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Une structure adaptée à l’agriculture…
D’une saison sur l’autre, faire se succéder la tomate et l’huître… Ce surprenant rapprochement n’a rien de poétique. Il a pris forme depuis quelques mois dans le Finistère, plus précisément dans la région de Morlaix, où la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles s’est associée à la Section régionale de la conchyliculture pour jouer la complémentarité entre les besoins des maraîchers et des ostréiculteurs du Trégor et du Pays du Léon, en créant le groupement Douar Mor.
« Ces employeurs ont du mal à trouver du personnel en temps et en heure. Leur rapprochement s’est fait naturellement car leurs activités sont complémentaires dans le temps, la culture de légumes sous serres s’effectuant de février à septembre, et la récolte d’huîtres d’octobre à janvier en général », détaille Claude Telmon, animatrice de l’équipe « agriculture » à l’Agence nationale pour l’emploi de Morlaix. « Le "plus" aussi pour le personnel saisonnier est de pouvoir, à terme, accéder à des responsabilités, progresser dans son métier et ses compétences, ce qui n’est possible qu’en restant "sédentaire" dans les mêmes exploitations », souligne Claude Telmon. Pour l’heure, Douar Mor regroupe sept maraîchers et sept ostréiculteurs, qui ont créé sept emplois à plein temps et en CDI, avec l’espoir de parvenir à trente postes d’ici quelques années.
… comme aux services
Trois catégories de groupements d’employeurs
Née aux débuts des années 1980, la structure « groupement d’employeurs » (GE) est exclusivement fondée sous la forme d’une association loi 1901. Celle-ci met ses salariés à disposition de ses adhérents et uniquement de ceux-ci. Le groupement d’employeurs est régi par les articles 127-1 et suivants du Code du travail. Il existe en France trois types de GE :
- à vocation agricole : il en existait environ 3 500 en 2002, totalisant 12 000 salariés. En général, il s’agit de « micro GE », par lesquels quelques exploitants se partagent quelques salariés ;
- économiques : leur poids est très variable, allant de quelques salariés à plus d’une centaine, dans des entreprises industrielles ou de service, chez des indépendants ou des professions libérales, pour des emplois plus ou moins qualifiés ;
- d'insertion et de qualification : ces 130 GEIQ rassemblent 3 200 entreprises employant 3 300 personnes contrats à durée déterminée, souvent en contrat de qualification. Ils s’efforcent d’insérer des jeunes sans qualification, des demandeurs d’emplois de longue durée, des bénéficiaires du RMI…
Dans l’agglomération bordelaise, le GEIQ Filières Pros mène depuis dix ans une expérience originale autour de la « filière verte ». 21 entreprises adhérentes (pépinières, paysagistes, golfs) emploient ainsi une vingtaine d’employés en CDD et contrat de qualification. « Ces personnels, fidélisés et connaissant les entreprises, permettent aux employeurs d’absorber les pics d’activité dus aux cycles saisonniers ou aux périodes de vacances de leurs autres employés », précise Hélène Manaud-Conter, directrice de ce GEIQ implanté à Pessac. Les paysagistes connaissent leur haute saison de la fin du printemps au début de l’automne, tandis que l’hiver constitue la période la plus chargée pour les pépiniéristes, et l’été pour les golfs, établissant de fait une rotation complémentaire entre ces trois corps de métier. « Si ensuite un emploi doit être pérennisé, sous forme d’un CDI par exemple, nous passerions le relais au GE Gironde Emplois Agricoles », poursuit la responsable du GEIQ. En dix ans, celui-ci aura connu 80 entreprises adhérentes, employé et formé 202 personnes qui, à 90 % en moyenne, auront trouvé au bout de 18 mois d’activité un CDI ou un CDD supérieur à 6 mois, voire auront créé leur entreprise.
Les groupements d’employeurs saisonniers viennent aussi parfois à la suite de contrats « emploi jeunes ». Ainsi, dans le Vaucluse, un GE s’est créé en 2003 pour pérenniser les 6 emplois d’animateurs et de responsable de clubs de canoë kayak. « Dans ce département, les groupements d’employeurs qui pérennisent des emplois saisonniers sont surtout présents dans l’agriculture – la viticulture, l’arboriculture et le maraîchage sont des activités très complémentaires – et l’agro-alimentaire, notamment pour des questions de fidélisation de la main-d’œuvre, souligne Marie-Hélène Vataux, directrice de Proget, association qui regroupe les GE de la région Provence, Alpes Côte d’Azur. Au total, je chiffrerais à cinq le nombre de groupements d’employeurs, tous secteurs confondus, qui se sont engagés dans la saisonnalité dans le Vaucluse. Un chiffre modeste au regard des 105 groupements d’employeurs existants ici – soit 900 entreprises adhérentes – mais prometteur ».
Un impact mineur, des questions non résolues
Selon la direction des études du ministère de l’emploi, les groupements d’employeurs constituaient encore en 2002 un phénomène relativement marginal puisqu’ils ne concernent qu’entre 15 000 et 20 000 salariés, employés d’ailleurs principalement dans le domaine de l’agriculture. Toujours en 2002, un rapport du Conseil économique et social pointait toutefois les carences relatives au statut de groupement d’employeurs : « de nombreuses incertitudes pèsent sur la détermination de la convention collective de branche applicable […] Il convient aussi d’apporter des réponses à un certain nombre de questions juridiques, par exemple les conditions d’embauche et la durée de la période d’essai au sein de différentes entreprises ayant recours à un même salarié. […] De même, la prise en compte des temps et des frais de déplacement entre une diversité de lieux de travail mérite d’être précisément définie », soulignait l’étude.
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