus souvent investi les activités de services à forte carence de main d’œuvre comme la restauration ou le commerce. L’activité de ces entreprises « presque » comme les autres repose en effet sur un savant mélange de professionnels expérimentés et de personnes en contrat de réinsertion disposant du profil adapté à un poste productif.


Groupe Alterna Développement
Créé par les associations du groupe SOS, ce groupe vise à développer des activités d’insertion par l’économique et à promouvoir le commerce équitable. Il gère actuellement 3 entreprises d’insertion sur la région parisienne : la boutique Alter Mundi, spécialisée dans les produits issus du commerce équitable ainsi que le restaurant traditionnel « L’Auberge » à Paris et « L’Usine » à Saint-Denis.
Adéquation du poste au profil


L’adéquation entre le poste et le candidat est en effet fondamental à la réussite de ces entreprises. Ces salariés sont donc généralement recrutés pour leur motivation et leur capacité à être rapidement productifs. Les contrats d’insertion validés par l’ANPE n’ouvrent en effet droit qu’à une subvention annuelle de 8 385 euros par emploi à plein temps. «Une somme qui permet toutefois de pallier la différence de compétitivité,» indique Tiphaine Lemahier, chargée d’insertion au groupe Alterna Développement. «La variété de nos activités nous permet toutefois d’intégrer des profils cumulant plusieurs causes d’exclusion sociale,» ajoute-t-elle.

Les critères à l’embauche de personnel en insertion prennent en compte de nombreuses causes de précarité et d’exclusion, et de nombreux candidats ont souvent eu une expérience dans le secteur d’activité où ils sont recrutés. «Auparavant j’avais travaillé dans des grands magasins et dans des boutiques de décoration,» raconte Yassa, vendeuse chez Alter Mundi. «Ce contrat me donne l’opportunité d’avoir le temps pour apprendre ainsi qu’une expérience de plus,» ajoute-t-elle. La durée maximale de 2 ans des contrats d’insertion semble en effet être bien adaptée à l’atteinte des objectifs suivis. Ils permettent notamment à l’employeur de bénéficier des dispositions du CDD renouvelable 2 fois afin de tester la motivation du salarié.


Un poste adapté à la personne.


L’objectif des contrats d’insertion est de former son bénéficiaire à un métier et de lui donner de l’expérience. L’affectation de la personne à un poste qu’il pourra tenir durablement dans sa profession est donc indispensable, et ce malgré ses difficultés sociales. «Nous avons trois salariés sourds et muets aux cuisines du self de l’Usine. Nous n’aurions pu les affecter à d’autres postes ou sur d’autres sites, mais dans la configuration actuelle cela fonctionne bien,» rapporte Tiphaine Lemahier.

Le succès des entreprises d’insertion réside également dans leur habilité à identifier les différents freins à l’embauche d’une personne précarisé. Les causes d’exclusion sont en effet cumulatives. «J’avais du mal à trouver du travail car je dois m’occuper de mes enfants. Lors de mon embauche on m’a proposé un trois-quart temps, aujourd’hui je peux faire les deux,» témoigne Carlene, caissière à l’Usine.

Ce travail préalable permet de gérer certaines des principales causes d’échec et d’informer correctement le candidat sur la nature réelle de son emploi. «Dans mon restaurant nous ne sommes que deux en cuisine, le salarié doit donc être prêt à être immédiatement productif. Il doit être prêt à assumer le responsabilité du froid dès le premier service,» rapporte le chef de l’Auberge.

Ce mélange de contingences économiques et d’engagement social caractérise les entreprises d’insertion que nous avons visitées. Lorsque l’alchimie est bien trouvée, ce type de structure se présente comme un outil incontournable dans la lutte contre la précarité et l’exclusion. « Je ne regrette pas d’être venu à l’Auberge mais je suis heureux que cela se finisse,» résume Christian, serveur en fin de contrat d'insertion. Un constat partagé par de nombreux salariés, bien que certains resteraient volontiers plus longtemps.

Pierre-Marie Coupry
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