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Les seniors dans l'impasse ?

Entreprises \Ressources humaines \Politique de l'emploi

Publié le 25-02-2004

Prévu dès 2006, l'effet paby-boom, qui désigne ce départ massif et simultané à la retraite d'une grande partie de la main d'œuvre en France, est en marche. Principaux corollaires ? Pénurie attendue de main d'œuvre dans certaines branches d'activité, vieillissement de la population active, problème de financement des retraites... les enjeux ne manquent pas pour faire du problème des seniors au travail l'un des débats majeurs de l'actualité sociale. Point culminant : la réforme des retraites, dite loi Fillon, votée en août dernier et son train de mesures mis en place depuis le 1er janvier 2004 visent essentiellement à contraindre les entreprises à garder en activité leurs salariés âgés plus longtemps.


Départs anticipés compliqués et durée de cotisations rallongée


Pour ce faire, la loi réduit les dispositifs de départs anticipés et incite au maintien dans l'emploi des plus de 55 ans. Abrogation de l'ARPE au 1er janvier 2003 (allocation de remplacement pour l'emploi, donc contre embauche), abrogation de la préretraite progressive au 1er janvier 2005, retraite progressive favorisée (activité à temps partiel au-delà de 60 ans avec versement d'une fraction de sa pension). Concrètement, trois dispositifs de départs anticipés subsistent : la Cats (Cessation d'activité des travailleurs salariés), qui concerne les salariés ayant effectué des travaux pénibles ; la préretraite-licenciement, pour les salariés ayant au moins 57 ans et subissant un licenciement économique (mais la loi de Finances 2003 a augmenté la prise en charge financière de cette formule par les entreprises) ; enfin, la préretraite amiante, qui depuis le 2 avril 1999, permet à certaines victimes de l'amiante de cesser leur activité au plus tôt à 50 ans. Les préretraites " maison " existent toujours, bien sûr, mais elles sont dorénavant taxées à hauteur de 23,85 % des allocations versées, pour décourager les entreprises. 
La durée de cotisation incite elle aussi à rester dans l'entreprise, puisque les salariés du privé comme les fonctionnaires (dont la durée de cotisation a été revue à la hausse, de 37, 5 à 40 annuités) devront aboutir en 2012 à 41 ans de cotisation.


Un vrai choc des cultures


Le gouvernement a donc fait du maintien des plus de 55 ans dans l'emploi un des axes majeurs de sa réforme des retraites, avec un argument financier qu'il espère choc : si les entreprises ne se mobilisent pas en faveur de l'emploi des seniors, les retraites devront être financées par une hausse drastique des charges.
Mais suffira t-il de légiférer pour que cet impératif devienne réalité ? La France, qui est le mauvais élève de l'OCDE, avec un taux d'activité des seniors particulièrement faible (36,1 % chez les 55-64 ans) va devoir se mettre au travail pour atteindre l'objectif européen d'un taux d'emploi de 50% des plus de 55 ans à l'horizon 2010 ! Il faut pour cela s'attaquer l'habitude du départ anticipé. Le système des préretraites, instauré dans les années 80 pour favoriser l'emploi des jeunes, a rendu habituelle une gestion par les âges en France. Une variable d'ajustement qui soulage les entreprises sur le court terme... et satisfait les salariés.
Aujourd'hui, la situation n'est pas très encourageante pour les salariés seniors, car face à l'inexistence d'une gestion prévisionnelle des âges, ils n'ont pas vraiment encore de place dans les entreprises françaises. Si certaines ont les moyens de les faire partir moyennant des " préretraites " maison, d'autres les licencient ou usent habilement du système du certificat d'aptitude, pour répondre aux problèmes de santé dus au travail. A l'heure actuelle, force est de constater que face à l'impératif financier de garder les travailleurs âgés en activité et la nécessité stratégique pour les entreprises de demeurer compétitives, la prise de conscience demeure très faible. Quelques pratiques émergent, variant de la gestion de la pénibilité des postes de travail à une démarche active pour renverser la vision dominante du senior et lui offrir des perspectives d'évolution, moyennant des formations ou des suivis personnalisés.
Sylvie Touboul
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