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Coopaname : créer son emploi dans une entreprise d'un autre genre

Entreprises \Ressources humaines \Politique de l'emploi

Publié le 02-08-2005



Une entreprise qui permet à ses salariés de créer leur... petite entreprise, voilà ce qu'est Coopaname, coopérative d'activité et d'emploi parisienne, membre du réseau Coopérer pour entreprendre. Une initiative originale qui, de la bouche des bénéficiaires, place l'humain avant les considérations économiques et autorise le temps de la réussite et le droit à l'échec.

Quel est le lien entre Bertrand, coutelier d'art, Judith, professeur de musique, Nicolas, formateur en bureautique pour seniors ou encore Fabien, maraîcher spécialisé dans la biodynamique ? Ils appartiennent depuis peu à la même entreprise... d'entrepreneurs, Coopaname, Coopérative d'Activité et d'Emploi (CAE) nichée au cœur du 20e depuis un an et demi. Coopaname propose " de partager une seule et même entreprise, sous forme coopérative, qui accompagne, " embauche " et salarie quiconque souhaite y créer son propre emploi ".
70 personnes ont ou sont en train de créer leur emploi grâce à cette structure parisienne, qui à l'instar de ses grandes sœurs

Une autre voie contre le chômage
Depuis 1995 que les premières Coopératives d'activité et d'emploi CAE ont été lancées afin que des chômeurs puissent créer leur emploi dans un cadre sécurisé, le concept, qui s'exporte en Suède, au Maroc ou au Canada, connaît un vrai succès en France :
-  6 CAE en 1999, 14 en 2001, 30 en 2003
- Plusieurs milliers d'emplois créés,
- 8 millions d'euros de chiffres d'affaires réalisés en 2003
- 52 % de femmes et 48 % d'hommes
- 74 entrepreneurs-salariés en 1999, 260 en 2001, 647 en 2003...
françaises (40) et belges (4) du réseau Coopérer pour Entreprendre (voir encadré), connaît un beau succès.
Coopaname veut être une réponse à la lutte contre le chômage en proposant une alternative plus humaniste à la création d'entreprise classique, ne retenant que le meilleur de l'entreprise : " la mutualisation des savoir-faire et de certaines charges, la convivialité, le cadre protecteur du salariat, les échanges professionnels et l'idée d'un projet commun ". Un cadre privilégié qui offre le " temps de la réussite et le droit à l'échec ", grâce au statut du salariat, qui permet de conserver ses droits sociaux (la plupart des entrepreneurs sortent d'une situation de chômage) pendant le lancement de l'activité et de les retrouver si celle-ci ne décolle pas suffisamment pour en vivre.

Contourner les difficultés de la création d'entreprise 

Le statut d'entrepreneur-salarié pallie à la lourdeur du lancement d'une activité, comme en témoigne Julien De Luca, dit JIDE, qui propose de la création multimédia et PAO : " De 18 à 20 ans, j'ai co-géré une entreprise de création multimédia, mais nous avons craqué assez rapidement, car nous n'avions pas d'appui, nous étions enlisé sur le plan administratif et nous devions sans cesse faire du " commercial ". Au final, malgré le succès, on abandonne car il n'y a plus de temps pour la création, et la charge psychologique est trop forte. "  Aujourd'hui, Julien, à 25 ans, a signé une convention d'accompagnement avec Coopaname, première étape de lancement, renouvelable, pendant laquelle ses premiers revenus sont bloqués sur un compte pour constituer un pécule servant ensuite à assurer un salaire idéalement régulier et progressif, quand l'activité démarrera et qu'il signera un CDI. 10 % de ses revenus seront prélevés et versés au pot commun de la coopérative, pour assurer la gestion et la continuité. 

Privilégier le développement des savoir-faire à la rentabilité

A ce jour, 18 mois après son lancement, 13 personnes sont " salariés " par Coopaname, la plupart à temps partiel, et le reste des 70 personnes tente de consolider le lancement de leur activité avant de signer leur CDI. Mais cette phase de développement est essentielle, et pouvoir la poursuivre tout en conservant ses droits sociaux est un véritable luxe pour beaucoup, ainsi que l'explique Patricia Dessoulles, bientôt salariée, qui crée et construit d'audacieux meubles en carton alvéolé : " Après une dernière expérience marquante de salariat, je suis au RMI actuellement, et grâce à une assistante sociale assez formidable, j'ai pu poursuivre sur la voie artisanale. Mais en tant que femme, je ressentais un vrai blocage personnel à devenir chef d'entreprise, d'autant que le statut d'artisan est très ingrat. Avec Coopaname, je suis à la fois entrepreneur et salariée, et je peux continuer de percevoir le RMI, c'est très sécurisant ".

Si Coopaname rappelle le système des sociétés de portage, ou les pépinières d'entreprises, les entrepreneurs-salariés n'y voient aucune ressemblance : " Le portage, c'est un service économique sans lien affectif ", résume sans ambages Jidé, qui se félicite comme les autres d'être sorti de l'impasse de l'entrepreneur isolé. Pour Catherine, écrivain, psychanaliste et art thérapeute, le choix de Coopaname est avant tout un choix politique, celui du développement local (apporter l'art-thérapie à des personnes du 20e peu sensibilisées à ces approches), et ne s'arrêtera pas seulement au tremplin que la coopérative peut représenter. Car si certains créeront leur entreprise après quelques années au sein de la Coopérative, d'autres, comme Catherine, se voient bien devenir associés de la Coopérative pour pérenniser le projet. 

Garder son indédependance et sa taille humaine

Coopaname ne vit pas pour l'instant des revenus de ces entrepreneurs, et souhaitent que ses partenaires actuels (CDC, Mairie de Paris, Fondation Macif, Fondation Chèques déjeuner, Ministère de l'emploi...) soutiennent toujours, à hauteur de 50 % ,la coopérative. " Ainsi, explique Stéphane Veyer, associé de Coopaname et lui-même entrepreneur, nous pourrons toujours encourager des savoirs-faire. Nous avons par exemple pu soutenir le projet d'une personne quasiment analphabète, qui ne trouverait pas sa place dans le circuit classique de la création d'entreprise. " Face au succès (20 à 30 demandes par jour), Coopaname devrait essaimer en région parisienne (Nanterre, Créteil...), car " l'entreprise " veut garder une taille humaine pour promouvoir une économie plus sociale. 

Sylvie Touboul
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