Le chômage touche deux fois plus les handicapés

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Publié le 18-11-2008

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La 12ème semaine pour l'emploi des personnes handicapées a commencé lundi 17 novembre. Rencontres, tables rondes et échanges auront lieu partout en France, sur le thème de l'accès à l'emploi des handicapés. L'occasion également de pointer les lacunes françaises, notamment en matière de formation.

Selon la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), le handicap est la deuxième cause de discrimination à l’emploi en France. Si le taux d’activité total des 15-64 ans est de 70%, celui des personnes handicapées de la même tranche d’âge atteint péniblement les 44%. Pourtant, depuis 1987, les entreprises du secteur privé sont légalement obligées de compter 6% de travailleurs handicapés dans leur effectif salarial (sous peine d’amendes), le secteur public étant logé à la même enseigne depuis la loi du 11 février 2005. Mais les objectifs sont encore loin d’être atteints : les salariés handicapés ne représentent que 4,5 % des effectifs dans le privé (pourcentage ramené à 2,7 en équivalent temps plein), quand le public en compte à peine 3%.  L’Agefiph, association crée suite à la loi de 1987, chargée de gérer le fonds pour l’insertion des personnes handicapées, et le Fiphfp, homologue pour le public, crée en 2005, s’associent donc pour sensibiliser l’ensemble des acteurs sociaux-économiques, à l’occasion de la « 12ème semaine pour l’emploi des personnes handicapées », du 17 au 22 novembre 2008. L’occasion de susciter des rencontres entre demandeurs d’emploi et patronat dans la France entière, mais également de « démystifier le handicap auprès du grand public. »

Plan d'urgence

Car sur 1,8 million de personnes handicapées en âge actif, plus de 200 000 sont à ce jour au chômage. Et la crise économique actuelle risque d’accentuer la tendance. Tanguy du Chéné, président de l’Agefiph n’est pas dupe : « en temps de crise, ce sont les plus faibles qui paient l’addition en premier ». L’association a donc lancé dès le mois de septembre un plan d’urgence pour soutenir l’accès à l’emploi durable. 130 millions d’euros sont ainsi mobilisés sur deux ans, notamment dans le but d’optimiser le dispositif de la Prime Initiative Emploi (PIE). Créée en 2007, elle s’adresse « aux entreprises du secteur marchand embauchant des personnes handicapées présentant des difficultés particulières d'accès à l'emploi. » L’Agefiph s’engage donc à la majorer de 50%, pour toute entreprise qui recrutera son premier salarié handicapé à compter du 1er janvier 2009. Par ailleurs, le plan d’urgence vise également à soutenir les handicapés de plus de 55 ans, sévèrement touchés par le chômage. L’association espère ainsi favoriser l’embauche de 10% des demandeurs d’emploi concernés. De son côté, le Fiphfp, au budget plus modeste, mobilise 50 millions d’euros pour mener des actions similaires dans le secteur public.

Une évolution positive mais insuffisante

Le taux d’activité des personnes handicapées ne cesse pourtant de croître. Président de l’Association des paralysés de France (APF), Jean-Marie Barbier approuve l’amélioration du dispositif législatif des vingt dernières années, « qui a évolué grâce aux combats associatifs ». Encore récemment, c’est la révolte des associations qui a mis à mal l’amendement d’un article du code du travail, proposé par le député UMP Jean-François Chossy fin septembre 2008. Celui-ci vise à assimiler les emplois à temps partiel à des temps pleins, « pour favoriser l’embauche des travailleurs handicapés. » Destiné, selon l’APF, à « gonfler mathématiquement, mais artificiellement, les statistiques », il permettra surtout « aux entreprises d’atteindre leur quotas par le bais d’emplois à temps partiels. »

Et si l’intention de départ semble louable, elle a aussi le tort de mettre tous les travailleurs handicapés dans le même panier. Or, selon le handicap, les capacités de travail varient considérablement. Et le temps partiel n’est pas systématiquement approprié. Pour Jean-Marie Barbier, « le problème ne peut pas seulement être résolu avec des lois. Il faut surtout créer les infrastructures qui accompagnent les handicapés. Si un chômeur possède les qualités requises pour un emploi, mais qu’il n’a pas, par exemple, les transports adaptés pour s’y rendre, ça ne sert à rien ! Au-delà de l’emploi, c’est sur la notion d’employabilité qu’il faudrait engager une réflexion globale

Un enjeu majeur : la formation

Et dans cette notion d’employabilité, se niche évidemment celle de la formation des handicapés. Les plus diplômés sont certes de plus en plus demandés sur le marché de l’emploi. C’est en tout cas ce que constate le cabinet de recrutement DéfiRH, spécialisé dans l’embauche des travailleurs handicapés, fortement sollicité par les entreprises. « Il existe une réelle demande, surtout dans le secteur de l’informatique, et jusqu’à récemment, dans le secteur bancaire. Au point que nous ne faisons pas de prospection pour les entreprises : ce sont elles qui viennent vers nous. » La plupart des entreprises en question sont des grands groupes aux moyens financiers conséquents, qui, par ailleurs, ont souvent signé une convention avec l’Apefiph. Mais la population de candidats handicapés de niveau d’étude supérieur au Bac reste encore minoritaire : 82% des demandeurs d’emplois handicapés ont aujourd’hui un niveau inférieur ou équivalent aux BEP/CAP.

Anne Farthouat
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